Le plai­sir éphé­mère d’avoir rai­son

Acadie Nouvelle - - MIEUX-ÊTRE - Ch­ro­ni­que­mieuxetre@gmail.com

«Per­sonne n’a ja­mais tout à fait tort. Même une hor­loge ar­rê­tée donne l’heure juste deux fois par jour.» – Pro­verbe chi­nois «Pré­fères-tu être heu­reux ou avoir rai­son?». Voi­là une ques­tion que l’on lance sou­vent à mon lieu de tra­vail. Elle m’a fait beau­coup ré­flé­chir lorsque j’ai fait mes dé­buts à cet or­ga­nisme. Mer­ci à mes sages col­lègues de m’avoir trans­mis cette pers­pec­tive.

Quel plai­sir que d’avoir rai­son! C’est ce que je croyais au­pa­ra­vant. Ce plai­sir était tou­te­fois éphé­mère et, à mon in­su, il fra­gi­li­sait les re­la­tions que j’en­tre­te­nais avec les autres. Avoir rai­son équi­va­lait à ga­gner. J’étais donc ga­gnante. Euh… l’étais-je vrai­ment? Mon ego, qui pré­su­mait de son im­por­tance, pen­sait l’être. Ce cher ego était ô com­bien incorrect et dé­pla­cé. Vi­si­ble­ment, je ne m’ar­rê­tais pas as­sez long­temps pour consta­ter ce­ci: pour que j’aie rai­son (se­lon moi seule­ment), il faut que l’autre ait tort (tou­jours se­lon moi).

Re­non­cer à avoir rai­son ne veut pas dire ab­di­quer ses opi­nions et ses prin­cipes. Dieu mer­ci! Ceux qui me connaissent, per­son­nel­le­ment ou par mes écrits, savent que j’aime bien prendre po­si­tion.

N’en dé­plaise aux per­sonnes in­sis­tantes, il y a une dis­tinc­tion à faire. J’ai re­lâ­ché l’am­bi­tion de convaincre. J’ai lar­gué le dé­sir que l’autre soit d’ac­cord avec moi. Je peux dé­sor­mais res­pec­ter que l’autre ait une convic­tion contraire à la mienne – même s’il ne par­tage pas mon avis vou­lant que les pan­ta­lons mul­ti­co­lores soient ap­pro­priés en toutes cir­cons­tances. Quel lâ­cher-prise apai­sant! Ain­si crée-t-on un es­pace pour s’ou­vrir à l’autre.

MISES EN SI­TUA­TION OR­DI­NAIRES

1. «Voyons donc! Il a re­mis la brique de lait vide dans le fri­go. Vide! Là, il faut que, moi, je la rince et que je la place au bac de re­cy­clage. Non mais vrai­ment!»

Ai-je for­cé­ment rai­son? Est-il né­ces­saire de dé­ter­mi­ner qui a rai­son et qui a tort? Le grand cou­pable en ques­tion a peut-être ran­gé la brique de lait vide parce qu’il était en re­tard, fa­ti­gué, dis­trait, dé­con­trac­té ou autre. A-t-il for­cé­ment tort? Qui suis-je pour ju­ger?

2. «Ce n’est pas une bonne idée que tu traînes avec ces jeunes-là! Tu dois t’éloi­gner des mau­vaises in­fluences: je ne veux pas te re­voir avec eux. C’est com­pris?»En­core, ai-je for­cé­ment rai­son? Je ré­pète: est-il né­ces­saire de dé­ter­mi­ner qui a rai­son et qui a tort? Le grand cou­pable en ques­tion est peut-être en train d’ex­plo­rer l’ami­tié et la sin­cé­ri­té de ses re­la­tions. Il cherche peut-être à dé­cou­vrir lui-même le bon (et le moins bon) dans ses nou­veaux co­pains. A-t-il for­cé­ment tort? Qui suis-je pour ju­ger?

Cul­ti­vons une at­ti­tude d’ou­ver­ture! ■

1 Cho­pra, D. (2010). Les 7 clés du bon­heur. Mon­tréal: Le Jour, p.82.

Pré­fères-tu être heu­reux ou avoir rai­son? – Gra­cieu­se­té: Eduar­do Ca­bre­ra

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