Vers un nou­veau dé­part pour l’Uni­ver­si­té de Monc­ton

Acadie Nouvelle - - COMMENTAIRE - Ma­rio Thé­riault Pré­sident du co­mi­té or­ga­ni­sa­teur des confé­rences Aca­die 2020 Monc­ton

Ce mar­di, dans le cadre de sa sé­rie de confé­rences Aca­die 2020, L’alUM­ni de l’Uni­ver­si­té de Monc­ton braque ses pro­jec­teurs sur notre uni­ver­si­té, sur sa per­ti­nence, sa ges­tion, son lea­der­ship et ses dé­fis. Nous croyons que le mo­ment est ve­nu de te­nir cette conver­sa­tion, car il y a un sen­ti­ment d’ur­gence que notre uni­ver­si­té de­vienne plus no­va­trice. Plus flexible. Elle doit s’ac­tua­li­ser.

Si ces mots peuvent sur­prendre, c’est que notre sé­rie de confé­rences, ini­tiée en 2009, a pour man­dat d’of­frir la tri­bune à des ques­tions qui ne sont pas suf­fi­sam­ment dé­bat­tues sur la place pu­blique. De plus, notre thé­ma­tique veut dire tout haut ce que plu­sieurs membres de L’alUM­ni et de la com­mu­nau­té pensent tout bas. On a par­fois l’im­pres­sion que l’Uni­ver­si­té de Monc­ton est fi­gée et sur la dé­fen­sive.

Avant d’ar­ri­ver à cette thé­ma­tique, nous avons consul­té bon nombre de per­sonnes: an­ciens ad­mi­nis­tra­teurs, gou­ver­neurs, doyens, pro­fes­seurs, étu­diants, membres de la com­mu­nau­té, qui abon­daient dans le même sens.

Ce pronostic ne se veut pas sans nuances. Nous re­con­nais­sons avec fier­té l’in­fluence qu’a eue l’Uni­ver­si­té de Monc­ton sur la com­mu­nau­té aca­dienne et ses im­por­tantes re­tom­bées, car n’ou­blions pas qu’elle a fa­çon­né l’Aca­die, le Nou­veau-Bruns­wick et la Fran­co­pho­nie.

Ce­pen­dant, sa ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion, de créa­ti­vi­té et d’in­no­va­tion dans les pro­grammes, l’ab­sence d’im­pu­ta­bi­li­té ain­si que son sens de lea­der­ship et d’ini­tia­tive, pour plu­sieurs, ne sont pas à la hau­teur. Dans ce monde aux chan­ge­ments per­pé­tuels, sommes-nous tou­jours au ni­veau des exi­gences de notre époque? Trop sou­vent, le sta­tu quo se pré­sente comme la seule so­lu­tion pra­tique, mais ce­ci n’ap­porte, à long terme, que des risques. Les par­te­na­riats se font trop rares et notre gou­ver­nance n’est plus adap­tée aux im­pé­ra­tifs de de­main.

En pré­sen­tant cette thé­ma­tique, notre dé­sir est que l’Uni­ver­si­té de Monc­ton soit une or­ga­ni­sa­tion ac­tuelle, une lea­der d’au­jourd’hui, un pôle d’ex­cel­lence, telle qu’elle l’était il y a 55 ans lors du fu­sion­ne­ment des col­lèges qui a per­mis sa créa­tion. Pré­ci­sons qu’à l’époque, c’était un pro­jet au­da­cieux, no­va­teur. Au­jourd’hui, elle doit concurrencer pour les étu­diants – qui ont ac­cès à plus d’op­tions que ja­mais; pour les nou­veaux pro­fes­seurs – qui, lors­qu’elles ou ils sont en­ga­gés et créa­tifs, peuvent re­dy­na­mi­ser toute l’ins­ti­tu­tion; pour de meilleurs par­te­na­riats - qui ont le po­ten­tiel de nous em­me­ner plus loin, plus vite; pour ob­te­nir da­van­tage de fonds de re­cherche une des es­sences mêmes de l’ins­ti­tu­tion.

Nous pro­po­sons donc qu’elle se mette à jour et qu’elle se pro­jette vers de­main. Avec un re­gard vers son soixan­tième an­ni­ver­saire, une nou­velle rec­trice ou nou­veau rec­teur éven­tuel­le­ment en route, et un nou­veau gou­ver­ne­ment pro­vin­cial éven­tuel­le­ment en poste, nous croyons que le contexte est ap­pro­prié pour cette ré­flexion.

Plu­sieurs en­jeux pro­fonds et stra­té­giques exigent ce ques­tion­ne­ment. Nous son­nons l’alarme, car l’au­di­toire étu­diant lo­cal di­mi­nue en termes dé­mo­gra­phiques et l’Uni­ver­si­té de Monc­ton n’est plus au­jourd’hui la seule op­tion pour les jeunes aca­diennes et aca­diens. C’est chose du pas­sé.

Avons-nous la vo­lon­té et la ca­pa­ci­té de de­ve­nir une ré­fé­rence à un autre ni­veau? Na­tio­nal? In­ter­na­tio­nal? Nous pen­sons que oui.

L’Uni­ver­si­té de Monc­ton se trouve à une croi­sée exis­ten­tielle. L’alUM­ni veut sou­li­gner les en­jeux pour qu’émergent de nou­velles so­lu­tions. Nous vou­lons re­va­lo­ri­ser notre uni­ver­si­té. La faire rayon­ner da­van­tage. Lui faire vivre son plein po­ten­tiel. Au­jourd’hui.

Par exemple, la Charte de l’Uni­ver­si­té, adop­tée dans le mi­lieu des an­nées 1970 et ani­mée par un dé­sir d’équi­té ré­gio­nale telle qu’elle s’ex­pri­mait à l’époque, est-elle tou­jours per­ti­nente? Cette len­tille ré­gio­nale est-elle la seule que nous ayons? La seule que nous vou­lons? Nous dé­si­rons tous l’épa­nouis­se­ment des ré­gions, mais dans le contexte d’au­jourd’hui.

Les pre­mières an­nées des pro­grammes sont of­fertes aux com­po­santes d’Ed­mund­ston et de Ship­pa­gan. Est-ce suf­fi­sant? Per­ti­nent? Peut-on ga­ran­tir un mi­ni­mum de qua­li­té sans une masse suf­fi­sante de pro­fes­seurs ou en­core d’étu­diants? De­vrait-on en­vi­sa­ger un par­te­na­riat plus élar­gi avec le CCNB? Évi­dem­ment, toutes ces ques­tions se posent éga­le­ment pour le cam­pus de Monc­ton.

Alors, pour­quoi est-il si dif­fi­cile de mo­di­fier, abo­lir ou créer des pro­grammes? Peut-on trou­ver des par­te­naires pour les of­frir? L’ins­ti­tu­tion n’a-t-elle pas le de­voir de se re­nou­ve­ler pour avoir une plus grande ré­so­nance au­près des étu­diants? Et si le Centre d’études aca­diennes de­ve­nait le Centre d’études des po­pu­la­tions dé­pla­cées, ne se­rait-ce pas là une op­tion d’ac­tua­li­té qui ral­lie­rait l’his­toire de l’Aca­die à celle si­mi­laire à la nôtre? Si le pré­sident des États-Unis pu­blie ses po­li­tiques (ou ses per­tur­ba­tions) en 140 ca­rac­tères ou moins, l’art et la science d’un com­mu­ni­qué de presse sont-ils tou­jours per­ti­nents? Si nous dé­plo­rons le ni­veau de langue dans nos écoles, bien que nous en contrô­lons tous les le­viers, ne fau­drait-il pas em­prun­ter de nou­velles di­rec­tions? In­no­ver en mi­sant sur des ré­sul­tats tan­gibles? Ces ques­tions veulent sim­ple­ment illus­trer l’in­ten­tion de notre pro­pos.

Si notre thème tra­duit une cer­taine im­pa­tience, c’est qu’il existe des op­por­tu­ni­tés que nous vou­drions voir notre uni­ver­si­té sai­sir. Il faut va­lo­ri­ser nos dif­fé­rentes dis­ci­plines pour que leurs re­tom­bées contri­buent plei­ne­ment à nos di­plô­més et à notre éco­no­mie. Que ce soit seule ou en par­te­na­riat avec d’autres uni­ver­si­tés, or­ga­nismes com­mu­nau­taires et en­tre­prises, en­semble, nous pou­vons ex­cel­ler et rayon­ner sur une plus grande en­ver­gure. Non loin de nous, les uni­ver­si­tés Mount Al­li­son et UNB sont res­pec­ti­ve­ment lea­ders dans le do­maine des arts et de l’en­tre­pre­neu­riat au Ca­na­da. Ne pour­rions-nous pas élar­gir nos par­te­na­riats avec eux sur ces thé­ma­tiques, jus­te­ment?

Les pro­fes­seurs, eux aus­si, ont le rôle et le de­voir de per­pé­tuel­le­ment in­no­ver. La re­cherche et l’en­sei­gne­ment doivent être éva­lués. L’ad­mi­nis­tra­tion, elle aus­si, se doit d’être plus créa­tive. Plus mo­derne. Les dé­dou­ble­ments doivent dis­pa­raître. Est-ce né­ces­saire d’avoir trois ser­vices des fi­nances, de Re­gis­tra­riat, de re­cru­te­ment et de com­mu­ni­ca­tions? Un vice-rec­to­rat pour chaque cam­pus?

Le Sé­nat aca­dé­mique et le Conseil des gou­ver­neurs doivent être beau­coup plus vi­gi­lants. Ils doivent trans­mettre l’im­por­tance et l’ur­gence du chan­ge­ment pour as­su­rer la réus­site et la pé­ren­ni­té de l’Uni­ver­si­té de Monc­ton. Ils doivent constam­ment éla­bo­rer les termes d’une nou­velle vi­sion et en as­su­rer sa mise en oeuvre.

Notre in­ten­tion est d’ap­por­ter une cri­tique construc­tive en­vers l’ins­ti­tu­tion pour la­quelle nous nous in­ves­tis­sons. Il existe tant de pas­sion pour notre uni­ver­si­té. Qui vou­drait la gas­piller?

Ces en­jeux ne sont pas propres à notre uni­ver­si­té, puis­qu’ils sont éga­le­ment d’ac­tua­li­té pour d’autres uni­ver­si­tés. Mais nous per­sis­tons à croire que la nôtre est dif­fé­rente. Que la nôtre est fon­da­men­tale, pas seule­ment pour son propre ave­nir ins­ti­tu­tion­nel, mais pour l’ave­nir de la com­mu­nau­té aca­dienne tout en­tière. C’est là son dé­fi. Mais c’est aus­si là sa plus grande chance. ■

L’Uni­ver­si­té de Monc­ton se trouve à une croi­sée exis­ten­tielle. L’alUM­ni veut sou­li­gner les en­jeux pour qu’émergent de nou­velles so­lu­tions. - Ar­chives

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