Dé­faite de Mi­chaëlle Jean à l’OIF: Tru­deau jure ne pas avoir mon­nayé le re­trait de son ap­pui

Acadie Nouvelle - - CANADA - Mé­la­nie Mar­quis

Mi­chaëlle Jean a per­du son pa­ri: sans sur­prise, elle s’est fait ra­vir son poste à la tête de la Fran­co­pho­nie par la Rwan­daise Louise Mu­shi­ki­wa­bo. Une fois le ver­dict tom­bé, Jus­tin Tru­deau a ju­ré n’avoir pas mon­nayé le re­trait de l’ap­pui d’Ot­ta­wa à la Ca­na­dienne et dé­fen­du le fait qu’il a ap­puyé la can­di­da­ture d’un pays au bi­lan peu re­lui­sant en ma­tière de droits de la per­sonne.

Le sus­pense qui n’en était plus un de­puis plu­sieurs jours a pris fin ven­dre­di au XVIIe som­met d’Ere­van, en Ar­mé­nie: la mi­nistre rwan­daise des Af­faires étran­gères, can­di­date chou­chou de l’Union afri­caine (UA) et de la France d’Em­ma­nuel Ma­cron, a été élue par ac­cla­ma­tion au poste de se­cré­taire gé­né­rale de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale de la Fran­co­pho­nie.

Le Ca­na­da avait a prio­ri ap­puyé la re­con­duc­tion de l’an­cienne gou­ver­neure gé­né­rale du Ca­na­da, mais à l’aube du fo­rum mul­ti­la­té­ral, il a fait volte-face. En cou­lisses, cer­tains chu­cho­taient que les troupes de Jus­tin Tru­deau avaient chan­gé leur fu­sil d’épaule en échange d’un fu­tur vote de Pa­ris en fa­veur du Ca­na­da pour l’ob­ten­tion d’un siège au Conseil de sé­cu­ri­té des Na­tions Unies.

Jus­tin Tru­deau a nié. «Non. On a ap­puyé la can­di­date rwan­daise quand ça a été clair qu’il y avait un consen­sus de la part des pays afri­cains, et donc de la Fran­co­pho­nie», a-t-il tran­ché en con­fé­rence de presse dans la ca­pi­tale ar­mé­nienne, ré­ité­rant que Mme Jean avait ac­com­pli un «tra­vail ex­cellent» à titre de se­cré­taire gé­né­rale.

Il a néan­moins re­con­nu du bout des lèvres que la dé­ci­sion de se ral­lier à l’écra­sant consen­sus afri­cain pour­rait bien don­ner à des pays du conti­nent l’en­vie de ré­com­pen­ser Ot­ta­wa lorsque vien­dra le temps de vo­ter pour le siège non per­ma­nent du Conseil de sé­cu­ri­té qui se­ra en jeu en 2020.

«On a tra­vaillé avec l’Afrique et on conti­nue de tra­vailler avec l’Afrique de­puis long­temps sur bien des en­jeux, in­cluant cette de­mande que nous fai­sons de­puis plu­sieurs an­nées pour de l’ap­pui pour le Conseil de sé­cu­ri­té. (...) Ce sont des choses qui se passent en même temps, dans un même man­dat, mais qui ne sont pas liées de fa­çon di­recte», a-t-il of­fert.

Le pre­mier mi­nistre a dit avoir pris la dé­ci­sion de lar­guer Mi­chaëlle Jean lors­qu’il est de­ve­nu évident qu’une ma­jo­ri­té des 54 États et gou­ver­ne­ments membres de l’OIF pré­fé­rait son op­po­sante. Or, celle-ci est la nu­mé­ro deux d’un gou­ver­ne­ment ac­cu­sé de ba­fouer les droits dé­mo­cra­tiques et la li­ber­té de presse.

«On ne s’at­tend pas à la per­fec­tion de per­sonne», a-t-il sou­te­nu lors­qu’il a été in­vi­té à s’ex­pli­quer. Car la Fran­co­pho­nie réunit des pays ayant «dif­fé­rents ni­veaux de dé­mo­cra­tie et dif­fé­rents ni­veaux de réus­site dans la dé­fense des droits de leurs ci­toyens», a-t-il ex­po­sé, di­sant avoir eu une conver­sa­tion sur les droits de la per­sonne en en­tre­tien avec le pré­sident rwan­dais Paul Ka­game, jeu­di.

Le pre­mier mi­nistre dé­si­gné du Qué­bec, Fran­çois Le­gault, a quant à lui ad­mis qu’il éprou­vait un «cer­tain ma­laise» face à cet as­pect, mais éga­le­ment par rap­port au fait que le Rwan­da, dont une res­sor­tis­sante tient dé­sor­mais les rênes de la Fran­co­pho­nie mon­diale, a dé­lais­sé le fran­çais au pro­fit de l’an­glais, no­tam­ment en tant que langue d’en­sei­gne­ment.

Mais l’«ave­nir de la Fran­co­pho­nie passe par l’Afrique», et donc, «à par­tir du mo­ment où il y a un consen­sus des pays afri­cains, je pense qu’on se de­vait d’ap­puyer ce consen­sus», a-t-il dé­cla­ré en con­fé­rence de presse au centre des mé­dias joux­tant l’édi­fice à l’ar­chi­tec­ture d’ins­pi­ra­tion so­vié­tique où s’est te­nu le som­met.

Elle de­vien­dra la qua­trième se­cré­taire gé­né­rale de l’his­toire de la Fran­co­pho­nie, et la troi­sième du conti­nent afri­cain à en me­ner les des­ti­nées. Il y a eu avant elle Bou­tros Bou­tros-Gha­li (Égypte, 1998 à 2002), Ab­dou Diouf (2003 à 2014) et Mi­chaëlle Jean. Cette der­nière, élue en 2014 en rai­son de l’in­ca­pa­ci­té des pays afri­cains à s’en­tendre sur un can­di­dat, est l’ex­cep­tion ca­na­dienne. ■

Mi­chaëlle Jean a a ser­ré la main de la Rwan­daise Louise Mu­shi­ki­wa­bo, qui lui suc­cède à titre de se­cré­taire gé­né­rale de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale de la Fran­co­pho­nie. - La Presse ca­na­dienne: Sean Kil­pa­trick

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