The Grinch: Noël à la puis­sance dix

Acadie Nouvelle - - AU GRAND ÉCRAN - Pa­trice.cote@aca­die­nou­velle.com

L’Hal­lo­ween est chose du pas­sé de­puis à peine dix jours, mais dé­jà, la grosse ma­chine com­mer­ciale nous rap­pelle que Noël est à nos portes. Ce qui est vrai pour les chaînes de ma­ga­sins à grande sur­face vaut aus­si pour le ci­né­ma alors que The Grinch (en salle de­puis ven­dre­di) nous ar­rive, dé­gou­li­nant de mu­sique fes­tive, de dé­co­ra­tions étin­ce­lantes et de ca­deaux éblouis­sants, six bonnes se­maines et de­mi avant le 25 dé­cembre.

Pour la deuxième fois en 18 ans, le Grin­cheux dé­barque sur nos écrans. Ou­bliez les gri­maces de Jim Car­rey; cette fois, les aven­tures du bour­ru per­son­nage sont ra­con­tées en ani­ma­tion.

Le film s’adresse prin­ci­pa­le­ment aux en­fants et est une adap­ta­tion presque mot pour mot du clas­sique créé en 1957 par Dr Seuss.

L’his­toire, vous la connais­sez sû­re­ment - elle a après tout été adap­tée à Broad­way et au grand écran dans au moins quatre films dif­fé­rents.

C’est celle des ha­bi­tants de Who­ville, de joyeux per­son­nages qui s’ap­prêtent à fê­ter Noël dans une al­lé­gresse et une exu­bé­rance en­core ja­mais vue. Sa­pin gi­gan­tesque, or­gie de lu­mières - à vous en don­ner une crise d’épi­lep­sie - et mon­tagne de nour­ri­ture… tout y est.

Tous tré­pignent d’im­pa­tience dans l’at­tente du grand jour. Tous sauf le Grin­cheux, un per­son­nage qui vit avec son chien, iso­lé dans une grotte.

Le Grin­cheux ignore d’où lui vient son aver­sion pour Noël. Ce qu’il sait, c’est qu’il ne peut pas blai­rer cette fête. Et en­core moins ceux qui la cé­lèbrent.

In­ca­pable de sup­por­ter l’ex­ci­ta­tion des ci­toyens de Who­ville, le triste sire met au point un plan ma­chia­vé­lique: la nuit du 24 dé­cembre, dé­gui­sé en père Noël, il compte sub­ti­li­ser tous les ca­deaux et toutes les dé­co­ra­tions de toutes les ré­si­dences du vil­lage.

En gros, il veut vo­ler Noël.

C’est tou­te­fois sans comp­ter sur la dé­ter­mi­na­tion d’une pe­tite fille qui tient ab­so­lu­ment à ren­con­trer le père Noël afin de lui faire une de­mande bien spé­ciale…

OR­GIE DE NOËL

La beau­té du ci­né­ma d’ani­ma­tion, c’est qu’il per­met de dé­pas­ser les li­mites im­po­sées par les ef­fets spé­ciaux du ci­né­ma conven­tion­nel. Les des­sins ani­més offrent donc à leurs au­teurs une li­ber­té à la­quelle les scé­na­ristes de films à grand dé­ploie­ment ne peuvent que rê­ver.

En ce sens, The Grinch est une im­mense réus­site. Per­sonne ne pour­ra ja­mais re­pro­cher à ses créa­teurs d’avoir man­qué d’ima­gi­na­tion. Des dé­co­ra­tions de Noël jus­qu’aux moyens de tran­sport en pas­sant par l’équi­pe­ment du Grin­cheux... à peu près tous les élé­ments du film re­gorgent d’ori­gi­na­li­té.

Si, à l’ins­tar du bour­ru Grin­cheux, vous dé­tes­tez Noël, ce film n’est pas pour vous. Le ca­rac­tère fes­tif de l’oeuvre est si dé­me­su­ré qu’on a l’im­pres­sion de se re­trou­ver dans le vil­lage d’un père Noël qui au­rait fait une triple sur­dose de Pro­zac!

L’in­tel­li­gence et la ri­chesse de la fac­ture vi­suelle valent à elle seules le prix d’en­trée et font qu’on ne s’en­nuie pas une seule mi­nute.

PRÉ­VI­SIBLE

Si le film se dé­marque par son ori­gi­na­li­té, son scé­na­rio, lui, est un tan­ti­net dé­ce­vant.

Il est un peu triste de consta­ter que la ver­sion 2018 du Grinch s’éloigne très peu de l’his­toire ori­gi­nale et de ses nom­breuses adap­ta­tions. Il n’au­rait pas fait de tort, il me semble, d’ac­tua­li­ser un tout pe­tit peu ce ré­cit écrit il y a dé­jà plus de 60 ans. Un manque d’au­dace qui dé­tonne avec tous les ef­forts qui ont été mis pour créer un monde et des dé­cors d’une très bien­ve­nue ex­tra­va­gance.

Le film n’en est donc que plus pré­vi­sible - même ceux qui n’ont ja­mais en­ten­du par­ler du Dr Seuss vont de­vi­ner bien avant le temps la fa­çon dont les 30 der­nières mi­nutes vont se dé­rou­ler.

The Grinch au­rait aus­si pu être plus sub­til. Je com­prends qu’il s’adresse d’abord à des en­fants, mais il y a une li­mite à prendre son pu­blic par la main sans ja­mais lui don­ner la chance d’avoir re­cours à son ima­gi­na­tion.

Heu­reu­se­ment, plu­sieurs gags touchent leur cible, dont cer­tains qui vont plaire au­tant aux pe­tits qu’aux grands (mon fa­vo­ri: le renne qui mange de la crème fouet­tée!).

De tou­jours, on éva­lue les films d’ani­ma­tion pour leur pro­pen­sion à al­ler plus loin que de sim­ple­ment ra­con­ter une his­toire. Les meilleurs sont ceux qui en par­viennent in­cul­quer une belle le­çon de vie aux en­fants tout en les di­ver­tis­sant.

Les 85 pre­mières mi­nutes de The Grinch sont du bon­bon pour les yeux, mais ap­portent fort peu d’élé­ments de ré­flexion. C’est dans les cinq der­nières mi­nutes que le film se trans­forme en fable sur le vé­ri­table sens de Noël et sur le fait que la gen­tillesse et l’amour valent beau­coup plus que n’im­porte quel ca­deau.

Mo­rale ba­nale s’il en est une, mais, en ces temps où le ra­cisme et l’in­to­lé­rance sont plus que ja­mais d’ac­tua­li­té, qu’il n’est ja­mais mau­vais de ré­pé­ter. ■

Le Grin­cheux est prêt à tout pour gâ­cher le Noël des ha­bi­tants de Who­ville. - Gra­cieu­se­té

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