ÊTRE PA­RENT D’UN EN­FANT TRANS­GENRE

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Com­ment ré­agir quand on dé­couvre que son en­fant est trans­genre? Deux mères et un père ont ac­cep­té de nous par­ta­ger leur pers­pec­tive sur la ques­tion.

Ch­ris­tel Blan­chard, de Ca­ra­quet, a an­non­cé à ses pa­rents qu’elle n’était pas une femme, mais bien un homme. Alors âgée de 20 ans, elle est de­ve­nue Jo­zeph-Fé­lix. Et l’amour des pa­rents est res­té ir­ré­vo­cable, mal­gré le chan­ge­ment.

Re­née Blan­chard et Ghis­lain Loi­selle ont ap­pris la nou­velle, il y a main­te­nant six ans. Leur en­fant ché­ri avait «tel­le­ment peur de se faire re­je­ter» que sor­tir du pla­card n’a pas été une mince tâche.

«Ma fille, de­ve­nue un homme, et moi pleu­rions lors­qu’elle m’a an­non­cé la nou­velle, mais c’était li­bé­ra­teur. Je m’en dou­tais de­puis un bon mo­ment, mais l’en­tendre de sa voix m’a fait le plus grand bien», ra­conte la mère de Jo­zeph-Fé­lix.

Une ré­ponse pa­ren­tale po­si­tive est pri­mor­diale pour l’en­fant qui fait son «co­ming out». Lorsque le nou­vel homme a pris la dé­ci­sion de par­ler de son iden­ti­té, un cock­tail d’émo­tions s’est pré­sen­té chez les pa­rents.

«On a tou­jours été ou­verts d’es­prit. On ne va ja­mais le re­je­ter. J’aime mieux l’avoir à mes cô­tés que d’ap­prendre qu’il est dé­cé­dé. Par chance, nos deux fa­milles sont tout aus­si ou­vertes d’es­prit», ra­conte Mme Blan­chard.

Elle et son ma­ri se sont alors avan­cés dans des sen­tiers pas du tout bat­tus. Ils n’avaient à ce mo­ment au­cune res­source à leur dis­po­si­tion pour les gui­der.

Des groupes d’en­traide au­raient été bien utiles, s’ils y en avaient eu à l’époque dans la ré­gion, sou­lignent-il.

«On n’avait pas ac­cès aux res­sources, ou on ne les connais­sait pas. On a sur­mon­té ça entre nous. C’est bien de voir qu’il y a des ini­tia­tives qui se mettent en place (au­jourd’hui)», ob­serve Mme Blan­chard.

FAIRE SON DEUIL

À l’an­nonce de Jo­zeph-Fé­lix, les pa­rents ont res­sen­ti de la peur, du stress et même un sen­ti­ment s’ap­pro­chant du deuil. Ils ex­pliquent en ef­fet avoir fait une croix sur cer­tains élé­ments, comme de­ve­nir grands-pa­rents.

«C’est comme si j’avais une fille pen­dant 20 ans, et qu’à par­tir de main­te­nant, j’avais un gars. Je l’aime plus que tout mon en­fant, mais ma fille est dé­cé­dée. C’est loin d’être né­ga­tif. J’ai main­te­nant un gar­çon que j’aime tout au­tant», ra­conte la mère.

Le père avoue sans dif­fi­cul­té qu’il lui a été dif­fi­cile d’ou­blier «sa pe­tite fille». D’un autre cô­té, il fe­rait main­te­nant tout pour son homme.

M. Loi­selle a été le pre­mier à dé­fendre son fis­ton contre les at­taques per­son­nelles qui ont fu­sé. Les per­cep­tions ont évo­lué, mais la so­cié­té n’a pas en­core ac­cep­té les trans­genres, se­lon lui. Il y a du pro­grès à faire de ce cô­té.

«Dans le pas­sé, on voyait ça comme un can­cer. Ç’a un peu évo­lué, mais les gens ne sont pas en­core ren­dus là», dé­plore-t-il.

L’hu­mour a été pour la fa­mille un puis­sant re­mède. Il tisse en­core plus fort les liens de la pe­tite fa­mille de Ca­ra­quet. La vic­toire de l’hu­mour pour­rait-on dire.

«En­core au­jourd’hui, je m’échappe en di­sant «elle», au lieu de «il» (en par­lant de son en­fant). Mais il sait que ce n’est pas méchant. Il com­prend très bien. L’im­por­tant n’est de ne pas faire des re­marques déso­bli­geantes», ex­plique la mère, le sou­rire ac­cro­ché aux lèvres.

«Je n’au­rais ja­mais pu faire faire une sor­tie pa­reille il y a six ans. Mais je crois qu’au­jourd’hui, il est im­por­tant d’en par­ler», ajou­tet-elle en mon­trant la der­nière photo de sa fille prise avant qu’elle se pré­sente en homme à son bal de gra­dua­tion. ■

Les pa­rents, Ghis­lain Loi­selle et Re­née Blan­chard, avec leurs deux en­fants.- Aca­die Nou­velle: Gra­cieu­se­té

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