L’en­vers du plan vert

Acadie Nouvelle - - ÉDITORIAL - RES­PON­SABLE DE CONTE­NU Fran­cois Gravel fran­[email protected]­die­nou­velle.com

Le pre­mier mi­nistre Blaine Higgs a dé­voi­lé cette se­maine ses ob­jec­tifs de ré­duc­tion de gaz à ef­fet de serre pour le Nou­veau-Bruns­wick. Pris in­di­vi­duel­le­ment, ce plan est une bonne chose. Mis en contexte avec les autres ac­tions du gou­ver­ne­ment, il perd tou­te­fois sa cré­di­bi­li­té.

Com­men­çons par la bonne nou­velle. Le gou­ver­ne­ment Higgs a l’in­ten­tion d’agir contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques. Ce n’est pas ba­nal. Les po­li­ti­ciens de droite ne se donnent plus cette peine. Do­nald Trump aux États-Unis, Doug Ford en On­ta­rio, Ja­son Ken­ney en Al­ber­ta et Maxime Ber­nier au Qué­bec sont plus prompts à nier l’exis­tence des­dits chan­ge­ments cli­ma­tiques qu’à cher­cher des so­lu­tions.

Le nou­veau pre­mier mi­nistre ne ré­in­vente pas la roue. Il en­tend conser­ver en par­tie le plan d’ac­tion de son pré­dé­ces­seur Brian Gal­lant, le­quel com­prend plus d’une cen­taine de me­sures. Il pi­ge­ra dans celles qu’ils consi­dèrent réa­li­sables et igno­re­ra les autres.

Ce­la a comme consé­quence de ré­duire à la baisse les ob­jec­tifs de ré­duc­tion des gaz à ef­fet de serre du Nou­veau-Bruns­wick.

Ce n’est pas po­si­tif. Mais rien ne ga­ran­tis­sait qu’un gou­ver­ne­ment Gal­lant au­rait at­teint ses ob­jec­tifs de toute fa­çon. Le pla­fond vi­sé par le pre­mier mi­nistre Higgs n’est pas suf­fi­sam­ment am­bi­tieux. Mais s’il est at­teint, ce se­ra ce­la de pris.

Brian Gal­lant en­ten­dait prendre une par­tie de la taxe sur l’es­sence et la re­nom­mer «taxe sur le car­bone». L’ar­gent au­rait ser­vi à sub­ven­tion­ner les ini­tia­tives en­vi­ron­ne­men­tales.

Les conser­va­teurs pré­fèrent uti­li­ser l’ar­gent «dé­jà dans le sys­tème». Ils pré­sentent ce­la comme une vic­toire pour les contri­buables, mais dans le fond, c’est kif-kif. Que l’ar­gent pro­vienne de la taxe sur l’es­sence, des re­ve­nus de la TVH ou de vos im­pôts, il pro­vient des poches des Néo-Bruns­wi­ckois.

Les conser­va­teurs veulent par contre in­jec­ter moins d’ar­gent sur cet en­jeu que les li­bé­raux. Leur vi­sion se­ra moins am­bi­tieuse et donc, lo­gi­que­ment, moins ef­fi­cace.

Le plan conser­va­teur, tout comme ce­lui des li­bé­raux, est re­je­té par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral. Ottawa es­time - avec rai­son - que la meilleure fa­çon de for­cer les pol­lueurs à mo­di­fier leurs ha­bi­tudes est de rendre la pol­lu­tion plus coû­teuse.

Ni le plan Higgs ni le plan Gal­lant n’at­teignent cet ob­jec­tif. C’est pour­quoi le fé­dé­ral ré­col­te­ra sa propre taxe sur le car­bone au Nou­veau-Bruns­wick à comp­ter du 1er avril.

Étant don­né que Blaine Higgs vient à peine d’ar­ri­ver au pou­voir à Fre­de­ric­ton, il a ré­cla­mé du gou­ver­ne­ment Tru­deau un dé­lai, le temps de prou­ver que son plan est cré­dible et que ses ob­jec­tifs peuvent être at­teints sans une taxa­tion sup­plé­men­taire.

C’est là où le bât blesse.

Le gou­ver­ne­ment Higgs n’a ab­so­lu­ment rien fait qui dé­montre qu’il est digne de confiance sur la ques­tion en­vi­ron­ne­men­tale.

Au contraire, Blaine Higgs est en cam­pagne pour faire re­naître l’oléo­duc Éner­gie Est. Il a ten­té (en vain) de convaincre son voi­sin, le pre­mier mi­nistre du Qué­bec Fran­çois Le­gault, des bien­faits du pro­jet.

M. Higgs a aus­si an­non­cé son in­ten­tion de le­ver dans la ré­gion de Sus­sex le mo­ra­toire sur la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique, qui a mis un frein à l’in­dus­trie du gaz de schiste au Nou­veauB­runs­wick.

Il a ré­duit l’am­pleur du plan vert adop­té par son pré­dé­ces­seur. Et en prime, il a non seule­ment joint le re­cours ju­di­ciaire d’autres pro­vinces contre la taxe sur le car­bone fé­dé­rale, mais aus­si an­non­cé sa propre contes­ta­tion consti­tu­tion­nelle.

Tout ce­la en moins d’un mois après l’as­ser­meen­ta­tion du gou­ver­ne­ment! Nous igno­rons si les chan­ge­ments cli­ma­tiques sont pour lui une prio­ri­té. Mais faire avan­cer les pro­jets éner­gé­tiques qui nuisent à l’en­vi­ron­ne­ment l’est cer­tai­ne­ment à ses yeux.

Par ailleurs, le li­bé­ral Brian Gal­lant avait dé­ci­dé de lais­ser à Ottawa la res­pon­sa­bi­li­té de ré­gle­men­ter les grands pol­lueurs. Une sage dé­ci­sion, quand on sait à quel point Ir­ving en mène large dans notre pro­vince.

L’em­pire avait cri­ti­qué cette dé­ci­sion. Blaine Higgs en a pris bonne note. Il sou­haite mettre en place une ré­gle­men­ta­tion néo­bruns­wi­ckoise qui, on le pré­sume, se­rait plus avan­ta­geuse et ne com­pren­drait au­cune ta­ri­fi­ca­tion du car­bone.

S’il s’engage à ré­gle­men­ter les émis­sions des grands émet­teurs comme Ir­ving, il n’a ce­pen­dant pas don­né le moindre dé­but d’ex­pli­ca­tion sur com­ment il va s’y prendre. C’est un plan sans plan.

Dans ces cir­cons­tances, com­ment se sur­prendre qu’Ottawa re­jette les pré­ten­tions de Fre­de­ric­ton et joue la ligne dure?

Le pro­blème avec tout ce­la est que les NéoB­runs­wi­ckois sor­ti­ront per­dants du plan fé­dé­ral.

Notre taxe sur l’es­sence est par­mi les plus éle­vées au Ca­na­da. Notre em­preinte en­vi­ron­ne­men­tale to­tale est dé­jà moins grande que celle de plu­sieurs autres pro­vinces, en rai­son de la fer­me­ture d’usines im­por­tantes au cours des der­nières an­nées et de la stag­na­tion de notre po­pu­la­tion.

La prio­ri­té ne de­vrait pas être de li­vrer une ba­taille per­due d’avance de­vant les tri­bu­naux, mais de trou­ver un ter­rain d’en­tente. Quelque chose que Blaine Higgs et Jus­tin Tru­deau ne sont pas en­clins à faire.

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