Cli­mat: des ac­teurs des mi­lieux fi­nan­ciers et éco­no­miques veulent ac­cé­lé­rer la tran­si­tion

Acadie Nouvelle - - ÉCONOMIE - Mar­tin Le­blanc

Des joueurs im­por­tants des mi­lieux éco­no­miques et fi­nan­ciers joignent leurs voix à celle des en­vi­ron­ne­men­ta­listes afin d'ac­cé­lé­rer la tran­si­tion vers une économie verte.

Une quin­zaine d'or­ga­ni­sa­tions ca­na­diennes, dont le Mou­ve­ment Des­jar­dins, Éner­gir, l'As­so­cia­tion de l'alu­mi­nium du Ca­na­da et Équi­terre, ré­clament un lea­der­ship po­li­tique plus fort «afin de pas­ser de la pa­role aux actes», en ré­ponse à la crise cli­ma­tique.

Ils in­ter­pellent le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau et ses ho­mo­logues pro­vin­ciaux qui étaient réunis ven­dre­di à Mon­tréal.

Les or­ga­ni­sa­tions membres de l'Al­liance SWITCH exigent des pre­miers mi­nistres qu'ils fa­vo­risent l'es­sor d'une économie sobre en car­bone dans toutes les pro­vinces et dans tous les sec­teurs éco­no­miques ca­na­diens.

Se­lon Ka­rel May­rand, di­rec­teur gé­né­ral pour le Qué­bec et l'At­lan­tique de la Fon­da­tion Da­vid Su­zu­ki, «le consen­sus scien­ti­fique sur la né­ces­si­té d'agir ra­pi­de­ment nous oblige à pas­ser en vi­tesse su­pé­rieure pour lé­guer aux gé­né­ra­tions fu­tures une so­cié­té propre, ré­si­liente et équi­table».

Le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral du Con­seil du pa­tro­nat du Qué­bec (CPQ), Yves-Tho­mas Dor­val, aborde dans le même sens.

«La réa­li­té, c'est que la vague est par­tie. Et la vague ne s'arrêtera pas, lance le re­pré­sen­tant d'em­ployeurs. Alors on a le choix: ou on at­tend d'être dans le mur et ça va faire très mal et coû­ter cher, ou on com­mence tout de suite à mettre en oeuvre les bases avec une pré­vi­si­bi­li­té et l'on walk the talk (pose des gestes en fonc­tion de nos pa­roles).»

Par exemple, «tous les in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels sont en train de trans­fé­rer leurs in­ves­tis­se­ments dans des sec­teurs qui ne se­ront pas vic­times de la tran­si­tion éner­gé­tique», d'après M. Dor­val.

«Plu­tôt que de se mettre la tête dans le sable et d'es­sayer de tout évi­ter et re­pous­ser ça, on va tra­vailler en­semble à voir com­ment on pour­rait sai­sir cette oc­ca­sion pour faire du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique du­rable, ajoute Yves-Tho­mas Dor­val lors d'une en­tre­vue ac­cor­dée à La Presse ca­na­dienne en compagnie de M. May­rand. Ce­la ne doit pas être une me­nace au dé­ve­lop­pe­ment, mais une oc­ca­sion de gé­né­rer une plus-va­lue éco­no­mique, en­vi­ron­ne­men­tale et so­ciale.»

Pour ce faire, l'éco­lo­giste sou­ligne qu'une équi­té sur le prix du car­bone se­ra no­tam­ment es­sen­tielle entre les pro­vinces. Il ex­plique qu'il y a fon­da­men­ta­le­ment in­équi­té s'il n'y a pas un prix sur la pol­lu­tion à tra­vers tout le pays et que ce­la a pour ef­fet que cer­taines pro­vinces vont an­nu­ler les pro­grès réa­li­sés par d'autres.

M. Dor­val convient qu'il doit y avoir une di­men­sion éco­no­mique à l'émis­sion de gaz à ef­fets de serre et que les joueurs doivent être trai­tés de fa­çon équi­table.

Le di­rec­teur de la Fon­da­tion Da­vid Su­zu­ki se dit même convain­cu que la tran­si­tion s'ac­cé­lère.

«Il y a des gens qui vivent sur l'an­cienne économie et qui sou­haitent qu'elle dure le plus long­temps pos­sible, ex­plique-t-il. Il y en a d'autres qui vivent sur la nou­velle et qui vont al­ler cher­cher des parts de marché ir­ré­cu­pé­rables.»

L'en­vi­ron­ne­men­ta­liste cite en guise d'exemple l'in­dus­trie au­to­mo­bile amé­ri­caine des an­nées 1970, qui a été vic­time du choc pé­tro­lier da­van­tage que ses com­pé­ti­teurs ja­po­nais qui of­fraient des vé­hi­cules plus pe­tits et moins éner­gi­vores.

CONTEXTE PAR­TI­CU­LIER

La 24e Confé­rence des Na­tions Unies sur le cli­mat se pour­suit à Ka­to­wice, en Po­logne, dans un contexte où les avis sur la ques­tion des émis­sions pol­luantes sont di­vi­sés.

Si les États-Unis et le Bré­sil me­nacent de se re­ti­rer de l'Ac­cord de Pa­ris sur le cli­mat dès qu'ils en au­ront l'oc­ca­sion, le contexte de po­la­ri­sa­tion au­tour des en­jeux d'économie verte est aus­si per­cep­tible au Ca­na­da.

Ka­rel May­rand es­time que «presque tout le monde main­te­nant est prêt à al­ler de l'avant, mais il y a un blo­cage po­li­tique». Se­lon l'en­vi­ron­ne­men­ta­liste, un éven­tuel dé­blo­cage trans­for­me­rait la vague en fa­veur de la tran­si­tion en une vé­ri­table ma­rée. ■

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