ÉDI­TO­RIAL: LES DOUZE TRA­VAUX DE RO­BERT GAU­VIN

Acadie Nouvelle - - LA UNE -

Dé­mis­sion­ne­ra, dé­mis­sion­ne­ra pas? Le vice-pre­mier mi­nistre Ro­bert Gau­vin a fait de lui-même la prin­ci­pale his­toire po­li­tique à Fre­de­ric­ton en an­non­çant pen­dant les Fêtes qu’il ré­flé­chi­ra à son ave­nir.

Les pre­miers pas de Ro­bert Gau­vin en po­li­tique n’ont pas été fa­ciles. Ja­mais dans l’his­toire po­li­tique mo­derne du Nou­veauB­runs­wick un dé­pu­té aca­dien ne s’est trou­vé avec un tel man­dat sur les épaules.

M. Gau­vin est vice-pre­mier mi­nistre au sein d’un gou­ver­ne­ment mi­no­ri­taire di­ri­gé par un pre­mier mi­nistre qui a dé­jà ten­té de de­ve­nir chef d’une for­ma­tion an­ti­bi­lin­guisme, le Con­fe­de­ra­tion of Re­gions, et qui est ap­puyé ou­ver­te­ment par un par­ti qui a pour prin­ci­pale mis­sion d’en­le­ver des droits lin­guis­tiques aux fran­co­phones.

M. Gau­vin s’est re­trou­vé par la force des choses avec la mis­sion de dé­fendre les in­té­rêts des fran­co­phones de la pro­vince dans le gou­ver­ne­ment, en plus de dé­te­nir une par­tie de la ba­lance du pou­voir entre ses mains.

Ce néo­phyte de la po­li­tique n’était ma­ni­fes­te­ment pas prêt à tant de res­pon­sa­bi­li­tés.

Ce n’est pas une cri­tique, mais bien un constat. Per­sonne n’a ja­mais fait ses pre­miers pas à Fre­de­ric­ton avec au­tant d’at­tentes et d’es­poir en Aca­die. Ses gestes sont scru­tés à la loupe. Au moindre faux pas de sa part ou de son gou­ver­ne­ment, des voix s’élèvent aus­si­tôt pour qu’il re­mette sa dé­mis­sion.

Au dé­part, Ro­bert Gau­vin a em­bras­sé avec une cer­taine naï­ve­té ce rôle de su­per-dé­pu­té aca­dien. Rap­pe­lons-nous sa déclaration, au len­de­main des élec­tions, dans la­quelle il a af­fir­mé que «la lon­gé­vi­té de Blaine Higgs va dé­pendre de la fa­çon dont il va trai­ter les Aca­diens».

Ce même jour, il avait fait sa pro­fes­sion de foi au bi­lin­guisme of­fi­ciel avec une autre phrase-choc: «Y a quel­qu’un qui de­vra mettre de l’eau dans son vin et ça se­ra pas Gau­vin».

Quatre mois plus tard, force est de consta­ter qu’il est la seule per­sonne à qui le pre­mier mi­nistre a de­man­dé de mettre de l’eau dans son vin, du moins en ce qui a trait à la ques­tion lin­guis­tique.

L’une des pre­mières dé­ci­sions a été d’obli­ger Am­bu­lance NB à éli­mi­ner ses exi­gences lin­guis­tiques à l’em­bauche pour cer­tains postes dans plu­sieurs ré­gions de la pro­vince. Aux yeux de ce gou­ver­ne­ment, les fran­co­phones n’ont pas le droit d’être ser­vis par un tra­vailleur pa­ra­mé­di­cal dans leur langue par­tout au Nou­veau-Bruns­wick.

Le mi­nistre de la San­té Ted Flem­ming en a ajou­té une couche en an­non­çant que la di­rec­tive doit être mise en place im­mé­dia­te­ment et qu’elle ne se­ra pas ren­ver­sée, peu im­porte le ré­sul­tat d’une ré­vi­sion ju­di­ciaire en cours.

Blaine Higgs a dé­cla­ré à Ca­ra­quet que son gou­ver­ne­ment n’était pas au-des­sus des lois, mais a en­suite dit dans les mé­dias an­glo­phones être à l’aise avec les propos in­cen­diaires de son mi­nistre.

Néan­moins, il est in­juste de mettre la pres­sion de pro­té­ger les droits des Aca­diens sur les épaules d’un seul homme, fût-il vice-pre­mier mi­nistre.

Vingt-et-un autres dé­pu­tés ont été élus sous la ban­nière pro­gres­siste-conser­va­trice. Et pas un seul d’entre eux ne s’est le­vé pour dé­non­cer la po­li­tique lin­guis­tique hon­teuse du gou­ver­ne­ment dans le dos­sier des am­bu­lances. Pas un.

La ligne de par­ti est une chose très puis­sante. Ro­bert Gau­vin l’a ap­pris à la dure, quand son pre­mier ré­flexe, à la suite de l’an­nonce de son col­lègue Flem­ming, a été de la jus­ti­fier en sou­te­nant que «c’est pas l’idéal».

Mais ce­la si­gni­fie-t-il que M. Gau­vin de­vrait re­mettre sa dé­mis­sion? Nous n’en sommes pas en­core là.

Tant Ship­pa­gan-La­mèque-Mis­cou que l’Aca­die en gé­né­ral ont be­soin d’un dé­pu­té fort à Fre­de­ric­ton au sein du gou­ver­ne­ment.

Ro­bert Gau­vin est-il cette per­sonne? Peut-il être autre chose que la cau­tion aca­dienne de Blaine Higgs? Il est en­core trop tôt pour le dire.

M. Gau­vin est condam­né à ac­cé­lé­rer sa courbe d’ap­pren­tis­sage. Il doit faire com­prendre à son pa­tron, au­tant en pri­vé que pu­bli­que­ment, que l’éga­li­té des deux com­mu­nau­tés lin­guis­tiques n’est pas né­go­ciable.

Les der­nières se­maines semblent dé­mon­trer que Ro­bert Gau­vin a bien peu de poids dans ce gou­ver­ne­ment. On ne le consulte pas, on ne l’écoute pas et on ne l’in­forme pas. Il per­met au pre­mier mi­nistre Higgs de gou­ver­ner sans rien re­ce­voir en échange pour les fran­co­phones ou même pour sa cir­cons­crip­tion, si on se fie au propos du chef concer­nant le pont de Ship­pa­gan.

Il est temps que ça change.

Ro­bert Gau­vin ne doit pas ou­blier pour qui il a été élu. Ce n’est pas pour Blaine Higgs, Ted Flem­ming ou le chef de la People’s Al­liance Kris Aus­tin.

Il doit res­ter, oui, mais à condi­tion de trou­ver une fa­çon d’être pris au sé­rieux et de se faire en­tendre.

Lui seul sait s’il pos­sède la vo­lon­té de re­le­ver ce dé­fi.

Ses pro­chaines pa­roles et ac­tions nous ré­vé­le­ront si sa vé­ri­table place est aux cô­tés de Blaine Higgs, à titre de vice-pre­mier mi­nistre, ou en tant que dé­pu­té in­dé­pen­dant.

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