«On est ren­du là!»

Acadie Nouvelle - - SPIRITUALITÉ - sco­[email protected]­net.nb.ca

J’aime beau­coup la fête des Rois. Parce qu’elle n’a pas été com­mer­cia­li­sée, ceux qui la cé­lèbrent sont peu nom­breux et cha­cun y trouve son compte. C’est la fête de l’ami­tié pour ceux qui par­tagent la ga­lette des Rois. La fête de l’in­té­rio­ri­té pour ceux qui mé­ditent la beau­té des textes li­tur­giques. La fête de la lu­mière pour les al­lu­meurs d’étoiles.

Après les Rois, il reste la fête du bap­tême du Sei­gneur avant de ter­mi­ner le cycle li­tur­gique de Noël. Même pour plu­sieurs pra­ti­quants, cette fête ne dit pas grand-chose. Pour se la ré­ap­pro­prier, il peut être si­gni­fi­ca­tif d’en faire la fête de notre propre bap­tême. Ou d’en faire un mo­ment de ré­flexion sur la pré­pa­ra­tion et la cé­lé­bra­tion du bap­tême.

Il ar­rive que des pa­rents choi­sissent de ne pas de­man­der le bap­tême pour leur en­fant. Puisque l’être hu­main a be­soin de rites, cer­tains com­pensent en in­ven­tant une cé­ré­mo­nie laïque de bien­ve­nue pour l’en­fant. Sou­vent cal­qué sur ce qui se fait à l’église, cette sorte de «bap­tême ci­vil» per­met l’ac­cueil du nou­veau-né dans sa fa­mille élar­gie et l’as­si­gna­tion d’un par­rain ou d’une mar­raine (ou des deux).

Cette si­tua­tion nou­velle doit in­ter­pel­ler les com­mu­nau­tés chré­tiennes. Sou­vent, au lieu de me­ner à une ré­flexion sur le sens du bap­tême et à une mo­bi­li­sa­tion pour une cé­lé­bra­tion de qua­li­té qui nous res­semble, cer­tains vont sim­ple­ment je­ter l’éponge en di­sant «On est ren­du là!»

Ce lieu où nous sommes ren­dus n’est pas le lieu d’une dé­mis­sion. Nous sommes plu­tôt ren­dus à un mo­ment pro­pice pour ré­flé­chir afin de re­dé­cou­vrir le sens du bap­tême et trou­ver une ma­nière de le cé­lé­brer d’une ma­nière si­gni­fiante et belle. On peut même élar­gir la ré­flexion en po­sant la ques­tion: «Les sa­cre­ments ont-ils en­core un ave­nir?»

Cette ques­tion se po­sait vo­lon­tiers au len­de­main du Concile Va­ti­can II au nom d’une foi vé­cue dans un en­ga­ge­ment so­cial pour éta­blir des condi­tions de jus­tice entre tous. Elle n’ex­plique pour­tant pas la dis­tance prise par plu­sieurs par rap­port aux cé­lé­bra­tions sa­cra­men­telles; au plus, elle per­met de prendre la me­sure de la désaf­fec­tion. Elle sus­cite une ré­flexion qui dure de­puis plu­sieurs an­nées.

Le re­nou­vel­le­ment de la théo­lo­gie des sa­cre­ments a bé­né­fi­cié des re­cherches his­to­riques et bi­bliques du der­nier siècle. En re­mon­tant aux ori­gines de l’Église, on a pu voir que les rites ont la fonc­tion d’in­té­grer un membre dans une com­mu­nau­té de foi et de vie. Ils sont aus­si de puis­sants ré­vé­la­teurs du mys­tère de Dieu, l’au-de­là de tout, qui laisse trans­pa­raître son iden­ti­té à tra­vers des gestes qu’une pa­role ac­com­pagne.

De plus, l’ap­port des sciences hu­maines per­met de mon­trer la va­leur des rites et des sym­boles dans toute vie hu­maine. Nous sommes plus que des êtres bio­lo­giques avec une mé­ca­nique com­prise par la science. Nous sommes aus­si des êtres spi­ri­tuels qui trouvent dans les sym­boles (chré­tiens ou autres) une ma­nière de don­ner sens à nos vies.

Le be­soin de ri­tua­li­ser les grandes étapes de la vie (la nais­sance, le pas­sage à l’âge adulte, la mort, etc.) n’est pas spé­ci­fique aux chré­tiens. Chaque re­li­gion a ses cé­ré­mo­nies et ses cou­tumes. En de­hors du monde re­li­gieux, on cher­cher à en créer.

Ce­la montre que les sa­cre­ments ont un grand ave­nir. Peut-être en­core plus au­jourd’hui pour ne pas ré­duire l’être hu­main à un sta­tut d’ob­jet et tout en­tier ra­tion­nel. Les sa­cre­ments per­mettent la ren­contre entre un membre et une com­mu­nau­té. Ils sont un lieu de ren­dez-vous entre le Créa­teur et son peuple. Ils cé­lèbrent une al­liance qui sauve de l’iso­le­ment et de l’illu­sion de pou­voir se fon­der soi-même.

Sans com­prendre dans son en­tiè­re­té la va­leur des rites, j’aime les cé­lé­brer avec ceux qui en font la de­mande. Sans pou­voir épui­ser la si­gni­fi­ca­tion des sym­boles, j’ai le be­soin de les uti­li­ser pour nour­rir ma quête de sens. Sans maî­tri­ser tous les fon­de­ments bi­bliques et théo­lo­giques des sa­cre­ments, je trouve dans la cé­lé­bra­tion de ceux-ci une lu­mière qui a la ca­pa­ci­té (même si elle fai­blit) de ré­jouir.

Cé­lé­brer le bap­tême, c’est faire une plon­gée. Avec le Ch­rist pour pas­ser de la mort à la vie. Plon­ger aus­si dans une his­toire qui en­ra­cine au­tant dans un pas­sé fa­mi­lial de rites por­teurs de sens que dans un ave­nir ou­vert par la cé­lé­bra­tion. Plon­ger en­fin au coeur de soi pour en­tendre comme un mur­mure «Toi, tu es mon en­fant bien-ai­mé; en toi, je trouve ma joie.» ■

Par le bap­tême (qui si­gni­fie plon­gée), cha­cun est mar­qué de l’huile sainte et par­fu­mée pour ré­pandre la bonne odeur de l’évan­gile. – Gracieuseté

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