Le sa­cri­lège est consom­mé

Acadie Nouvelle - - FORUM PUBLIC - Lu­cie LeBou­thil­lier Pré­si­dente du co­mi­té de sau­ve­garde de l’église de Bas-Ca­ra­quet

Nos coeurs saignent, nos âmes sont dé­chi­rées. Qui re­col­le­ra les mor­ceaux? Im­pos­sible, fi­ni! Un deuxième deuil.

Les gens ont été té­moins im­puis­sants de la des­truc­tion des murs de l’église de Bas-Ca­ra­quet. Un joyau ir­rem­pla­çable de notre pa­tri­moine re­li­gieux et le coeur et l’âme du vil­lage. Cette des­truc­tion s’est faite dans l’illé­ga­li­té, au mi­lieu d’une tem­pête de neige et sans au­cune cé­ré­mo­nie d’adieu. Pour­tant qu’avait-elle de si dia­bo­lique notre belle et ma­jes­tueuse église pour qu’on lui jette la pierre? Les gens se sont fait dire qu’ils ne pou­vaient pas en gar­der une en sou­ve­nir, car elles sont, semble-t-il, in­uti­li­sables. Je n’en crois pas un mot. In­sulte et in­sen­si­bi­li­té su­prêmes, car ce sont les pa­rois­siens qui ont payé pour ces pierres.

Après 117 ans, une com­mu­nau­té ré­duite en pous­sière par le dé­sir d’un évêque sans au­cun égard pour ces pierres sa­crées, les té­moins de qui nous sommes, les Aca­diens et les Aca­diennes du plus vieux vil­lage fran­çais du Nou­veau-Bruns­wick. Sans égard non plus aux va­leurs d’uni­té et d’écoute, si chères à l’Église, mais qu’on a pié­ti­né al­lé­gre­ment, trop aveu­glés par la des­truc­tion à tout prix, qu’im­porte la ran­çon à payer par la com­mu­nau­té.. Tout ce­la au­rait pu être gé­ré au­tre­ment, évi­té, et une église re­nou­ve­lée au­rait pu être construite avec ces murs. Mais non, rien n’a pu faire chan­ger l’évêque d’idée, mal­gré qu’il se plai­sait à nous en­dor­mir en di­sant que nous étions la com­mu­nau­té la plus vi­vante. Per­sonne n’est plus sourd que ce­lui qui ne veut pas en­tendre. Il a dé­mon­tré, en­core une fois, sa ma­nière d’im­po­ser ses dé­ci­sions sans égard aux hu­mains et à l’im­pact sur la com­mu­nau­té. Pour­tant Jé­sus a dit: «Ce que tu fais au plus pe­tit d’entre les miens, c’est à moi que tu le fais».

Avec leur stra­té­gie du se­cret, l’évêque et le cu­ré Ed­mond Thé­riault ont réus­si à di­vi­ser la com­mu­nau­té. Tris­te­ment, on ne peut que dé­plo­rer que la stra­té­gie de di­vi­ser pour mieux ré­gner a fonc­tion­né. Cer­taines per­sonnes ayant peur qu’il n’y ait pas de nou­velle église si elles ne se pliaient pas aux dé­si­rs de l’évêque et du cu­ré Thé­riault. D’autres, par peur de l’en­fer et d’autres pour briller en s’as­so­ciant aux re­pré­sen­tants de l’église parce qu’ils pensent que ceux-ci dé­tiennent la vé­ri­té, n’est-ce pas ce­la qu’on nous a en­sei­gné? Et en­core plu­sieurs autres qui, de­puis long­temps, ont dé­ser­té l’Église parce qu’ils ont été bles­sés et qu’ils n’ont trou­vé au­cun ré­con­fort au­près des re­pré­sen­tants de Dieu. Fi­na­le­ment, ceux qui ne croient tout sim­ple­ment pas dans la re­li­gion ca­tho­lique ou qui n’ont au­cun in­té­rêt pour leur his­toire ou leurs ra­cines.

Que reste-t-il? Une com­mu­nau­té éplo­rée et di­mi­nuée avec une plaie ou­verte et béante qui nous re­garde en plein centre du vil­lage. Et la pro­messe de l’évêque et du cu­ré Thé­riault qu’une belle pe­tite église se­ra construite ce prin­temps. Il faut dire que, grâce aux ef­forts du co­mi­té de sau­ve­garde, de la po­pu­la­tion et des do­na­teurs, nous avons réus­si à don­ner cinq ans de plus à l’église. En 2013, l’évêque avait dé­jà an­non­cé sa des­truc­tion et l’avait en­suite of­fert à qui l’a vou­lait, dont la mu­ni­ci­pa­li­té, pour 1$. Il se re­trouve au­jourd’hui avec 2,5 mil­lions $ des as­su­rances. Un mon­tant qu’il n’au­rait ja­mais ob­te­nu si le Co­mi­té de sau­ve­garde ne s’était pas te­nu de­bout pour dé­fendre ses convic­tions pro­fondes et ré­pa­rer l’église.

Voi­là pour­quoi après les men­songes, les hy­po­cri­sies, les tra­hi­sons su­bies, dont celle du cu­ré Thé­riault qui s’épou­mo­nait à nous dire que toutes les op­tions se­raient étu­diées et que toute la po­pu­la­tion ain­si que le co­mi­té de sau­ve­garde se­raient consul­tés, ils ont réus­si à dé­truire les murs de l’église de Bas-Ca­ra­quet et l’uni­té de la com­mu­nau­té. Alors sommes-nous sur­pris que l’évêque fût à Rome lorsque la dé­mo­li­tion a eu lieu et que la com­mu­nau­té a été lais­sée à elle-même sans au­cune aide spi­ri­tuelle et psy­cho­lo­gique pour la ré­con­for­ter?

Évi­dem­ment, dans l’ur­gence, on ne s’est pas pré­oc­cu­pé de ce­la ni des 30 per­sonnes âgées de la ré­si­dence Aux Douces Ma­rées, si­tuée en face de l’église. Elles ont su­bi les images et les bruits en di­rect et en conti­nu pen­dant quatre jours. Cau­che­mars! Sans coeur! La com­pas­sion, il ne semble pas connaître!

Bien sûr, il ne vou­lait pas que le co­mi­té de sau­ve­garde ait le temps de pré­sen­ter les 15 es­quisses des étu­diants en ar­chi­tec­ture de l’Uni­ver­si­té La­val, en y in­cluant les murs ou une par­tie des murs qui au­raient per­mis une réelle ré­flexion des gens. Honte! Honte sur lui pour faire échos aux pa­roles du Dr Gil­bert Blan­chard.

Le deuil se­ra long et pé­nible et pour cer­tains, il ne se fe­ra ja­mais. Il faut al­ler de l’avant, mais com­ment re­cons­truire une nou­velle église sur des in­cen­dies al­lu­més par l’évêque dans le coeur et la foi des gens? L’évêque nous a tou­jours dit, alors que l’on ten­tait de sau­ver notre im­po­sante église de Bas-Ca­ra­quet, que les mo­nu­ments n’étaient pas im­por­tants, mais que c’étaient les gens, la com­mu­nau­té chré­tienne qui sont im­por­tants et qu’on peut dire des messes n’im­porte où. On ver­ra s’il tien­dra pa­role pour une nou­velle église, mais j’en doute. Triste bi­lan, et les fos­soyeurs de l’église de Bas-Ca­ra­quet de­vront en payer le prix. On ne dé­truit pas im­pu­né­ment une église en di­vi­sant la com­mu­nau­té, c’est mal connaître le coeur et l’âme du peuple aca­dien. Bon cou­rage aux fi­dèles qui es­pèrent une nou­velle église sur la dé­pouille de notre mau­so­lée aca­dien afin de re­trou­ver leur paix in­té­rieure et leur joie. ■

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