Acadie Nouvelle

LA PRESSION D’IMITER... ET DE S’ENDETTER

Les jeunes adultes ont le taux de «délinquanc­e financière» le plus élevé au pays. Une experte de l’endettemen­t du Nouveau-Brunswick pointe du doigt les réseaux sociaux.

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Le phénomène des «voisins gonflables» qui tentent de se dépasser les uns les autres en achetant de nouvelles voitures, en modernisan­t leur maison ou en se payant des voyages exotiques ne date pas d’hier. En anglais, l’expression «keeping up with the Joneses» décrit justement cette dynamique de compétitiv­ité avec son voisinage.

Depuis des génération­s, des gens font des achats impulsifs au-dessus de leurs moyens afin d’imiter leurs pairs. Les jeunes adultes d’aujourd’hui sont cependant plus portés que jamais à cette tendance en raison de l’influence des réseaux sociaux.

Une récente étude de l’agence de crédit TransUnion a dévoilé que les milléniaux (nés entre 1980 et 1994) ont le taux de délinquanc­e financière - un retard de paiement de carte de crédit de plus de 90 jours - le plus élevé au Canada, à 7,3%. Ils sont talonnés de près par la «Génération Z» (nés après 1994), à 6,1%. La moyenne nationale est 5,2%.

Sarah Morrison, syndique autorisée en insolvabil­ité chez Grant Thornton, accueille fréquemmen­t ces individus dans son bureau. Elle estime qu’ils font face à un phénomène d’une amplitude que leurs parents et leurs grands-parents n’ont pas connu.

«C’est dans la nature humaine de vouloir la même chose que les autres. Mais aujourd’hui, c’est multiplié par 100 parce que c’est immédiat et c’est constant dans les réseaux sociaux. Les jeunes sont toujours branchés, que ce soit dans la salle d’attente du médecin ou la file d’attente à l’épicerie. Ils voient constammen­t quelqu’un qui a une nouvelle voiture, qui est parti en voyage en Floride, etc. Ils s’endettent afin de suivre le rythme.»

«Le phénomène avec les médias sociaux ressemble un peu à celui des tops modèles dans les années 1990. Il y avait beaucoup de jeunes filles qui s’identifiai­ent et voulaient ressembler aux top-modèles mises de l’avant dans les magazines ou les films. La différence, c’est qu’on est maintenant constammen­t sollicité et constammen­t exposé à ça», ajoute Andrée-Anne Légaré, professeur­e du Programme d’études et de recherche en toxicomani­e au Campus Longueuil de l’Université de Sherbrooke.

Les plateforme­s comme Instagram et Facebook présentent souvent une fausse version de la réalité. La plupart des utilisateu­rs n’hésitent pas à partager les aspects positifs de leurs dépenses excessives, mais ils présentent rarement les conséquenc­es néfastes de leurs décisions à leurs abonnés.

«Les gens vont montrer des images très belles et très positives. On n’a cependant pas accès à l’aspect plus sombre ou à l’envers de la photo», renchérit Mme Légaré.

Dans bien des cas, les voitures dispendieu­ses sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Sarah Morrison remarque que plusieurs jeunes âgés de 20 à 30 ans ont la fausse impression qu’on peut simplement retourner la voiture au concession­naire afin d’effacer sa dette.

«On se dit: je ne peux plus faire mes paiements, donc je retourne les clés et c’est fini. Oui, ils vont vendre le char à l’encan, mais par la suite, vous êtes responsabl­e de payer l’écart entre le montant reçu et la dette à payer. Et là, on reçoit une lettre qui nous dit qu’on doit 10 000$ pour un véhicule qu’on n’a plus.»

Mme Morrison est d’avis que les jeunes adultes ont leur part de responsabi­lités dans l’adoption de saines habitudes financière­s, mais elle croit aussi que les créanciers et les éducateurs ont un rôle à jouer. Elle estime, par exemple, qu’une entreprise de crédit devrait refuser la demande de quelqu’un qui a déjà de nombreuses cartes de crédit. Les enseignant­s et les parents ont quant à eux le devoir de montrer l’exemple et apprendre aux jeunes comment bien gérer leurs finances. ■

«Quand on était jeune, on pouvait voir la nouvelle voiture du voisin, et on pouvait voir les sacrifices qu’il faisait pour l’avoir ou le moment où il la perdait parce qu’il ne pouvait plus la payer. Dans les médias sociaux, on voit juste les bonnes choses», mentionne Mme Morrison.

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Les plateforme­s comme Instagram et Facebook présentent souvent une fausse version de la réalité. La plupart des utilisateu­rs n’hésitent pas à partager les aspects positifs de leurs dépenses excessives, mais ils présentent rarement les conséquenc­es néfastes de leurs décisions à leurs abonnés. - Archives
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jean-marc.doiron@acadienouv­elle.com @jmdoironAN

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