39% DES EN­FANTS SONT PAUVRES DANS UN QUAR­TIER DE MONCTON

Acadie Nouvelle - - LA UNE - Cé­dric Thé­ve­nin ce­dric.the­ve­nin@aca­die­nou­velle.com

Le co­mi­té sur l’in­clu­sion so­ciale de la Ville de Moncton a as­sis­té à un ex­po­sé sur la pau­vre­té lors de sa réu­nion du 29 sep­tembre. Ses membres ont consta­té que le taux de pau­vre­té chez les en­fants de leur com­mu­nau­té était plus éle­vé que ceux du Nou­veau-Bruns­wick et du Ca­na­da, sur­tout dans le quar­tier 4.

«La pau­vre­té n’est pas tou­jours ap­pa­rente», pré­vient la pro­fes­seure à l’école de tra­vail so­cial à l’Uni­ver­si­té de Moncton, Hé­lène Al­bert.

En ef­fet, le pro­me­neur peut avoir des dif­fi­cul­tés à re­mar­quer des in­dices de mi­sère dans le quar­tier 4 de Moncton, qui s’étend vers le Nord-Ouest entre la rue Moun­tain et la route 490, à par­tir de la rue de l’Uni­ver­si­té à l’Est. Pour­tant, 39% de ses 2300 en­fants sont pauvres, se­lon les don­nées de 2016 de l’or­ga­nisme Hu­man De­ve­lop­ment Coun­cil.

LA FAIM

À l’école Bea­ver­brook le 1er oc­tobre, par exemple, les élèves jouaient dans une cour de ré­créa­tion avec des al­lures d’en­fants nor­maux qui s’amusent dans le so­leil et les éclats do­rés de l’été in­dien.

«La plu­part des écoliers dé­pendent des re­pas chauds don­nés deux fois par se­maine, a pour­tant af­fir­mé la conseillèr­e de l’éta­blis­se­ment, Am­ber Le­wis, dont le tra­vail est de se te­nir à leur écoute. Il y a aus­si une salle d’ha­bille­ment pour leur don­ner des chaus­sures, des chaus­settes, des vestes, etc.»

Ses quatre quar­tiers com­pris, Moncton a un taux de pau­vre­té in­fan­tile de 28%. Ce taux est plus éle­vé que ceux du Nou­veauB­runs­wick (22%) et du Ca­na­da (18%).

La si­tua­tion de quar­tier 4 est plus de deux fois pire que celle du pays en moyenne à ce su­jet. Mme Le­wis ne s’in­quiète ce­pen­dant pas des consé­quences d’une telle pro­por­tion.

«Avoir beau­coup d’élèves avec les mêmes be­soins per­met de créer un sys­tème pour les ai­der, avance-t-elle. S’il y avait seu­le­ment 5% des en­fants qui avaient des dif­fi­cul­tés, ils ne re­ce­vraient peut-être pas au­tant de sou­tien.»

«Ça a des consé­quences sur la vie à l’école, juge à l’in­verse Mme Al­bert. Ça nor­ma­lise l’ex­pé­rience de la pau­vre­té dans ce quar­tier.»

LE STRESS

L’an­cienne tra­vailleuse so­ciale en mi­lieu sco­laire pense que la concen­tra­tion de la pau­vre­té dans un en­droit ac­cen­tue ses mé­faits. Elle sou­ligne qu’un élève af­fa­mé est in­ca­pable d’ap­prendre. Elle ajoute que des pa­rents pré­oc­cu­pés, qui ont par­fois un rap­port dif­fi­cile à l’école, peuvent avoir des dif­fi­cul­tés à ai­der leurs en­fants à faire leurs de­voirs.

«Ça af­fecte la san­té phy­sique et men­tale, dé­crit en outre Mme Al­bert à pro­pos de la pau­vre­té. Ça pro­voque énor­mé­ment de stress chez les pa­rents qui s’in­quiètent d’avoir quelque chose à mettre sur la table pour le sou­per et dans la boîte à dî­ner de leur en­fant le len­de­main, parce qu’il est gê­né de l’ou­vrir et de ré­vé­ler sa tranche de pain sans beurre, qu’il ne mange pas à la ca­fé­té­ria avec les autres en­fants, mais en ca­chette, près de son ca­sier.»

LE LO­GE­MENT ABOR­DABLE

La pro­fes­seure es­time que les éche­lons de pou­voir aux ni­veaux na­tio­nal et pro­vin­cial sur­tout peuvent ap­por­ter des so­lu­tions: un re­ve­nu mi­ni­mum ga­ran­ti, des gar­de­ries sub­ven­tion­nées et un pro­gramme uni­ver­sel d’ali­men­ta­tion en mi­lieu sco­laire.

«Le sa­laire mi­ni­mum et les taux d’aides aux re­ve­nus sont trop faibles au Nou­veauB­runs­wick pour se sor­tir de la pau­vre­té», sou­tient-elle.

Mme Al­bert croit que la Ville de Moncton peut sur­tout agir en fa­vo­ri­sant une amé­lio­ra­tion de l’offre de lo­ge­ments abor­dables et dé­cents.

«Le pro­jet de Ma­rée Mon­tante, tout le monde l’ap­prouve, mais nous nous de­man­dons en­core comment le réa­li­ser», s’est ce­pen­dant im­pa­tien­té le conseiller mu­ni­ci­pal Charles Lé­ger à pro­pos de l’amé­na­ge­ment de 125 ha­bi­ta­tions à faibles loyers d’ici 2023.

LE PLAN D’IN­CLU­SION SO­CIALE

La Ville de Moncton a pro­mis d’in­ves­tir 6 mil­lions $ dans cette ini­tia­tive à condi­tion que le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial en fasse au­tant. Ce der­nier n’a ce­pen­dant tou­jours pas fait d’an­nonce en ce sens.

En at­ten­dant, le co­mi­té sur l’in­clu­sion so­ciale et la pau­vre­té de la mu­ni­ci­pa­li­té pré­pare no­tam­ment des re­com­man­da­tions pour un nou­veau plan en fa­veur d’une qua­li­té de vie pour tous les Monc­to­niens.

La ver­sion ac­tuelle du do­cu­ment ar­rive à échéance en 2021. Elle se construit au­tour de cinq pi­liers: l’édu­ca­tion, l’in­clu­sion, la san­té men­tale, la san­té ali­men­taire et le lo­ge­ment abor­dable. ■

- Aca­die Nou­velle: Cé­dric Thé­ve­nin

L’école an­glo­phone Bea­ver­brook dans le quar­tier 4 de Moncton or­ga­nise des dons de re­pas chauds deux fois par se­maine. Ses élèves peuvent aus­si ob­te­nir des vê­te­ments gra­tuits.

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