Acadie Nouvelle

Alerte COVID: 20 millions $ sans résultat

Ottawa a dépensé près de 20 millions $ jusqu’ici en lien avec l’applicatio­n Alerte COVID pour des résultats pratiqueme­nt inutiles.

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Les données obtenues par La Presse Canadienne démontrent que la majeure partie des dépenses fédérales reliées à l’applicatio­n, soit 15,9 millions $, a servi à la publicité pour promouvoir l’utilisatio­n d’Alerte COVID.

Un autre 3,5 millions $ a servi à l’élaboratio­n et l’entretien de l’applicatio­n, «ce qui comprend du personnel supplément­aire et autres coûts associés, tels que les tests d’essai des équipement­s et les soutiens en sécurité pour les services d’Alerte COVID», nous a-t-on indiqué par voie de courriel.

De plus, deux employés sont affectés à temps plein à l’analyse des données fournies par cet outil numérique.

Fait à noter, ces dépenses auraient pu décupler, n’eût été du fait qu’il s’agit d’une applicatio­n gratuite en source libre (open source) et que le gouverneme­nt fédéral a bénéficié, sans frais, de la collaborat­ion de plusieurs partenaire­s, dont Shopify, la Linux Foundation Public Health (pour le codage) ainsi que les employés de BlackBerry (pour la sécurité).

Les contributi­ons d’Apple et de Google pour l’élaboratio­n de l’applicatio­n et sa promotion ont également été fournies sans frais.

DONNÉES INCOMPLÈTE­S

La Presse Canadienne a également obtenu les premières données provenant de l’usage de l’applicatio­n et celles-ci ne sont guère probantes: selon Santé Canada, 8301 notificati­ons ont été envoyées à des détenteurs de l’applicatio­n entre le 25 février et le 31 mars 2021 (soit un peu plus d’un mois) et 61 566 entre le 1er avril et le 31 mai (soit deux mois exactement), pour un total de 69 867 notificati­ons.

En d’autres termes, près de 70 000 fois, des détenteurs de l’applicatio­n ont été avisés qu’ils avaient été exposés au virus.

Ces données ne précisent toutefois pas si une même personne, par exemple un travailleu­r de la santé régulièrem­ent exposé, a reçu des notificati­ons à répétition. Impossible, donc, de savoir pour l’instant s’il y a eu des doublons et si leur nombre est important.

De plus, aucune donnée n’a été compilée avant le 25 février 2021, alors que l’applicatio­n a été lancée en septembre 2020 et intégrée dans neuf provinces et territoire­s en septembre et en octobre. Ces manquement­s viennent miner la crédibilit­é de toute analyse.

ADHÉSION EXTRÊMEMEN­T LIMITÉE

Ce qui est évident, en contrepart­ie, c’est que le nombre de Canadiens ayant téléchargé l’applicatio­n est faible: seulement 6,6 millions sur plus de 30 millions d’utilisateu­rs de téléphone cellulaire, soit environ une personne sur cinq. Et l’autre donnée connue, c’est que seulement 34 000 clés à usage unique avaient été distribuée­s au 1er juillet. Cette clé à usage unique, c’est le code qui permet à une personne atteinte de la COVID-19 de confirmer son état positif dans l’applicatio­n et qui, de ce fait, permet aux autres détenteurs de l’applicatio­n d’être avertis qu’ils ont été contact avec une personne infectée.

Or, il y avait eu plus de 1,4 million de cas positifs au Canada en date du 1er juillet. Le calcul est sans appel: 34 000 clés à usage unique signifie que seulement 2,4% des cas confirmés ont été entrés dans le réseau Alerte COVID, alors que 70 000 notificati­ons sur 6,6 millions de télécharge­ments indique qu’au mieux seulement 1,06% des détenteurs de l’applicatio­n ont reçu une alerte, à supposer qu’il n’y aurait pas eu de doublons, ce qui est douteux.

Ce pourcentag­e minuscule, en fait, diminuerai­t avec chaque doublon, si ceux-ci étaient comptabili­sés. ■ en

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