FIN­NISH YOUR SI­LENCE UN SI­LENCE FIN FINNOIS

Our writer comes to a Nordic un­der­stand­ing of the value of quiet con­ver­sa­tion. Notre re­porter dé­cou­vre les bi­en­faits des con­ver­sa­tions nordiques taiseuses.

Air Canada enRoute - - STILL LIFE / LA VIE TRANQUILLE - BY / PAR KAREN BURSHTEIN IL­LUS­TRA­TIONS BY / DE ME­LANIE LAMBRICK

LAST FALL, I RENTED AN APART­MENT IN CEN­TRAL HELSINKI, dec­o­rated with what seemed like a “best of” list of Fin­nish de­sign: Al­var Aalto ta­bles and chairs, Marimekko bed­ding and a colour­ful cup­board full of Iit­tala glasses. A Fin­nish friend came over on my first day, bear­ing a warm wel­come and salmon soup. We chat­ted about the city and my plans, though I was bleary-eyed from the flight, and then si­lence fell. A hint she was ready to go? I was en­joy­ing her com­pany, but I wouldn’t have minded, strug­gling as I was to stay awake and make con­ver­sa­tion. But she didn’t leave. The lunch, and the si­lence, con­tin­ued.

Later, I met up with an e-mail ac­quain­tance at the high­ceilinged De­sign Mu­seum Café, among a clien­tele dressed in grey and black and car­ry­ing de­signer or­ganic cot­ton tote bags. We caught up, then… si­lence. Rested up and game to go, I strained to fill it, with some stat­ing of the ob­vi­ous – “What a beau­ti­ful build­ing!” – and then, when that failed, celebrity bab­ble – “So, Meghan Markle… .” I even tried that Cana­dian go-to, the weather. Noth­ing. I blub­bered – he sat there, un­trou­bled.

L’AU­TOMNE DERNIER, J’AI LOUÉ UN APPART AU CEN­TRE D’HELSINKI, orné de ce qui avait tout l’air de la crème du de­sign fin­landais : ta­bles et chaises d’Al­var Aalto, li­terie Marimekko, ar­moire col­orée rem­plie de ver­res Iit­tala. Une amie fin­landaise est venue dès le premier jour m’of­frir un ac­cueil chaleureux et une soupe au saumon. On a dis­cuté de la ville et de mes pro­jets, même si j’avais les yeux bouffis par le vol, puis un ange est passé. Signe qu’elle voulait s’en aller? J’ap­pré­ci­ais sa com­pag­nie, mais je n’au­rais rien dit, puisque je peinais à rester éveil­lée et à faire la con­ver­sa­tion. Mais elle est restée. Le dîner s’est pour­suivi, le si­lence aussi.

Plus tard, j’avais ren­dez-vous avec un ami connu par cour­riel au café haut de pla­fond du Musée du de­sign, parmi une clien­tèle vêtue de gris et de noir et por­tant des fourre-tout grif­fés en co­ton bio. On s’est donné de nos nou­velles, puis... le si­lence. Re­posée et dis­posée, je me suis ef­for­cée de le meubler avec des év­i­dences (« Quel bel im­meu­ble ! »), puis, échec oblige, en bavar­dant célébrités (« Et, euh, Meghan Markle...»). J’ai même es­sayé la météo, clas­sique cana­dien. Rien. Je pla­co­tais, il restait as­sis là, im­per­turbable.

If you want to watch a Cana­dian squirm, let 30 sec­onds of si­lence hang in the air; at 60, we re­ally start to freak out. Sweat be­gins to form be­hind our knees as our preter­nat­u­ral need to fill the space takes over. For Finns, things are dif­fer­ent. Their affin­ity for pen­sive si­lence goes be­yond them com­ing from a long line of iso­lated woods­men. Fin­nish is an hon­est lan­guage, and a straight­for­ward one. (With a lex­i­con that con­tains words like kalsarikän­nit, which roughly means “that feel­ing when you are go­ing to get drunk home alone in your un­der­wear with no de­sire to go out,” a stream­lined ap­proach makes sense.) Ac­tive si­lences are a part of the nat­u­ral rhythm of com­mu­ni­ca­tion, not to be feared or filled, and an act of con­sid­er­a­tion for the speaker; by carv­ing out an in­ter­lude, you give the other per­son the space to think.

Once I got over the ini­tial para­noia of dead air – Oh my God, what have I said? How have I of­fended this lovely hu­man? – I came to ap­pre­ci­ate the value of a mo­ment to pon­der, and I hap­pily re­lin­quished the in­stinct to jump in with the first half-baked thought to trun­dle through my con­scious­ness. Back home, chitchat felt like fast food. But when I tried adopt­ing the serene si­lence with chatty Cana­dian friends (scrolling through your phone, by the way, does not count), I al­ways ca­pit­u­lated. So I’m tak­ing it slow, drop­ping lin­guis­tic lu­bri­cants like okay, wow and, yes, eh. We’ll see how that goes. And if that’s an idea that gives you pause, take it. WRITE TO US: LET­TERS@AIR­CANADAEN­ROUTE.COM

Si vous voulez voir un Cana­dien mal à l’aise, lais­sez planer 30 sec­on­des de si­lence ; à 60, il com­mencera vrai­ment à pani­quer. Il se met­tra à suer dans le creux des genoux, soumis à un be­soin im­périeux de combler le vide. Pour les Fin­landais, c’est dif­férent. Mais leur dis­po­si­tion au si­lence songeur va au-delà du fait qu’ils de­scen­dent d’une longue lignée de bûcherons soli­taires. Le finnois est une langue franche et di­recte. (Avec un vo­cab­u­laire qui com­prend des mots comme kalsarikän­nit, qui traduit « l’en­vie de se soûler en sous-vête­ments chez soi, sans au­cune in­ten­tion de sor­tir», aller à l’essen­tiel a sans doute du sens.) Les si­lences ac­t­ifs font par­tie du ry­thme na­turel de la com­mu­ni­ca­tion, pas plus à crain­dre qu’à combler, et té­moignent de l’égard pour celui qui parle ; créer un in­ter­lude, c’est don­ner à l’autre de l’es­pace pour réfléchir.

Ayant fi­nale­ment sur­monté ma para­noïa ini­tiale des temps morts («Seigneur, qu’est-ce que j’ai dit? Au­rais-je in­sulté cette brave per­sonne ? »), j’en suis venue à ap­précier la valeur d’un mo­ment de réflex­ion, à ne pas céder à l’en­vie de livrer la première pen­sée con­fuse me pas­sant par la tête. De re­tour au pays, bavarder avait un goût de fast-food. Mais quand je ten­tais d’ob­server un si­lence serein avec mes amis cana­di­ens bavards (re­garder son cel­lu­laire, je le pré­cise, ne compte pas), chaque fois je ca­pit­u­lais. Alors j’y vais à pe­tites doses, sup­p­ri­mant les lu­bri­fi­ants lin­guis­tiques tels que d’ac­cord, wow ! et hum. On verra ce que ça donne. Et si c’est une idée qui vous donne à réfléchir, tant mieux. VOS COMMENTAIRES : COURRIER@AIR­CANADAEN­ROUTE.COM

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