An­gèle Du­beau

C’est en 2017 qu’An­gèle Du­beau a pré­sen­té la tour­née Pour une der­nière fois, en com­pa­gnie de La Pie­tà. Elle au­ra donc don­né 33 concerts en deux mois et en­re­gis­tré la der­nière pres­ta­tion pour l’al­bum Ova­tion. Pour la suite des choses, la cé­lèbre vio­lo­niste

Allô Vedettes - - SOMMAIRE - Luc De­non­court

L.D.: Puis­qu’il s’agis­sait de votre der­nière tour­née d’aus­si grande en­ver­gure, était-ce im­por­tant qu’il en reste un sou­ve­nir, donc un al­bum? A.D.: «Lors de la der­nière soi­rée, je m’étais ajou­té de la pres­sion: en plus de l’en­re­gis­tre­ment, nous avions une cap­ta­tion té­lé­vi­sée. Au dé­but de la tour­née, l’au­tomne der­nier, les gens me de­man­daient s’ils pou­vaient se pro­cu­rer le disque. C’est à ce mo­ment qu’on s’est dit qu’on de­vait ré­pondre à cette de­mande. Les 33 concerts ont été gor­gés d’émo­tions: je di­sais mer­ci au pu­blic pour ces ren­dez-vous mu­si­caux que j’avais pu don­ner. La pre­mière fois que j’ai écou­té l’al­bum, je n’ai pas pu re­te­nir mes larmes.» Comment en­tre­voyez-vous ce chan­ge­ment de cap? «Ça fait plus de 40 ans que je fais de la tour­née; alors, je ne re­grette rien. Main­te­nant, je veux chan­ger mon mode de vie, être un peu plus à la mai­son et moins dans ce stress quo­ti­dien. La tour­née, c’est ma­gique, mais c’est fa­ti­gant et stres­sant. J’ai joué dans plus de 50 pays, et j’ai fait le Qué­bec tous les 2 ans de­puis 40 ans. On m’a même re­mis un prix RI­DEAU Hom­mage parce que je suis al­lée par­tout au Qué­bec. En pre­nant cette dé­ci­sion, j’étais très se­reine. Main­te­nant, je tra­vaille à un pro­chain al­bum, et il y au­ra des concerts. Mais je prends quelques mois pour moi: je tra­vaille de la mai­son, et ça me fait un grand bien. La vie que j’ai me­née va chan­ger, mais la vio­lo­niste conti­nue. Je suis convain­cue que j’ai pris la bonne dé­ci­sion. Je fais constam­ment les mêmes mou­ve­ments, et je res­sens de l’usure. Si je veux du­rer, je dois di­mi­nuer les ac­ti­vi- tés. Je suis en pleine forme, je n’ai pas de pro­blèmes phy­siques, mais je suis cons­ciente que mon corps a beau­coup d’usure.» Vous avez dé­ci­dé de faire de plus pe­tites tour­nées dans l’ave­nir; fe­rez-vous en­core des concerts sur la scène in­ter­na­tio­nale? «Il y a une de­mande en Eu­rope et au Mexique, mais je ne fe­rai pas une grosse tour­née, plu­tôt de plus courts sé­jours. Je vais aus­si re­jouer à Mon­tréal et à Qué­bec, c’est as­su­ré. Ha­bi­tuel­le­ment, je pré­pare mes al­bums dans l’avion ou à l’hô­tel; cette fois, je prends un ca­fé et je fais ça à la mai­son.» Cette nou­velle vie im­pli­que­ra de dire non à des gens, ce se­ra dif­fi­cile? «Dire non ou de­man­der si on peut le faire dans un an, c’est dif­fi­cile. C’est quelque chose que je dois ap­prendre à faire, car ce n’est pas dans ma na­ture. Je dois pen­ser à moi. J’ai be­soin aus­si de gar­der contact avec la scène. Le plus beau po­dium que j’ai, c’est sur les dif­fé­rentes pla­te­formes sur le Web. Il ne s’est ja­mais au­tant écou­té de mu­sique qu’au­jourd’hui. Je sais que, ré­cem- ment, j’ai dé­pas­sé les 60 mil­lions d’écoutes en strea­ming dans le monde. J’ai tou­jours vou­lu en­le­ver les bar­rières et par­ta­ger ma mu­sique avec le plus grand nombre de per­sonnes. Ce qui me rend le plus fière, c’est que ma mu­sique ac­com­pagne les gens dans leur quo­ti­dien.» Votre vie en tour­née a-t-elle com­pli­qué votre vie de fa­mille? «Il m’est ar­ri­vé à plu­sieurs re­prises de par­tir, alors que ma fille était pe­tite, en af­fi­chant un beau sou­rire et en ayant lais­sé des mé­mos par­tout pour qu’elle les trouve. Tou­te­fois, une fois dans le taxi, je pleu­rais. C’était dif­fi­cile, mais quand je re­ve­nais à la mai­son, j’étais là à 100 %. J’étais la ma­man ac­com­pa­gna­trice des sor­ties d’école, je fai­sais les de­voirs avec elle. Nous nous ar­ran­gions tou­jours pour que pa­pa soit là, et ça lui a don­né la chance de vivre des mo­ments avec sa fille. Il y a une so­li­tude lors­qu’on est en tour­née: c’est une drôle de vie puis­qu’on joue sur scène de­vant des mil­liers de per­sonnes et, après le con­cert, on mange un club sand­wich dans une chambre d’hô­tel en écou­tant un vieux film. Ce sont des mon­tagnes russes d’émo­tions qu’on vit. Pour moi, c’est un pri­vi­lège de pou­voir dire que je ra­len­tis la ca­dence.»

«Je dois pen­ser à moi.»

Vous avez eu un can­cer en 2013; cet épi­sode a-t-il pro­vo­qué cette ré­flexion? «Quand on m’a an­non­cé que j’avais un can­cer, je suis par­tie à la guerre, car ça al­lait sor­tir de moi. Je vou­lais re­tour­ner au vio­lon le plus vite pos­sible. Ma meilleure sou­pape, c’était la mu­sique. Je me sen­tais tel­le­ment mal d’an­nu­ler des concerts. Mais la pre­mière chose que Ma­rio, mon chum et im­pré­sa­rio, a faite, c’est d’ap­pe­ler toutes les salles de spec­tacle et de faire re­por­ter les concerts. Je de­vais m’oc­cu­per de moi. Il se peut que ma dé­ci­sion de ra­len­tir ne soit pas étran­gère à ça. Avant cet épi­sode, je pen­sais que j’étais une femme forte, et que rien ne vien­drait m’abattre. On réa­lise que la vie ne tient qu’à un fil. L’an der­nier, pen­dant la tour­née, lorsque j’ar­ri­vais à l’hô­tel, je me met­tais de la glace sur les poi­gnets. Je vais me mo­dé­rer pour pou­voir jouer en­core pen­dant plu­sieurs an­nées.» Est-ce plai­sant de po­ser ses va­lises? «Tout à fait. Dans le cas d’un chan­teur pop, il en­re­gistre un al­bum, part en tour­née pen­dant un an ou deux, et ar­rête pen­dant deux ans pour écrire le pro­chain. De mon cô­té, en mu­sique clas­sique, je n’ai ja­mais eu d’ar­rêt. Le seul mo­ment où j’ai ar­rê­té est lorsque j’ai eu mon épi­sode de can­cer. J’ai don­né.» À quel mo­ment pour­ra-t-on écou­ter votre pro­chain al­bum? «Je dois ap­prendre à me mo­dé­rer; je suis à la mai­son, mais je suis ef­fi­cace. Comme j’en­re­gistre en mars pro­chain, je suis en train de peau­fi­ner le choix des pièces. Je “car­bure à la chair de poule”. Si je sens que j’ai quelque chose de per­son­nel à dire sur une oeuvre, je le sais. Par la suite, je fais ap­pel à des gens de ta­lent qui viennent m’épau­ler là-de­dans.»

En pleine pres­ta­tion avec son or­chestre.

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