La peur d’Éric La­pointe

«J’étais désem­pa­ré»

Allô Vedettes - - SOMMAIRE - Ju­lie Loi­selle

À 49 ans, le ro­ckeur qué­bé­cois est un homme nou­veau, chan­gé par la pa­ter­ni­té, la so­brié­té et, bien sûr, l’amour. D’ailleurs, si, par le pas­sé, sa vie sem­blait lui im­por­ter peu, dé­sor­mais, mou­rir est sa han­tise.

Der­rière son image de mau­vais gar­çon, fort même dans les pires tem­pêtes, Éric La­pointe est un hu­main qui, par­fois, doute. Après avoir joué avec la mort, abu­sant de tous les vices et plai­sirs qui pou­vaient se trou­ver sur son che­min, le chan­teur ne se donne plus le droit de mou­rir. «C’est comme ça quand tu as des en­fants» , ré­pète-t-il de­puis que Christophe-Ar­thur (sept ans) et Édouard (six ans) ont vu le jour. D’ailleurs, plus il vieillit, plus le ro­ckeur du Qué­bec semble craindre la ma­la­die.

Cet été, quelques se­maines après avoir gué­ri de l’at­taque de deux bac­té­ries à la gorge et aux cordes vo­cales, il a ra­con­té dans un heb­do­ma­daire: «J’ai eu peur de perdre ma voix. Ma voix, c’est ma vie. Je me sen­tais comme un pi­lote de course sans sa for­mule 1. Je dois re­con­naître que j’ai un pe­tit cô­té hy­po­con­driaque, et j’ai pen­sé que j’avais un cancer de la gorge. J’étais désem­pa­ré. J’ai craint le pire.»

LA FEMME QUI LUI A RE­DON­NÉ GOÛT À L’AMOUR Dans une ré­cente en­tre­vue avec le jour­na­liste Louis-Phi­lippe Oui­met, Éric a ex­pli­qué qu’il se ser­vait de l’écri­ture de chan­sons ro­man­tiques pour pal­lier son cô­té mal­adroit en amour. Avant de ren­con­trer Ro­sa­lie, son ac­tuelle conjointe, Éric pen­sait même qu’il n’était pas fait pour être en couple. Mais sa fa­çon de voir les choses a, de­puis, chan­gé. Dans une en­tre­vue à Sa­lut Bon­jour, il a ré­vé­lé: «Avec elle, c’est simple. On n’a pas une grande dif­fé­rence d’âge. Elle me prend comme je suis. Elle est d’un grand sou­tien, et j’ai confiance en son avis et ses conseils.»

La pièce de son der­nier album, Ma rose, est d’ailleurs un hom­mage à la nou­velle femme de sa vie. Com­ment fait-il pour être en­core ca­pable d’écrire des chan­sons d’amour aus­si in­tenses? lui a-t-on de­man­dé. «Si tu connais­sais ma blonde, tu com­pren­drais ( rires)! » a-t-il lan­cé, les yeux brillants.

SON EX SE CONFIE En amour, Éric La­pointe est aus­si pas­sion­né que lors­qu’il est sur scène. D’ailleurs, quand il passe plu­sieurs jours sans don­ner de spec­tacles, il re­con­naît «de­ve­nir dé­pres­sif et avoir l’im­pres­sion d’être un ar­tiste fi­ni» . Dans une en­tre­vue don­née à la jour­na­liste Ka­tia Ga­gnon, son ex, Ma­rie-Pier Gau­dreault, s’est ou­verte sur sa re­la­tion pas­sée avec le chan­teur. C’est en 2002 que le couple se forme. Ma­rie-Pier est bar­maid au Da­go­bert à Qué­bec. En­semble, ils pro­fitent de la vie: voyages, voi­tures de luxe, al­cool, tour­nées… jus­qu’au jour où Ma­riePier en au­rait eu as­sez: «Je suis

«Je n’ en pou­vais plus de le voir s’ au­to dé­truire .» - Son ex, Ma­rie-Pier

«J’ai un pe­tit cô­té hy­po­con­driaque…»

par­tie parce que je l’ai­mais trop et je n’en pou­vais plus de le voir s’au­to­dé­truire. Tous les soirs, jus­qu’à 4 h du ma­tin, je res­tais au bar. J’avais peur de lui-même pour lui-même. Le lais­ser, ça a été la chose la plus dif­fi­cile de ma vie.» La jeune femme a même af­fir­mé qu’elle ne connais­sait pas un Éric sobre.

Son an­cien di­rec­teur de tour­née Jean-Yves Blais a confir­mé ses dires: «Di­sons qu’il ne se lais­sait pas ré­veiller fa­ci­le­ment. Je m’y pre­nais d’avance... Au fil du temps, j’ai fi­ni par dé­ve­lop­per une tech­nique: je lui met­tais une ci­ga­rette dans la bouche et je l’al­lu­mais. Là, il se ré­veillait.»

«De toute fa­çon, j’ ai vé­cu ce que j’avais à vivre!»

Même son de cloche du cô­té de son ex-at­ta­chée de presse Mar­tine Bé­ru­bé, qui a ex­pli­qué qu’elle ne pou­vait al­ler le cher­cher pour une en­tre­vue avant 16 h. Mal­gré tout, Éric La­pointe n’a ja­mais man­qué à ses obli­ga­tions ou eu une at­ti­tude désa­gréable.

UN PA­PA POUR SES PRO­TÉ­GÉS À LA VOIX L’au­teur de Mo­tel 117 ne s’est ja­mais ca­ché de son pro­blème de consom­ma­tion. Au­jourd’hui, il dit s’être dé­bar­ras­sé en par­tie de ses vieux dé­mons. Il a même dé­cla­ré: «De toute fa­çon, j’ai tout vé­cu ce que j’avais à vivre!» Par contre, l’image qu’il a pro­je­tée dans ses jeunes an­nées ne lui a pas tou­jours plu. Voi­ci ce qu’il a ra­con­té à La Presse: «Non, je ne suis pas un in­culte, un ignare, os­tie, qui traîne dans le fond d’une ta­verne. Ce n’est pas Éric La­pointe, ça. Je peux par­ler de po­li­tique, de lit­té­ra­ture et de mu­sique en tous genres. Je ne suis pas juste un ro­ckeur avec des bi­joux qui sacre à toutes les deux phrases. J’ai plus de pro­fon­deur que ça.»

Grâce à son rôle de coach à La Voix, Éric a pu mon­trer une autre fa­cette de sa per­son­na­li­té. Le pu­blic le cerne mieux der­rière le cuir et l’at­ti­tude de ro­ckeur: le chan­teur a en ef­fet une grande culture gé­né­rale, et sa vie est loin de se ré­su­mer aux cli­chés qui peuvent ve­nir en tête de cer­tains. D’ailleurs, il est très pro­tec­teur et pa­ter­nel en­vers les can­di­dats. Le concep­teur et pro­duc­teur Sté­phane La­porte a af­fir­mé qu’Éric fe­rait n’im­porte quoi pour eux. D’ailleurs, Tra­vis Cor­mier, fi­na­liste de La Voix en 2015, a long­temps vé­cu chez Éric. «il m’a dit: “Tu peux ve­nir res­ter chez nous en fin de se­maine”... et je ne suis ja­mais re­par­ti!» , a ra­con­té Tra­vis. «La fa­mille l’a adop­té, le band l’a adop­té. Je l’ap­pelle fis­ton!» ,a dé­jà confié La­pointe. Les per­sonnes qui au­ront la chance de faire par­tie de son équipe cette an­née se­ront donc entre de bonnes mains. La chan­son pré­fé­rée de ses fiLs Le Qué­bé­cois l’a ré­pé­té sou­vent: la ve­nue de ses en­fants a été le pre­mier pas vers une vie plus saine. «Ma connexion avec mes fils est tel­le­ment meilleure à jeun» , a-t-il ex­pli­qué. D’ailleurs, il amène par­fois ses fils - qu’il a en garde par­ta­gée - avec lui en tour­née: «ils adorent dor­mir dans les chambres d’hô­tel et faire de la route. Ça nous per­met de pas­ser du temps en fa­mille et de ja­ser. Ces mo­ments où je fais de la route avec mes fils, c’est sa­cré.»

De­puis leur nais­sance, Éric fait un mi­ni­con­cert pour Édouard et Christophe-Ar­thur avant le dodo: «J’ai un ri­tuel avec les en­fants tous les soirs: je leur chante des chan­sons que j’es­saie de leur faire dé­cou­vrir. Ça va de Si­na­tra à az­na­vour en pas­sant par El­vis.» C’est d’ailleurs pour cette rai­son que son der­nier album, Dé­li­vrance, com­prend la pièce Le p’tit bon­heur, de Fé­lix Le­clerc. «De­puis deux ans, c’est leur chan­son pré­fé­rée. Elle est tou­jours la der­nière du spec­tacle que je leur fais, celle qui pré­cède le bai­ser» , a-t-il ra­con­té à Gi­no Choui­nard. C’est aus­si une des pre­mières chan­sons qu’il a ap­prises à la gui­tare, vers l’âge de huit ans.

SPORT ET JAR­DI­NAGE! Ré­cem­ment, le qua­dra­gé­naire s’est re­mis en forme… grâce à ses fils: «ils me gardent ac­tif, puisque je me suis mis au golf et au ski pour faire des ac­ti­vi­tés avec eux. ils font en sorte que leur père soit en forme, et c’est tant mieux.» Ce­lui qui a long­temps pré­fé­ré la vie ur­baine ha­bite de­puis quelque temps à Ver­chères, sur la Rive-Sud, un coin à la cam­pagne: «Nous sommes au bord du fleuve; le

«Je me suis dé­cou­vert une pas­sion pour le jar­di­nage.»

soir, nous fai­sons des feux. Je me couche tôt, je me lève tôt. J’ai une vie plus calme.»

Plu­sieurs se­ront même éton­nés de la nou­velle pas­sion de l’in­ter­prète de N’im­porte quoi: le jar­di­nage. «Je me suis même dé­cou­vert une pas­sion pour le jar­di­nage. C’est un pro­jet que je fais avec mon père, et j’adore ça, a-t-il af­fir­mé. Mais j’ai un peu man­qué mon coup pour mes plates-bandes: il y a trop de cou­leurs. L’an pro­chain, je vais faire mieux. J’ai éla­bo­ré mon plan sur pa­pier. Je ca­pote sur les fleurs. Qui l’au­rait crû!»

En 2003, avec son ex-femme, Ma­rie-Pier Gau­dreault.

Grâce à La Voix, on dé­couvre le cô­té doux et culti­vé du ro­ckeur.

Le chan­teur ap­pré­cie sa nou­velle vie ran­gée et calme.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.