Jean-Pierre Fer­land: «J’ai failli tout perdre»

Allô Vedettes - - SOMMAIRE - Yves Bou­dreau

Il y a quelques an­nées, Jean-Pierre Fer­land avait dé­ci­dé de prendre une re­traite bien mé­ri­tée. De­puis ce temps, on a l’im­pres­sion qu’il n’a ja­mais au­tant tra­vaillé. Et ce­la conti­nue.

Cette an­née, il a lan­cé le pro­jet Toutes les femmes de ma vie. «Ça fait un pe­tit bout de temps, nous ex­plique Jean-Pierre, que ce pro­jet flot­tait dans l’air. Moi, j’étais bien d’ac­cord, mais je ne vou­lais pas choisir les femmes qui pou­vaient être in­té­res­sées à faire un duo avec moi, je vou­lais que ce soit elles qui viennent vers moi. À part Cé­line [qui chante Une chance qu’on s’a sur l’album] à qui j’ai par­lé per­son­nel­le­ment, et Gi­nette Re­no, qui a dû re­fu­ser parce qu’elle était, m’a-t-elle dit, trop oc­cu­pée, toutes les autres femmes de l’album sont ve­nues vers moi. Bien sûr, elles avaient en­ten­du dire que je sou­hai­tais faire un album en duo avec les femmes de ma vie, mais ce sont elles qui ont ma­ni­fes­té de l’in­té­rêt pour chan­ter avec moi. Ju­lieAnne [sa conjointe] était un peu der­rière ce pro­jet.»

En plus de Cé­line Dion, on peut en­trendre Ya­ma Laurent, Diane Tell, Luce Du­fault, Ma­rieEve Jan­vier et plu­sieurs autres. L’en­re­gis­tre­ment de cet album ne s’est pas fait vrai­ment en duo: «Je vou­lais que cha­cune d’elles ap­porte sa propre cou­leur à la chan­son. Ce sont d’ailleurs leurs choix de chan­sons, je ne leur ai rien im­po­sé. Elles en­traient en studio, en­re­gis­traient la chan­son, et je met­tais ma voix sur leur in­ter­pré­ta­tion après. Je me di­sais que si je chan­tais avec elles en studio, elles n’au­raient pas eu la même spon­ta­néi­té. Je ne vou­lais pas pas­ser pour le pro­fes­seur ou ce­lui qui pour­rait leur dire quoi faire. Par exemple, quand Na­nette a fait Sing Sing, elle l’a tel­le­ment faite swin­guer que j’ai dû m’ajus­ter à elle.»

Cet album don­ne­ra à Fer­land et ses femmes l’oc­ca­sion de faire deux spec­tacles: «On va en ef­fet don­ner deux gros spec­tacles avec Les femmes de ma vie, soit au Centre Bell à Mon­tréal et au Centre Vi­déo­tron à Qué­bec. Ça va être tout un spec­tacle avec les voix de ces chan­teuses-là.» On pour­rait croire que Jean-Pierre Fer­land a aban­don­né la scène, mais ce n’est

«La vie est longue, mais elle passe vite.»

pas du tout le cas. Il se pro­duit en­core très sou­vent un peu par­tout au Qué­bec: «Je ne peux pas me pas­ser de la scène et des gens.» Une bLeS­SUre LongUe à gUé­rir On a aus­si abor­dé un su­jet dé­li­cat, soit la comédie mu­si­cale La femme du roi, qu’il a écrite et com­po­sée et qui n’a ja­mais été créée: «Ce fut la pire ex­pé­rience de ma vie. J’ai vu de la ja­lou­sie, de la chi­cane. Un des com­po­si­teurs ne vou­lait pas que Ju­lieAnne joue dans La femme du roi, et il a ten­té de nous im­po­ser ses amis. Je n’ai ja­mais vu au­tant de crottes. J’ai souf­fert énor­mé­ment et j’ai failli tout perdre. J’ai in­ves­ti 250 000 $ dans cette aven­ture et j’ai tout per­du.» Mal­gré cet échec, Jean-Pierre Fer­land n’aban­donne pas l’idée de mon­ter cette oeuvre: «Tout est là, tout est écrit. Il suf­fit de trou­ver un bon pro­duc­teur, et je crois tou­jours que c’est une très belle comédie mu­si­cale.»

Cette an­née, Jean-Pierre Fer­land a per­du quel­qu’un qu’il a un peu cô­toyé dans le mi­lieu ar­tis­tique, Charles Az­na­vour. Au dé­but des an­nées 1960, Jean- Pierre Fer­land a pas­sé près de quatre ans en France où il a connu un beau suc­cès: «J’ai bien connu Az­na­vour. Quand j’étais à Pa­ris, nous sommes de­ve­nus amis, j’ai man­gé avec lui à quelques oc­ca­sions. Il ai­mait bien par­ler de com­po­si­tion de chan­sons. C’était un au­teur au­da­cieux. Il fal­lait de l’au­dace pour écrire une chan­son comme Je m’voyais dé­jà en di­sant que son nom était écrit en grosses lettres sur les af­fiches. Il m’in­vi­tait sou­vent aus­si à ses spec­tacles à l’Olym­pia. Un jour, en dis­cu­tant, il m’a de­man­dé sur quelle chan­son je tra­vaillais pré­sen­te­ment. J’avais com­men­cé à écrire une chan­son sur la ré­con­ci­lia­tion. À cette époque, Az­na­vour et Bé­caud, qui tra­vaillaient sou­vent en­semble, étaient en chi­cane. Ça leur ar­ri­vait sou­vent d’être en chi­cane. Deux ans plus tard, il m’a in­vi­té à as­sis­ter à un nou­veau spec­tacle, où il a chan­té une chan­son qu’il avait écrite sur leurs re­trou­vailles. Il s’était ins­pi­ré de la chan­son dont je lui avais par­lé. J’étais vrai­ment flat­té de voir que le grand Az­na­vour, avec qui j’avais 10 ans de dif­fé­rence, s’était ins­pi­ré de moi. Quand j’ai ap­pris sa mort, je me suis dit que la vie était longue, mais qu’elle pas­sait vite.»

Sa conjointe, Ju­lie-Anne, est der­rière ce pro­jet de disque.

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