QUAND LE DEUIL SE TRANS­FORME EN ES­POIR DE VIE

Se­maine na­tio­nale du don d'or­ganes

Avenir PaT - Montréal-Est - - LA UNE - NI­CO­LAS LEDAIN ni­co­las.ledain@tc.tc

In­fir­mière res­source au don d’or­ganes, Claude Proulx est en pre­mière ligne pour pré­sen­ter ce choix dif­fi­cile aux fa­milles qui vivent des si­tua­tions dra­ma­tiques. Face aux craintes et aux re­fus, elle doit trou­ver les mots pour sau­ver des vies après la mort.

SAN­TÉ. In­fir­mière res­source au don d’or­ganes, Claude Proulx est en pre­mière ligne pour pré­sen­ter ce choix dif­fi­cile aux fa­milles qui vivent des si­tua­tions dra­ma­tiques. Face aux craintes et aux re­fus, elle doit trou­ver les mots pour sau­ver des vies après la mort.

Au quo­ti­dien, Claude Proulx tra­vaille pour faire pro­gres­ser la trans­plan­ta­tion au Qué­bec. Lors­qu’un pa­tient est en état de mort cé­ré­bral ou vient de dé­cé­der et qu’il a été iden­ti­fié comme un don­neur po­ten­tiel, c’est elle qui a la lourde charge d’ap­pro­cher les fa­milles pour leur ex­pli­quer l’état de san­té de leur proche et sug­gé­rer l’op­tion du don d’or­gane.

Si elle a dé­ve­lop­pé des tech­niques au fil du temps, chaque si­tua­tion est in­édite et chaque fa­mille est un dé­fi pour la seule in­fir­mière res­source au don d’or­ganes du CIUSSS de l’ Est- de- l’ Île- de- Mon­tréal, un ter­ri­toire qui couvre de Ro­se­mont à la Pointe-de-l’Île.

« Il faut avoir une sen­si­bi­li­té pour dé­tec­ter les be­soins, écou­ter la dou­leur et être ca­pable de l’ac­cueillir, mais il faut aus­si gar­der une cer­taine dis­tance pro­fes­sion­nelle. La ma­jo­ri­té des in­fir­mières aiment le chal­lenge tech­nique, moi j’aime le cô­té hu­main », ex­plique-t-elle.

In­fir­mière de­puis 1990, c’est en 2001 que cette pro­fes­sion­nelle de san­té s’est en­ga­gée dans cette spé­cia­li­té grâce à un pro­jet pi­lote me­né au Qué­bec. De­puis, elle a ren­con­tré en­vi­ron 450 fa­milles qui avaient un proche en état de mort cé­ré­brale dans la ma­jo­ri­té des cas.

« On ne dé­coupe pas juste pour prendre des or­ganes, on dé­coupe pour sau­ver des vies. »

Claude Proulx, in­fir­mière res­source au don d’or­ganes et de tis­sus.

« Le drame neu­ro­lo­gique ne pa­raît gé­né­ra­le­ment pas de l’ex­té­rieur, la per­sonne a l’air de dor­mir pai­si­ble­ment, donc il faut mon­trer ce que le cer­veau a su­bi et que ce ne sont que les ma­chines qui per­mettent au corps de fonc­tion­ner. La si­tua­tion de don d’or­ganes est tou­jours dra­ma­tique, la fa­mille a be­soin d’ac­com­pa­gne­ment, ce­la ne donne rien d’of­frir trop bru­ta­le­ment, il faut at­tendre et en par­ler au mo­ment op­por­tun », dé­taille Claude Proulx.

La plu­part du temps, la crainte de la mu­ti­la­tion, la peur que toutes les so­lu­tions mé­di­cales n’aient pas été prises et l’in­cer­ti­tude de l’ir­ré­ver­si­bi­li­té de la mort cé­ré­brale sont les obs­tacles que cette der­nière doit faire pas­ser aux fa­milles.

L’in­fir­mière res­source au don d’or­ganes as­sure tou­te­fois qu’elle n’a pas pour ob­jec­tif pre­mier d’ob­te­nir un don, mais plu­tôt d’ai­der à faire un choix.

« Je ne vais pas cher­cher un oui à tout prix, le but est que la fa­mille soit se­reine avec sa dé­ci­sion », pour­suit-elle.

UN SEC­TEUR QUI ÉVO­LUE

Pour Claude Proulx, le plus com­pli­qué n’a ja­mais été le tra­vail avec les fa­milles, mais plu­tôt l’ac­cep­ta­tion par ses col­lègues. En tant qu’in­fir­mière, il lui a fal­lu du temps avant de réus­sir à s’im­po­ser entre les mé­de­cins et leurs pa­tients. Si elle est au­jourd’hui une res­source re­con­nue au sein du CIUSSS, la sen­si­bi­li­sa­tion se pour­suit afin de dé­ve­lop­per le ré­flexe du don d’or­ganes à l’Hô­pi­tal Mai­son­neuve-Ro­se­mont (HMR), mais aus­si à San­ta Ca­bri­ni, où elle se rend au moins une fois par se­maine.

Comme Claude Proulx, d’autres in­fir­mières font ce tra­vail de sen­si­bi­li­sa­tion du per­son­nel mé­di­cal et d’ap­proche avec les fa­milles par­tout dans la pro­vince. Elles ont contri­bué à faire pro­gres­ser le don d’or­ganes, puisque le nombre de don­neurs est pas­sé d’en­vi­ron 120 en 2001 à 182 en 2017 au Qué­bec. À l’HMR, on compte entre dix et douze don­neurs en moyenne par an­née.

« Ma plus grande fier­té, c’est quand les fa­milles ac­ceptent, car c’est un baume pour leur dou­leur. Sa­voir que la vie se pro­longe, que la per­sonne se pour­suit à tra­vers une autre, c’est sou­vent un sou­la­ge­ment » , ex­plique Claude Proulx.

L’en­trée en vi­gueur en 2011 du re­gistre de consen­te­ment dans le for­mu­laire de re­nou­vel­le­ment de l’as­su­rance ma­la­die a aus­si fa­ci­li­té ce mé­tier qui est en constante évo­lu­tion. Les avan­cées mé­di­cales ouvrent ré­gu­liè­re­ment de nou­velles pos­si­bi­li­tés de trans­plan­ta­tion qui né­ces­sitent une mise à jour ré­gu­lière des connais­sances.

« Si c’était tou­jours la même chose après seize ans, j’au­rais chan­gé de mé­tier, mais il y a tel­le­ment de beaux dé­fis. En­tendre des per­sonnes gref­fées té­moi­gner, ça rend fier. C’est le fun de contri­buer au don d’or­ganes et je n’ai pas l’in­ten­tion d’aban­don­ner », confie Claude Proulx.

(Pho­to TC Me­dia — Ni­co­las Ledain)

En 16 ans, Claude Proulx a ren­con­tré plus de 450 fa­milles confron­tées au décès d’un proche pour leur ex­pli­quer le don d’or­ganes.

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