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L’édi­tion ré­vi­sée d’un classique ca­na­dien parle des chan­ge­ments cli­ma­tiques.

Biosphere - - News - Par Mat­thew Church

L’édi­tion ré­vi­sée de L’arbre : une vie, un classique ca­na­dien, parle des chan­ge­ments cli­ma­tiques.

Ap­pré­cions-nous les arbres à leur juste va­leur? Clai­re­ment, de mul­tiples té­moi­gnages rendent hom­mage à la beau­té de nos fo­rêts, chaque es­pèce d’arbre a ses pro­mo­teurs convain­cus et des mil­liers de re­cettes nous in­vitent à sa­vou­rer l’in­fi­nie va­rié­té des fruits. Par contre, chaque jour, à pied, en vé­lo ou au­tre­ment, nous cô­toyons ces re­pré­sen­tants exem­plaires de la com­plexi­té na­tu­relle sans y ré­flé­chir plus avant. En 2004, trois des plus grands dé­fen­seurs de la na­ture au Ca­na­da — Ro­bert Ba­te­man, Wayne Gra­dy et Da­vid Su­zu­ki — ont produit un livre qui fait la chro­nique de 600 ans d’exis­tence d’un unique pin de Dou­glas. Il s’agit d’un ajout pré­cieux à nos bi­blio­thèques, of­frant une riche pers­pec­tive sur l’évo­lu­tion, l’in­ter­dé­pen­dance et la fra­gi­li­té d’un éco­sys­tème en­tier, telles qu’in­car­nées dans un or­ga­nisme unique. Quinze ans plus tard, le livre a été mis à jour, ré­vi­sé et ré­édi­té. Qu’est-ce qui a tant chan­gé pour jus­ti­fier une ré­édi­tion? Pas vrai­ment la bio­lo­gie, en fait. C’est plu­tôt le contexte éco­lo­gique qui évo­lue de fa­çon dra­ma­tique, alors que les chan­ge­ments cli­ma­tiques an­thro­piques bou­le­versent des mil­liers d’an­nées d’évo­lu­tion. Con­si­dé­rons les in­cen­dies de forêt : nous sa­vons que leur rôle est es­sen­tiel dans la ré­gé­né­ra­tion des mi­lieux boi­sés. La ré­vi­sion rend compte de l’in­ten­si­fi­ca­tion ra­pide des feux de forêt, liée au ré­chauf­fe­ment, et des dé­vas­ta­tions in­cal­cu­lables et ir­ré­ver­sibles cau­sées par ces ca­tas­trophes. Le livre n’est pas une pro­phé­tie ca­tas­tro­phiste ou une re­ven­di­ca­tion po­lé­mique pour des ac­tions po­li­tiques ou éco­lo­giques. C’est la fas­ci­nante ex­plo­ra­tion de la vie d’un arbre, d’une forêt et d’un éco­sys­tème, qui se lit comme un ro­man et laisse le lec­teur mieux in­for­mé, ins­pi­ré et en ad­mi­ra­tion de­vant la com­plexi­té de la na­ture. Sans les fo­rêts qui cou­vraient ré­cem­ment la pla­nète, les au­teurs sou­lignent que « la vie sur Terre se can­ton­ne­rait en­core cer­tai­ne­ment dans sa forme ma­rine ». Nous sommes là grâce aux fo­rêts... et elles sont dis­pa­rues à cause de nous.

Lorsque nous ren­con­trons notre pin de Dou­glas (Pseu­dot­su­ga men­zie­sii) pour la pre­mière fois dans les pre­mières pages du livre, il est en­core sous la forme d’une graine, chauf­fée au so­leil dans le lit d’une ri­vière à sec, pro­té­gé et fer­tile. Nous sommes autour de l’an­née 1300; en Amé­rique du Nord, l’em­pire az­tèque en­tre­prend de construire sa ru­ti­lante ca­pi­tale, loin au sud, à l’en­droit où se trouve au­jourd’hui Mexi­co; au nord du Rio Grande, on trouve pro­ba­ble­ment une po­pu­la­tion to­tale de 12 mil­lions d’hu­mains. Dans la ré­gion Pa­ci­fique Nord-Ouest, le peuple sa­lish du lit­to­ral vit « dans des cen­taines de pe­tits vil­lages cla­niques d’en­vi­ron 300 per­sonnes, dis­per­sés dans toute la ré­gion ». Cette po­pu­la­tion tra­vaille en har­mo­nie avec le ter­ri­toire et par­tage un sen­ti­ment de connexion avec la na­ture.

La connexion est un thème cen­tral de ce livre. Les au­teurs nous guident (ap­puyés sur les illus­tra­tions de Ba­te­man) dans les en­tre­lacs de la vie en évo­lu­tion, nous in­tro­dui­sant à la cos­mo­lo­gie, à l’évo­lu­tion et aux es­pèces de­puis les li­chens, les four­mis, les sa­la­mandres et les cor­beaux jus­qu’aux cou­guars et beau­coup d’autres, met­tant en lu­mière les rôles joués par cha­cune dans un sys­tème in­croya­ble­ment com­plexe. On y trouve de fas­ci­nantes di­gres­sions sur les na­tu­ra­listes grecs de l’An­ti­qui­té, la cir­cu­la­tion des fluides dans les plantes vas­cu­laires, le rôle es­sen­tiel des cham­pi­gnons dans la san­té des fo­rêts, la pho­to­syn­thèse, la presse de Gu­ten­berg, la na­ture pré­his­to­rique des fou­gères et même comment les sau­mons nour­rissent la vie des fo­rêts de pins, tout comme les fo­rêts sou­tiennent les sau­mons.

Comme sou­li­gné dans la nou­velle ver­sion ré­vi­sée, le fond de scène de ce drame, c’est la des­truc­tion an­thro­po­gé­nique, qui va en s’ac­cé­lé­rant, alors même que les me­naces qui pèsent sur l’éco­lo­gie mon­diale sont igno­rées, aus­si bien par l’in­dus­trie que par les gou­ver­ne­ments et les ci­toyens. Le temps dis­po­nible pour pré­ve­nir une ca­tas­trophe to­tale se ra­ré­fie à grande vi­tesse, et un grand nombre d’es­pèces sont menacées, y com­pris notre es­pèce. Ce livre re­mar­quable dé­taille et cé­lèbre les mer­veilles de la na­ture pour une nou­velle gé­né­ra­tion. Ce fai­sant, cette édi­tion ré­vi­sée de­vrait ins­pi­rer une nou­velle co­horte à se por­ter à la dé­fense de notre seule et unique de­meure.

L’arbre : une vieWayne Gra­dy, Da­vid Su­zu­ki, illus­tra­tions de Ro­bert Ba­te­man. Tra­duit par Do­mi­nique For­tier. Édi­tion ré­vi­sée,Les édi­tions du Bo­réal, 2018

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