PERSO

Prête, pas prête, j'y re­tourne

Coup de Pouce - - SOMMAIRE - Par Ca­the­rine Main­ville-M. Illus­tra­tion: Ma­rie-Eve Trem­blay/Co­la­gene.com

CET ÉTÉ, MA SOEUR A SOUFFLÉ SES 40 BOU­GIES. LE PAS­SAGE À LA QUARANTAINE S’EST RÉ­VÉ­LÉ DE LA PE­TITE BIÈRE À CÔ­TÉ DE L’ÉPREUVE QU’ELLE A VÉ­CUE AU PRIN­TEMPS. AU BOUT DE SIX MOIS D’AB­SENCE, MA­RYSE EST RE­TOUR­NÉE AU TRA­VAIL SANS TAM­BOUR NI TROMPETTE. ELLE NE RE­VE­NAIT PAS D’UN CONGÉ DE MA­TER­NI­TÉ NI D’UN CONGÉ SAB­BA­TIQUE EN IS­LANDE: MA SOEUR RE­VE­NAIT D’UNE DÉ­PRES­SION MA­JEURE!

Comme bien des gens dans sa si­tua­tion, Ma­ryse ap­pré­hen­dait ce re­tour qui n’al­lait cer­tai­ne­ment pas pas­ser in­aper­çu. De­puis le pre­mier jour de son congé de ma­la­die. Elle avait peur du ju­ge­ment des quelque 40 col­lègues de son ser­vice. Sur­tout que son dé­part n’avait pas été des plus dis­crets. Les der­niers temps, Ma­ryse était hy­per­sen­sible au tra­vail. Elle avait pleu­ré. À plus d’une re­prise. Et des col­lègues l’avaient vue.

«J’avais peur d’être ju­gée, d’être consi­dé­rée comme une per­sonne faible, me confie-t-elle. Pour moi, c’était dif­fi­cile, parce que j’avais tou­jours lais­sé voir que j’étais une per­sonne forte et tra­vaillante. Je ne pen­sais ja­mais me rendre jusque-là!»

Les craintes à l’égard des col­lègues sont com­munes chez les per­sonnes qui re­viennent d’un congé de ma­la­die, constate le psy­cho­logue du tra­vail, Ni­co­las Che­vrier. Les gens craignent d’être per­çus comme quel­qu’un qui a lais­sé tom­ber l’équipe ou qui est à l’ori­gine d’une sur­charge de tra­vail. Or, dans la plu­part des cas, il n’en est rien. «Il faut faire confiance à ses col­lègues, conseille-t-il. J’ai ra­re­ment vu des mi­lieux où les gens étaient mal ac­cueillis à leur re­tour. Au lieu de s’iso­ler, il faut plu­tôt al­ler dî­ner avec ses col­lègues. Ce­la dit, rien nous oblige à dé­voi­ler les rai­sons de notre ab­sence. Si les gens sentent qu’on n’a pas en­vie d’en par­ler, ils vont com­prendre et nous par­ler de hockey ou de mé­téo.»

Les col­lègues de ma soeur ont ef­fec­ti­ve­ment été nom­breux à lui sou­hai­ter un bon re­tour. C’est ce qu’on leur avait conseillé de dire à ceux qui re­viennent d’un congé de ma­la­die comme le sien, lors d’une for­ma­tion en en­tre­prise. «Le plus drôle m’a dit:

“Ah! Sa­lut. T’as re­trou­vé tes clés?” Ça m’a beau­coup fait rire! ra­conte-t-elle. D’autres ont été plus mal­adroits, mais je sais que ce n’était pas mé­chant.»

Lorsqu’on se re­met d’une dé­pres­sion ou d’un épui­se­ment pro­fes­sion­nel, il est im­por­tant de pré­pa­rer la re­prise du tra­vail, rap­pelle Ni­co­las Che­vrier. «Une ren­contre avec notre su­pé­rieur, quelques se­maines avant notre re­tour est es­sen­tielle, afin de s’en­tendre sur son dé­rou­le­ment, sur nos ob­jec­tifs pro­fes­sion­nels ain­si que sur nos at­tentes et celles de l’or­ga­ni­sa­tion. Les em­ployés éprouvent sou­vent de l’in­quié­tude. Pour­tant, ils sont gé­né­ra­le­ment ac­cueillis à bras ou­verts.»

Peu im­porte la rai­son pour la­quelle on s’est ab­sen­té, re­ve­nir au bou­lot après une ab­sence pro­lon­gée né­ces­site tou­jours une pé­riode d’adap­ta­tion. Se­lon Ni­co­las Che­vrier, dans la plu­part des cas, la fa­tigue res­sen­tie au cours des pre­mières se­maines, voire des pre­miers mois, peut en sur­prendre plus d’un. «Il est im­por­tant de se fixer des ob­jec­tifs réa­listes et fa­ciles à at­teindre, afin d’être sa­tis­faits de nos jour­nées et d’évi­ter que le stress et la fa­tigue s’installent dès notre re­tour.»

Pour ma soeur Ma­ryse, un re­tour pro­gres­sif, éta­lé sur un peu plus de six se­maines, a été hau­te­ment bé­né­fique. Une for­mule qui de­vrait tou­jours être ap­pli­quée en pa­reil cas si l’on veut pré­ve­nir une re­chute, croit Ni­co­las Che­vrier. «Sou­vent les gens pensent que ce n’est pas né­ces­saire ou que le pa­tron ne vou­dra pas, et ils re­tombent en­core plus bas que la pre­mière fois.»

Après plu­sieurs mois d’ab­sence, doit-on es­pé­rer que les choses re­de­viennent comme avant? Se­lon le psy­cho­logue, ce n’est pas tou­jours sou­hai­table, sur­tout lorsqu’on se re­met d’un épi­sode d’épui­se­ment pro­fes­sion­nel. «Ce genre d’ex­pé­riences nous per­met d’ap­prendre à faire les choses dif­fé­rem­ment: nos fa­çons de tra­vailler, de voir les choses, de conci­lier le tra­vail et la fa­mille, etc. Il doit y avoir un avant et un après. Dans tous les cas, es­pé­rer que les choses soient comme avant n’est pas une at­tente réa­liste!» conclut Ni­co­las Che­vrier.

«Peu im­porte la rai­son pour la­quelle on s’est ab­sen­té, re­ve­nir au bou­lot après une ab­sence d'adap­ta­tion.» pro­lon­gée né­ces­site tou­jours une pé­riode

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