Coup de Pouce

Rompre la so­li­tude des aî­nés

- Par Ju­lia Hau­rio International System of Units · Facebook

LE CONFI­NE­MENT A MIS EN ÉVI­DENCE L'ISO­LE­MENT DES PER­SONNES ÂGÉES. MÊME SI LES ME­SURES ONT ÉTÉ AS­SOU­PLIES, MAIN­TE­NIR UN LIEN SO­CIAL EN PÉ­RIODE DE CRISE DE­MEURE ES­SEN­TIEL. QU’IL S’AGISSE DE NOS PROCHES OU D’IN­CON­NUS, VOI­CI DES CONSEILS POUR ROMPRE LEUR SO­LI­TUDE.

Confi­ner les aî­nés plus long­temps que le reste de la po­pu­la­tion semble lo­gique, puis­qu’ils sont plus à risque de dé­cé­der de la CO­VID-19, mais les ef­fets col­la­té­raux d’une telle dé­ci­sion ne peuvent être né­gli­gés. L’hu­main étant un être so­cial, se­lon Bre­né Brown, une cher­cheuse amé­ri­caine, notre be­soin de con­tacts est plus qu’une émo­tion, c’est de la neu­ros­cience. Nous sommes conçus pour in­ter­agir, et l’ab­sence de con­tacts peut ain­si nous nuire, au­tant men­ta­le­ment que phy­si­que­ment.

«Si l’on n’a per­sonne avec qui par­ta­ger notre vie, il peut être dif­fi­cile de lui trou­ver du sens», confirme Ca­ro­line Sau­riol, di­rec­trice gé­né­rale de l’or­ga­nisme Les Pe­tits Frères, qui lutte contre l’iso­le­ment des per­sonnes de 75 ans et plus au Qué­bec de­puis près de 60 ans.

Com­ment ai­der nos proches?

Se­lon la psy­cho­logue Ma­rie-Claude Bou­let, même les pe­tits gestes, comme de­man­der «Com­ment ça va?» ou «Qu’estce que je peux faire?», ont un ef­fet po­si­tif. Le sou­tien peut être af­fec­tif: on ap­pelle ou on écrit à la per­sonne pour prendre de ses nou­velles. On s’as­sure aus­si de ne pas can­ton­ner la conver­sa­tion à la crise ac­tuelle. «Bien sûr, il se­ra ques­tion de la CO­VID, mais at­ten­tion de gar­der un dis­cours ras­su­rant, de ne pas tom­ber dans le sen­sa­tion­na­lisme et de par­ler d’autres choses», conseille Mme Bou­let.

Si c’est pos­sible, on pri­vi­lé­gie la vi­sio­con­fé­rence. «La vi­déo per­met de voir l’autre sou­rire. Le pro­cé­dé a un ef­fet mi­roir et fait du bien», af­firme la psy­cho­logue. De plus, elle per­met d’avoir l’im­pres­sion de par­ta­ger le quo­ti­dien en pre­nant un re­pas en­semble ou en dé­cou­vrant les der­nières réa­li­sa­tions des en­fants. Si notre proche est en CHSLD, on se ren­seigne au­près de la di­rec­tion afin de vé­ri­fier quels sont les modes de com­mu­ni­ca­tion pos­sibles.

Le sou­tien peut aus­si être pra­tique. Les per­sonnes confi­nées ont un moindre ac­cès à de nom­breux ser­vices. On s’in­forme donc sur leurs be­soins. On peut al­ler faire

l’épi­ce­rie, ai­der avec les tâches ad­mi­nis­tra­tives ou tondre la pe­louse. Ces pe­tits gestes fe­ront une dif­fé­rence dans la jour­née de la per­sonne qui les re­çoit, sans comp­ter qu’ils font aus­si du bien à ce­lui qui les pose.

En plus du bien-être qu’ils pro­curent, les con­tacts fré­quents avec nos proches âgés nous per­mettent de nous in­for­mer ré­gu­liè­re­ment sur leur san­té phy­sique et psy­cho­lo­gique: «On peut ain­si re­pé­rer les signes d’éven­tuels pro­blèmes. Nous sommes comme une sen­ti­nelle pour eux», ex­plique Mme Bou­let.

Et les per­sonnes seules?

Avant le confi­ne­ment, cer­taines per­sonnes ayant un ré­seau per­son­nel ré­duit avaient dé­ve­lop­pé des stra­té­gies pour bri­ser leur so­li­tude, telle une vi­site quo­ti­dienne au ca­fé du coin. «Étant don­né la si­tua­tion ac­tuelle, ces stra­té­gies ne fonc­tionnent plus, et ces per­sonnes risquent donc de perdre es­poir, en plus de leur es­time d’elles-mêmes», ex­plique Ca­ro­line Sau­riol des Pe­tits Frères. Dès le dé­but de la crise, l’or­ga­nisme s’est as­su­ré que ses 1700 grands amis — c’est ain­si qu’on nomme les per­sonnes bé­né­fi­ciant de leurs ser­vices — étaient en sé­cu­ri­té en les ap­pe­lant deux fois par se­maine. Puis, il a éten­du son ré­seau aux autres Qué­bé­cois de 75 ans et plus avec son pro­gramme d’es­couade té­lé­pho­nique.

Les ap­pels durent un mi­ni­mum de 20 mi­nutes et se font au­tant que pos­sible avec le même bé­né­vole pour

«J’ai en­voyé un Doo­dle à tous mes cou­sins pour que cha­cun ré­serve un cré­neau pour ap­pe­ler notre grand-mère. Comme ça, on n’ap­pelle pas tous en même temps et on ré­par­tit les “vi­sites” dans le temps.» — Char­lotte de Qua­tre­barbes

as­su­rer une conti­nui­té. L’or­ga­nisme re­groupe 2000 bé­né­voles ré­par­tis dans 11 ré­gions du Qué­bec et tra­vaille avec d’autres groupes et as­so­cia­tions dans le but de re­pé­rer le plus d’aî­nés iso­lés que pos­sible.

À plus pe­tite échelle, plu­sieurs ini­tia­tives pour contrer l’iso­le­ment des per­sonnes âgées ont vu le jour ces der­niers mois. Par exemple, le pro­jet Por­traits et pa­roles de nos Aî­néEs, sur Fa­ce­book, por­té par deux soeurs de 10 et 12 ans, consiste à re­cueillir des té­moi­gnages de per­sonnes âgées, grâce à une ren­contre vir­tuelle, puis à les pu­blier sur sa page. Des mil­liers de per­sonnes se sont éga­le­ment ins­crites sur le site je­be­ne­vole.ca, pla­te­forme de ju­me­lage entre or­ga­nismes et bé­né­voles, tan­dis que d’autres ont of­fert de l’aide à leurs voi­sins, comme en té­moigne Ge­ne­viève Des­pa­tie: «Je fais l’épi­ce­rie pour ma voi­sine de 80 ans. Elle m’en­voie ses de­mandes par tex­to. On se parle avant et après les courses. On fait connais­sance, car on ne se connais­sait pas vrai­ment avant la crise», ra­conte la Mont­réa­laise.

Et après?

Le risque, après plu­sieurs mois, c’est que la mo­bi­li­sa­tion s’es­souffle et que l’on re­prenne «nos vieilles ha­bi­tudes». «Il va fal­loir être vi­gi­lant et ne pas bais­ser la garde, car plus le temps passe, plus il y a un risque d’im­pact psy­cho­lo­gique», pré­vient Ma­rie-Claude Bou­let. Pour Ca­ro­line Sau­riol, la prise de conscience pro­vo­quée par la pan­dé­mie est une belle avan­cée. «On a dé­ve­lop­pé des ré­flexes po­si­tifs pen­dant la crise; au­tant les gar­der. Je nous en­cou­rage, comme so­cié­té, à ne pas re­ve­nir à la nor­male et à conti­nuer d’en­tre­te­nir

conclut-elle.• des re­la­tions in­ter­gé­né­ra­tion­nelles»,

«J’en­voie à ma mère de 81 ans ses re­pas pé­ru­viens pré­fé­rés toutes les se­maines par taxi.» — He­ri­cka Chong

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