«C’EST DÉ­LI­CAT DE TRA­VAILLER SUR UNE TELLE OEUVRE»

— Louis-Jean Cor­mier

Échos vedettes - - ENTREVUES -

IL EST EN SAB­BA­TIQUE, LE MON­SIEUR. ALORS, ON LE DÉBUSQUE OÙ? DANS SON STU­DIO, PAR­DI! PARCE QU’IL EST DE CES OFFRES QU’ON NE PEUT RE­FU­SER. POUR LOUIS-JEAN COR­MIER, BOS­SER SUR SERGE FIO­RI, SEUL

EN­SEMBLE, C’EST DES VA­CANCES.

On se pointe au mo­ment où le mu­si­cien aux ta­lents mul­tiples en­re­gistre une piste de gui­tare acous­tique qui se­ra jux­ta­po­sée à De la chambre

au sa­lon. Un joyau d’Har­mo­nium qui sur­pren­dra les fans avec son ins­tru­men­ta­tion ré­in­ven­tée. À cô­té de nous, Fio­ri tripe fort, tan­dis que l’in­gé­nieur de son, Guillaume Char­train, s’af­faire à la console. Ça nous per­met de me­su­rer l’am­pleur du bou­lot que ces trois-là — de con­cert avec le qua­trième mous­que­taire, Alex McMa­hon —, abattent en amont de la pré­sen­ta­tion de cette créa­tion du Cirque Éloize.

«C’est dé­li­cat de tra­vailler sur une telle oeuvre, re­con­naît Cor­mier. Nous, les trois jeunes, on s’ef­force de ne pas po­ser de gestes qui man­que­raient de res­pect. On est plus dé­ta­chés que Serge et qu’une gé­né­ra­tion com­plète de mé­lo­manes. En même temps, Har­mo­nium nous ha­bite tel­le­ment!» Le meilleur de tous les mondes.

SE DÉPAYSER... DANS SON STU­DIO!

Tout au long de notre vi­site, Cor­mier nous jase ça en grat­touillant sa belle et vieille gui­tare Gretsch des an­nées 1960, po­sée sur ses ge­noux. Sa sab­ba­tique se­rait-elle à l’eau? «Hum... Non, pas vrai­ment. Elle est à l’air! Je fais des pro­jets qui me sortent de mes ha­bi­tudes. C’est comme des va­cances. J’ai com­po­sé une mu­sique de film, et là, je fais une mu­sique de cirque! (rires)

Ça me nour­rit beau­coup. Je vou­lais prendre une sab­ba­tique pour ne pas avoir d’hor­loge en tête. Je vou­lais me dépayser, me res­sour­cer... Ces pro­jets s’ins­crivent dans cette dé­marche.»

Et ces va­cances, il les passe en bonne par­tie avec ses amis et col­la­bo­ra­teurs, McMa­hon et Char­train, et son nou­veau pote, Serge Fio­ri, dit «Padre». «C’est une re­la­tion na­tu­relle que je n’avais pas vue ve­nir. Re­marque que j’avais ce sen­ti­ment-là de­puis très long­temps. Je chan­tais des tounes d’Har­mo­nium quand j’étais ado en me di­sant: “J’ai l’im­pres­sion de connaître Fio­ri...” Mais je pense que l’en­semble de la po­pu­la­tion qué­bé­coise a eu aus­si ce fee­ling-là! (rires) Au mo­ment où on s’est ren­con­trés, il ve­nait voir mes shows. Il me ser­rait dans ses bras et j’avais l’im­pres­sion que c’était mon oncle.»

JON­GLER AVEC UN CASSE-TÊTE

Les gars tra­vaillent dans l’har­mo­nie. «Serge nous donne carte blanche. On a trou­vé le moyen de le mettre en confiance dès le dé­part, et il est tom­bé en amour avec les pre­miers bal­bu­tie­ments de notre tra­vail. On par­ti­cipe à un pro­jet qui veut vivre tout seul. C’est fa­cile de le faire. En plus, la mu­sique d’Har­mo­nium file tout na­tu­rel­le­ment vers un show de cirque.»

Cor­mier et McMa­hon ont dé­ter­mi­né l’ordre des pièces de ce puzzle. «On n’a pas vou­lu tis­ser une trame nar­ra­tive avec la mu­sique. On est par­tis avec l’idée d’être dans la tête de Serge Fio­ri. Tu mets toutes les tounes d’Har­mo­nium dans un cha­peau, tu les brasses, tu les laisses tom­ber dans n’im­porte quel ordre, et ça marche. Serge a tel­le­ment de ma­té­riel ins­tru­men­tal que c’est en­core plus fa­cile d’agen­cer les mor­ceaux. Si deux chan­sons ne vont pas en­semble, on leur met un beau pe­tit plas­ter, et ça marche! (rires)»

L’oeuvre de Fio­ri est di­ver­si­fiée et, même si on évoque na­tu­rel­le­ment Har­mo­nium, elle est loin de s’y li­mi­ter. D’où cer­taines contrainte­s. «On jongle avec des époques et des sons dif­fé­rents tout en ayant un sou­ci d’ho­mo­gé­néi­té. Ça fait de beaux pe­tits casse-têtes... Par exemple, on n’a pas fi­ni de tout dé­mê­ler avec Viens dan­ser et Deux cents nuits

à l’heure, de Fio­ri-Sé­guin. Y a ben du stock dans ça! Je suis même par­ti en peur et je veux faire ve­nir Ri­chard (Sé­guin) en stu­dio pour que lui et Serge ré­en­re­gistrent la toune au com­plet. On va peut-être se rendre jusque-là.»

Cor­mier nous ra­conte tout ça comme si de rien n’était. Na­tu­rel­le­ment. Comme s’il ne réa­li­sait pas l’am­pleur des mi­racles qu’il ac­com­plit. La marque d’un grand.

PHO­TO:TVAPUBLICA­TIONS/ERICMYRE

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