Bri­gitte Bois­jo­li: des dé­tours in­évi­tables

Échos vedettes - - SOMMAIRE - SA­MUEL PRADIER

DANS SON DER­NIER AL­BUM, WO­MEN, BRI­GITTE BOIS­JO­LI A CHOI­SI DE RENDRE HOM­MAGE À DES FEMMES FORTES QUI SE SONT IM­PO­SÉES À UN MO­MENT OÙ LA DO­MI­NA­TION MAS­CU­LINE ÉTAIT À SON COMBLE. ELLE A AIN­SI CHOI­SI DES CHAN­SONS DE PLU­SIEURS CHAN­TEUSES QUI ONT MARQUÉ LEUR ÉPOQUE ET LA MU­SIQUE COUN­TRY. NA­SH­VILLE ÉTAIT LA VILLE PAR­FAITE POUR EN­RE­GIS­TRER CE DISQUE RÉ­SO­LU­MENT COUN­TRY, UNE MU­SIQUE QU’ELLE ÉCOUTE DE­PUIS SON EN­FANCE. «La mu­sique coun­try est une par­tie de ce que je suis.»

Après un al­bum de re­lec­tures des chan­sons de Pla­mon­don, Bri­gitte Bois­jo­li sou­hai­tait re­ve­nir au coun­try, une mu­sique plus proche de ses ra­cines. «C’est un ca­deau que je me suis of­fert dans cette pé­riode de ma vie. J’avais vrai­ment en­vie de chan­ter toutes ces femmes et de re­plon­ger dans le coun­try. C’est rare que je m’ar­rête pour ana­ly­ser ce que je suis en train de faire; je suis plu­tôt dans l’ac­tion. Ça me ten­tait de re­faire un al­bum coun­try, et je le voyais comme une suite de mon al­bum Pat­sy Cline. J’en ai par­lé à mon gé­rant, et on l’a fait!»

La chan­teuse vou­lait aus­si pro­fi­ter de cet al­bum pour rendre hom­mage à ces femmes qui se sont bat­tues pour exis­ter dans ce mi­lieu, comme Lo­ret­ta Lynn, Pat­ti Page, Lynn An­der­son, Con­nie Fran­cis et Bren­da Lee. «C’était aus­si très in­té­res­sant de lire l’his­toire de cha­cune. Pour la plu­part d’entre elles, je ne sa­vais pas exactement tout ce qu’elles avaient vé­cu. Je suis tom­bée en amour avec ces femmes-là quand j’ai dé­cou­vert leur vie et leur par­cours. C’était très dif­fi­cile pour elles. Les tour­nées étaient aus­si pas mal rock’n’roll. Elles ont dû se battre dans ce mi­lieu hy­per mas­cu­lin et hy­per fer­mé. Il y a même une chan­teuse qui a dû prendre le nom d’un homme pour que ses chan­sons tournent à la ra­dio. Ce sont des femmes qui sont allées au front et qui se sont bat­tues pour faire leur place.»

La chan­teuse a no­tam­ment été im­pres­sion­née par la car­rière de Wan­da Jack­son, qu’El­vis Pres­ley avait prise sous son aile. «C’est vrai­ment lui qui l’a pous­sée en lui di­sant qu’elle était ca­pable de faire du rock. Elle fai­sait la pre­mière par­tie de ses spec­tacles. Il y a donc toutes ces his­toires der­rière les chan­sons de cet al­bum, ce qui fait que tout prend un sens par­ti­cu­lier. En plus, ce sont des chan­sons qui tra­versent les époques; elles sont de­ve­nues in­tem­po­relles.»

LE LAN­GAGE DU COEUR

Bri­gitte Bois­jo­li af­firme que la mu­sique coun­try fait par­tie de son iden­ti­té. «Cette mu­sique est une par­tie de ce que je suis. J’ai l’im­pres­sion d’avoir pris bien des dé­tours dans ma car­rière qui étaient in­évi­tables mais bé­né­fiques pour moi. J’aime chan­ter tous les styles de mu­sique, mais il a fal­lu que j’ap­prenne où j’étais ca­pable d’al­ler et ce que j’étais ca­pable de faire avant de re­tom­ber dans mes sou­liers coun­try. Je me suis fi­na­le­ment ren­du compte que c’est ce que je suis. Je ne viens pas d’un mi­lieu coun­try, même si on en écou­tait à la mai­son et que je viens de la cam­pagne. Je ne peux pas me com­pa­rer à Cin­dy Bé­dard, par exemple, qui est née et ha­bite en­core à Saint-Tite, et qui vit 100 % coun­try. Mais j’ai quand même le coun­try dans les veines. J’at­ten­dais donc le bon mo­ment où je pour­rais re­tour­ner à cette mu­sique, qui est confor­table pour moi; j’ai l’im­pres­sion d’être à la mai­son. Quand je par­ti­cipe à un fes­ti­val coun­try, c’est comme si je fai­sais par­tie de la fa­mille. Il y a une proxi­mi­té qui me touche.»

Ce qu’elle ap­pré­cie dans ce style, c’est avant tout la sim­pli­ci­té des textes qui dé­crivent des sen­ti­ments avec fran­chise, sans cir­con­vo­lu­tions poé­tiques. «Ce sont des textes très simples qui vont sou­vent droit au coeur. Dans le coun­try, il n’y a pas de mé­ta­phores ou de dé­tours pour ra­con­ter une his­toire. C’est aus­si simple que:

“T’es belle, je t’aime! Tu es par­tie, tu m’as fait mal.” Il n’y a pas de poé­sie, c’est un lan­gage di­rect. Sur l’al­bum, je chante prin­ci­pa­le­ment en an­glais, mais dans mon spec­tacle, je fais aus­si des chan­sons en français. Même dans les bal­lades an­glaises, c’est aus­si simple, avec de longues notes et as­sez peu de mots. Pour moi, c’est vrai­ment le lan­gage du coeur.»

LE BERCEAU DU COUN­TRY

Le choix d’en­re­gis­trer ce nou­veau disque à Na­sh­ville était aus­si sym­bo­lique que pra­tique pour Bri­gitte Bois­jo­li. «Je vou­lais tra­vailler à nou­veau avec Carl Marsh, qui avait réa­li­sé l’al­bum Pat­sy Cline. Il avait le goût de le faire et il était dis­po­nible; on a donc dé­ci­dé de com­men­cer tout de suite. Par contre, cette fois-ci, on a en­re­gis­tré seu­le­ment les mu­siques là-bas. Pour les voix, c’était com­plexe d’al­ler à l’hô­tel avec ma fille, Char­lie, pen­dant sept jours, alors qu’elle n’a que deux ans. Il au­rait fal­lu que quel­qu’un m’ac­com­pagne. C’était com­pli­qué et ça coûte plus cher.»

La chan­teuse s’est quand même ren­due au Ten­nes­see, dans la ville du coun­try, pour tra­vailler les ar­ran­ge­ments avec son réa­li­sa­teur, qui ha­bite à Na­sh­ville. «On a pris les mêmes ex­cel­lents mu­si­ciens qui avaient tra­vaillé sur mon al­bum Pat­sy Cline. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de bons mu­si­ciens au Qué­bec, mais ceux de Na­sh­ville ont joué ces chan­sons toute leur vie. Ils en­re­gistrent tous en­semble très ra­pi­de­ment.»

Si bon nombre de chan­teuses et de chan­teurs coun­try sou­haitent en­re­gis­trer leurs disques à Na­sh­ville, c’est sur­tout parce qu’il semble y avoir un son par­ti­cu­lier là-bas. «Quand on se pro­mène dans la ville, il y a des his­toires de mu­siques, de mu­si­ciens, de chan­teurs à tous les coins de rue. Il y a une am­biance par­ti­cu­lière. J’ai réel­le­ment l’im­pres­sion que la mu­sique sonne dif­fé­rem­ment là-bas. Les mu­si­ciens lo­caux ont cette mu­sique dans le sang, ils ont gran­di avec elle et connaissen­t cer­taines chan­sons de­puis qu’ils sont tout pe­tits. Ça s’en­tend dans le ré­sul­tat fi­nal. Ils jouent les yeux fer­més; cette mu­sique re­pré­sente toute leur vie.»

«En­chaî­ner les tour­nées, c’est tou­jours un bon­heur pour moi.»

COMME À LA MAI­SON

Bri­gitte Bois­jo­li a vi­si­té Na­sh­ville à cinq re­prises de­puis le dé­but de sa car­rière, et elle s’y sent comme à la mai­son. «Chaque fois que j’ar­rive à

l’aé­ro­port, je porte mes bottes de cow-boy et je sais que j’ar­rive dans un en­droit où je me sens bien. À chaque dé­part, je me dis: “Je vais re­ve­nir.” J’ar­rive là-bas et je ne peux pas me cou­cher tôt. Tu rentres dans un bar, tu ne sais pas trop qui joue, et tu dé­couvres que ce sont trois mu­si­ciens nom­més aux Gram­mys qui se sont don­né ren­dez-vous pour un jam hal­lu­ci­nant. Les groupes qu’on peut voir là-bas, c’est vrai­ment ma­gique.»

Même si elle n’y connaît pas en­core beau­coup de monde, à cha­cune de ses vi­sites, la chan­teuse essaie de vivre l’ex­pé­rience à fond. «Mes sé­jours sont gé­né­ra­le­ment as­sez courts, car j’y vais pour tra­vailler. Mais la der­nière fois, je suis sor­tie toute seule dans un bar et je me suis fait des amis. J’ai aus­si quelques points de re­père, comme des res­tau­rants, des ma­ga­sins de bottes de cow-boy et quelques autres en­droits.»

UN ÉTÉ CHAR­GÉ

En plus de par­ti­ci­per à la fête de la Saint-Jean à Qué­bec, Bri­gitte Bois­jo­li mul­ti­plie­ra les col­la­bo­ra­tions à des spec­tacles spéciaux cet été. «Je vais aus­si faire une di­zaine de fes­ti­vals, aus­si bien coun­try que fran­co­phones. Il a fal­lu que je pré­pare deux ou trois ver­sions de spec­tacles pour l’été, mais je suis bien contente.» En sep­tembre, elle re­par­ti­ra pour une tour­née acous­tique. «Je suis ac­com­pa­gnée de deux ou trois mu­si­ciens (contre­basse, gui­tares), et on fait du Pla­mon­don, du Pat­sy Cline et des chan­sons dif­fé­rentes. On va faire plu­sieurs pe­tites salles, c’est vrai­ment le fun! En­chaî­ner les tour­nées, c’est tou­jours un bon­heur pour moi.»

Bri­gitte essaie de s’im­pré­gner de l’am­biance de Na­sh­ville à cha­cun de ses voyages.

Bri­gitte Bois­jo­li se sent chez elle à Na­sh­ville. Chan­ter du coun­try est un vrai plai­sir pour Bri­gitte. Toute la ville vibre au rythme de la mu­sique. Bri­gitte pro­fite de cha­cun de ses sé­jours à Na­sh­ville pour al­ler écou­ter les mu­si­ciens de l’en­droit.

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