Le paradoxe de la ren­trée

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Oui, la ren­trée est un paradoxe. Ça si­gni­fie le re­tour, comme ça si­gni­fie le dé­part… Le re­tour à la nor­male, aux ha­bi­tudes à la mai­son, au tra­vail ou en classe. Mais ça évoque aus­si le dé­part: si on re­vient, c’est qu’on est par­ti, qu’on a dé­lais­sé pour un mo­ment une ha­bi­tude, celle de la rou­tine, par exemple.

Eh bien, ça y est, l’heure de la ren­trée a son­né. Tout le monde à ses chau­drons! En ma­tière de ra­dio et de té­lé­vi­sion, ça re­part pour une autre sai­son; pour le reste, on dit pour une autre an­née. Comme les vacances sont faites pour «dé­cro­cher» et que la ma­jo­ri­té des Qué­bé­cois est oc­cu­pée ailleurs pen­dant l’été, les dif­fu­seurs en pro­fitent pour «dé­cro­cher» les moins bonnes pro­duc­tions de leur pro­gram­ma­tion du­rant cette pé­riode. Mais j’avoue que de­puis quelques an­nées, les dif­fu­seurs sont plus lents à ap­por­ter des chan­ge­ments dans leur grille-ho­raire… C’est pro­ba­ble­ment dû à l’ex­pé­rience. À force de faire des es­sais et er­reurs au fil des an­nées, on a fi­ni par connaître la re­cette d’une bonne pro­duc­tion té­lé. C’est pour­quoi les bonnes sé­ries telles Uni­té 9 et Dis­trict 31 res­tent aus­si long­temps à l’an­tenne.

Di­sons que ça bouge plus à la ra­dio. Le jeu de la chaise mu­si­cale conti­nue sa vo­ca­tion, celle de nous faire dé­cou­vrir de nou­veaux ta­lents. N’ou­bliez pas que le monde de la ra­dio est comme l’an­ti­chambre de la té­lé­vi­sion au Qué­bec et par­tout ailleurs dans le monde. La plu­part des com­mu­ni­ca­teurs que vous ap­pré­ciez à la té­lé viennent de la ra­dio. Quant aux ac­teurs, ils sont is­sus du mi­lieu du théâtre, c’est évident! Il faut bien ve­nir de quelque part si on veut al­ler ailleurs!

Nous sommes en sep­tembre 2019. Quoi de neuf à la té­lé? Je ne joue­rai pas à TV Heb­do en vous fai­sant la liste de vos «beaux pro­grammes», pour uti­li­ser une ex­pres­sion cli­chée, mais force est de consta­ter que la té­lé est en san­té au Qué­bec, et ce, de­puis 1952. On l’a bien étu­diée, dé­cor­ti­quée, ana­ly­sée et fi­na­le­ment presque maî­tri­sée. Je me sou­viens d’une époque où l’on fai­sait de la té­lé avec peu de moyens, alors que nos voi­sins les Amé­ri­cains nous pré­sen­taient de la té­lé à l’image de ce qu’ils étaient et de ce qu’ils sont tou­jours: riches, dé­me­su­rés et sans scru­pules. Ce qui avait l’ef­fet per­vers de nous faire com­pa­rer nos pro­duc­tions à leurs pro­duits. Puis, à force de vou­loir les imi­ter, on a fi­ni par les sur­pas­ser. Je ne suis pas pré­ten­tieux! Au Qué­bec, on ar­rive à faire, en té­lé comme au ci­né­ma, presque tout ce que le reste du monde peut faire — et même plus! — avec peu de moyens, sou­vent avec un in­fime pour­cen­tage de ce qui est four­ni ailleurs en ma­tière de pro­duc­tion.

C’est en nous com­pa­rant à eux que nous avons pu nous dé­pas­ser. Bonne té­lé, bonne ra­dio, bonne sai­son. La ren­trée, c’est comme re­trou­ver son lit bien douillet après une longue et épui­sante marche dans la mon­tagne... ou en­core sor­tir de quelque part pour ar­ri­ver ailleurs! Voi­là tout le paradoxe de la ren­trée!

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