L’in­vi­té du mois éric-Em­ma­nuEL schmitt

J’ai bien ten­té de lire sa ving­taine de livres et sa tren­taine de pièces de théâtre avant d’in­ter­vie­wer Éric-Em­ma­nuel Schmitt, d’écou­ter ses qua­rante mille en­tre­vues afin d’ar­ri­ver avec des ques­tions ori­gi­nales, mais j’ai man­qué de temps. Et puis­qu’il n’a

ELLE (Québec) - - Questionne - Texte STÉ­PHANE DOMPIERRE Éric-Em­ma­nuel Schmitt se­ra sur scène du 16 no­vembre au 17 dé­cembre 2016 dans 23 villes qué­bé­coises pour pré­sen­ter Mon­sieurI­bra­hi­met­les­fleurs duCo­ran. Et il li­ra sans doute mes livres in­ces­sam­ment.

Vous êtes écri­vain, phi­lo­sophe, met­teur en scène, pia­niste… et puis, un jour, vous rem­pla­cez au pied le­vé un co­mé­dien dans la pièce

et... vous de­ve­nez ac­teur! C’est vrai­ment aus­si simple que ça? Je ne sais pas si je suis vrai­ment de­ve­nu ac­teur... Je ne peux jouer que mes textes! Ma lé­gi­ti­mi­té pour mon­ter sur les planches, c’est d’être la source, l’au­teur de l’his­toire. Au fond, sur scène, je fais la même chose qu’à mon bu­reau lorsque j’écris: je dis­pa­rais pour lais­ser par­ler mes per­son­nages. J’ai le sen­ti­ment d’être juste quand je suis to­ta­le­ment ab­sent et mes per­son­nages, to­ta­le­ment pré­sents. Dans les pro­chaines se­maines, vous por­te­rez de nou­veau ce texte sur les planches dans 23 villes du Qué­bec. Est- ce que c’est fa­cile de s’y re­plon­ger? J’ai écrit Mon­sieur Ibra­him et les fleurs du Co­ran en 1999, mais le texte ré­sonne en­core mieux dans le monde ac­tuel. Au­jourd’hui, il faut mi­li­ter pour la to­lé­rance et la bien­veillance, ce qui rend cette re­la­tion entre un en­fant juif et un épi­cier mu­sul­man en­core plus char­gée. Quand j’ai écrit le texte, la so­cié­té fran­çaise était in­dif­fé­rente à l’Is­lam. Au­jourd’hui, elle est in­quiète. Les choses ont chan­gé! Votre per­son­nage, Mon­sieur Ibra­him, dit que «le se­cret du bon­heur, c’est la len­teur». On di­rait que ça ne s’ap­plique pas au rythme de vos pa­ru­tions… Ef­fec­ti­ve­ment! C’est pour ça que Mon­sieur Ibra­him est un vrai sage et moi pas! Chaque fois que je dis cette phrase sur scène, je le prends comme une claque. J’écris des per­son­nages qui me sont in­fi­ni­ment su­pé­rieurs! Quel est pour vous le pire in­con­vé­nient d’être un au­teur connu? Dans les conver­sa­tions, au res­tau­rant, il m’ar­rive de ne pas dire exac­te­ment ce que je pense parce que j’ai peur d’être en­ten­du à la table d’à cô­té. Je ne veux pas que les choses soient dé­for­mées, sor­ties de leur contexte. Ça m’oblige à un contrôle de moi-même qui est par­fois fa­ti­gant. De temps en temps, j’aime j’ai­me­rais vrai­ment me lais­ser al­ler! Il y a des jours où j’ai en­vie de ne pas me ra­ser et d’en­fi­ler mes vê­te­ments moches pour al­ler pro­me­ner mes trois chiens... Quelle est l’idée fausse la plus cou cou­rante que l es g ens s e font à votre su­jet? Ils me voient pro­duire, en­chaî­ner les livres, les pièces, les films, mettre en scène, mon­ter sur scène, alors ils croient que je ne prends pas le temps de vivre. La bonne nou­velle, c’est que c’est faux! J’ai la chance de sa­voir tra­vailler vite. Être l’au­teur d’une lec­ture obli­ga­toire dans beau­coup d’écoles, c’est in­ti­mi­dant ou c’est sym­pa­thique? Au dé­but, j’étais mé­con­tent. Je pré­fé­re­rais ne pas être im­po­sé! Je me sou­viens trop de cer­tains au­teurs qu’on m’a for­cé à lire à un mo­ment de ma vie où ils ne m’in­té­res­saient pas. Je les ai bou­dés et j’ai mis des an­nées avant de les re­dé­cou­vrir et de les ap­pré­cier vrai­ment. En même temps, j’ai aus­si dé­cou­vert de cette fa­çon des au­teurs que je n’ai ja­mais quit­tés de­puis. Li­sez-vous sys­té­ma­ti­que­ment les livres jus­qu’à la fin ou vous ar­rive- t- il de les aban­don­ner en che­min? Quand, au bout de 30 pages, je me rends compte que l’au­teur n’ar­rive pas à m’in­té­res­ser, je me dis que son livre n’est pas pour moi — ou pas pour moi main­te­nant — et j’aban­donne. J’ar­rête aus­si ma lec­ture quand je trouve que l’au­teur écrit comme un co­chon ou qu’il n’a rien à dire!

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.