Pen­ser ses plaies

ELLE (Québec) - - Culture - L’of­fran­de­mu­si­cale Ma­gni­fi­cat,

Avant l’en­tre­vue, l’at­ta­chée de presse nous trans­met les consignes d’usage: Char­lotte Gains­bourg est à Mon­tréal pour par­ler de son nou­vel al­bum, REST, qui se­ra dis­po­nible dès le 17 no­vembre. Prière d’évi­ter les ques­tions per­son­nelles sur son illustre père Serge ou sur sa de­mi-soeur Kate, dé­cé­dée en 2013 dans des cir­cons­tances tra­giques. On ac­quiesce, d’au­tant que l’al­bum en ques­tion, réa­li­sé par le jeune pro­duc­teur élec­tro fran­çais Se­bas­tian, mé­rite am­ple­ment qu’on s’y at­tarde. Après quelques mi­nutes de conver­sa­tion, c’est une Char­lotte à la fois im­pu­dique et gé­né­reuse qui se lance dans le vif du su­jet: «Ça me gêne de les com­pa­rer, mais mes deux plus grandes bles­sures sont la mort de mon père et celle de ma soeur. Lorsque mon père est mort, je ne vou­lais pas en par­ler, je n’ar­ri­vais pas à en­tendre ses chan­sons – qui jouaient par­tout –, car ça rou­vrait la plaie. Ma soeur, elle n’était pas connue, alors j’avais en­vie de lui rendre hom­mage.»

Kate est donc par­tout sur ce disque très in­time, le pre­mier où la chan­teuse et ac­trice ose le fran­çais de­puis créé par son père il y a des lustres. Elle y passe de la chanson douce à l’élec­tro, et glisse na­tu­rel­le­ment de la langue de Vic­tor Hu­go à celle de Syl­via Plath, à qui elle pique quelques vers sur L’al­bum s’ouvre avec Ring-A-Ring O’ Roses, air em­prun­té à une ri­tour­nelle an­glaise évo­quant son en­fance, et se ter­mine avec qu’elle dé­crit comme «une ba­lade au ci­me­tière sur un rythme dé­ca­lé. Ça parle jus­te­ment du dé­sir de ra­con­ter Kate. Et j’aime aus­si le pe­tit clin d’oeil de faire chan­ter ma fille à la toute fin», ajoute-t-elle avec une pointe de fier­té. La nos­tal­gie de l’en­fance est d’ailleurs un autre thème cen­tral de l’al­bum, avec des pièces comme «Je pen­sais à ces an­nées vé­cues avec Kate, ma mère et mon père, rue de Ver­neuil. C’était ma­gique! Je sais que j’ai une vi­sion idéa­li­sée du pas­sé et, même si je sou­haite que mes filles s’épa­nouissent, j’ai­me­rais qu’elles ne vieillissent ja­mais. Moi-même je n’ai ja­mais vou­lu gran­dir.» Puissent-elles de­ve­nir des femmes aus­si com­plexes et fas­ci­nantes que leur mère! N. T. La puis­sance élec­tri­sante de l’orgue, le charme en­voû­tant des or­chestres de toutes tailles et la ma­gni­fi­cence du chant choral sont réunis en un seul évé­ne­ment:

Cette 11e édi­tion re­gorge de concerts cap­ti­vants, comme Noël chez les Bach (où la mu­sique al­terne avec la lec­ture par Al­bert Millaire de cor­res­pon­dances entre le com­po­si­teur et ses proches), (une fugue im­pro­vi­sée au cla­ve­cin par le maes­tro qui est, de­puis, pas­sée à la pos­té­ri­té) et le cé­lèbre in­ter­pré­té par l’Or­chestre sym­pho­nique de Mon­tréal sous la di­rec­tion de Kent Na­ga­no. Une mul­ti­tude d’éva­sions su­blimes qui sau­ront chas­ser l’au­tom­nale dé­prime! Du8no­vem­breau13dé­cembre; fes­ti­val­bach­mon­treal.com. S. P.

MON­TRÉAL. LE FES­TI­VAL BACH DE

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