HWYL, D’AESOP par­fum d’ailleurs...

Hwyl n’est pas qu’un as­sem­blage de consonnes et de voyelles gra­phi­que­ment jo­li. Ce mot gal­lois si­gni­fie gros­so mo­do «flux d’émo­tions». Un nom bien choi­si pour le der­nier sillage en date de la mai­son de beau­té aus­tra­lienne Aesop, car il trans­porte lit­té­ral

ELLE (Québec) - - Parfums - DU JA­PON JUS­QU’À NOUS texte AN­GÉ­LIQUE MAR­TEL Psitt (ou plu­tôt pschitt) Hwyl

Pour une se­conde créa­tion d’af­fi­lée, Aesop a fait ap­pel aux com­pé­tences bien sen­ties et à la créa­ti­vi­té «ni­chée» du nez pa­ri­sien Bar­na­bé Fil­lion. L’ex-man­ne­quin et pho­to­graphe re­con­ver­ti en par­fu­meur adore par­cou­rir le globe à la re­cherche d’in­gré­dients in­édits et de cultures mé­con­nues. «Dé­cou­vrir com­ment on sent et res­sent les choses ailleurs est pour moi très sti­mu­lant», nous a confié le beau Brum­mell ren­con­tré à New York. Pour mettre au point Bar­na­bé a po­sé ses va­lises dans les jar­dins du temple Sai­ho-ji, à Kyo­to, au Ja­pon, où poussent des cy­près hi­ba et hi­no­ki vieux de plus de 300 ans. «J’ai vou­lu rendre hom­mage à la vé­né­ra­tion sa­crée que portent les Ja­po­nais à la na­ture, pré­cise le nez. J’ai donc ima­gi­né une fra­grance fu­mée et boi­sée, qui évoque le brouillard des fo­rêts, mais aus­si la force de la na­ture et son si­lence vi­brant.» Au me­nu: du cy­près, du thym, de l’en­cens, des épices, de la mousse et du vé­ti­ver. Un jus ver­doyant, sen­suel et un tan­ti­net ex­cen­trique. Un par­fum qui in­trigue.

ENTRE ART, SCIENCE ET NA­TURE

De­puis 1987, les pro­duits qui portent la griffe Aesop al­lient science, sen­so­ria­li­té et na­tu­ra­li­té. Par­tant de ce constat, Bar­na­bé Fil­lion nous ex­plique sa dé­marche. «Quand je conçois des par­fums pour Aesop, les ma­tières pre­mières brutes ont sur­tout ma fa­veur, dit-il. Je sou­mets d’ailleurs cha­cune d’elles à di­vers types d’ex­trac­tion. Car, se­lon moi, c’est la sim­pli­ci­té de la na­ture, ma­riée à un pro­ces­sus d’ex­trac­tion so­phis­ti­qué, qui donne ca­rac­tère et com­plexi­té aux sillages que je crée.» Il a donc fal­lu deux ans et de­mi de tra­vail mi­nu­tieux pour don­ner nais­sance à Mais qui cherche-t-il à sé­duire? «Quel­qu’un de po­sé, d’ob­ser­va­teur et d’in­té­res­sé par le Ja­pon. S’il était un ta­bleau, ima­gine Bar­na­bé, se­rait de l’art abs­trait, fa­çon Ro­th­ko ou Sou­lages. Et s’il était une pièce mu­si­cale, il se rap­pro­che­rait cer­tai­ne­ment des com­po­si­tions de John Cage ou de Miles Da­vis où, entre les notes, le si­lence est très pré­sent.»

MISE EN BOU­TEILLE

Par sou­ci de co­hé­rence et d’élé­gance épu­rée, Aesop love tous ses par­fums dans des fla­cons en verre am­bré. Ce qui les dis­tingue, c’est leur écrin de car­ton. «Ce­lui de est dans des tons de vert, et à l’in­té­rieur sont im­pri­mées des formes cal­quées sur la car­to­gra­phie des lieux d’ins­pi­ra­tion du par­fum. Les teintes, elles, évoquent les ma­tières pre­mières uti­li­sées», note Bar­na­bé Fil­lion. Rien n’est donc lais­sé au ha­sard. « Contrai­re­ment aux sel­fish per­fumes, qui mo­no­po­lisent toute l’at­ten­tion, fait l’apo­lo­gie de la sub­ti­li­té, dit son créa­teur. C’est un par­fum pour soi, qu’on prend plai­sir à sen­tir sur soi. » Au­cun in­gré­dient agres­sif ni dé­ri­vé syn­thé­tique à la clé. La concen­tra­tion et la té­na­ci­té du jus sont plu­tôt les fruits d’une ar­chi­tec­ture étu­diée. « On sait qu’un sillage nous va quand il nous rend heu­reux en éveillant dou­ce­ment nos sens, confirme Bar­na­bé Fil­lion. Car on ne se contente pas de mettre un par­fum, on le vit! » D’où ce flux d’émo­tions mul­tiples pro­vo­qué par un simple pschitt de Hwyl...

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