C’est mon his­toire: «Je suis dans un couple à trois.»

CASSANDRA, ED­WARD ET SOUKAYNA SONT AMOU­REUX. EN­SEMBLE. SIM­PLE­MENT.

ELLE (Québec) - - Sommaire - texte GA­BRIELLE LI­SA COLLARD | il­lus­tra­tion EL­SA RIGALDIES

Je ne sais pas trop com­ment je dé­fi­ni­rais ma re­la­tion amou­reuse. Couple à trois? «Trouple»? À vrai dire, je ne me pré­oc­cupe pas vrai­ment du mot idéal pour la dé­crire. Tout ce que je sais, c’est que pour moi, elle est toute simple: c’est comme un couple à deux... sauf qu’on est trois. Moi, mon co­pain et ma co­pine. Avec le re­cul, je réa­lise que j’ai sans doute tou­jours eu en­vie de vivre une his­toire comme celle-ci. Mais puisque je n’avais au­cun trouple au­quel m’iden­ti­fier, il m’a fal­lu beau­coup de temps et d’ex­plo­ra­tion pour en ar­ri­ver ici, en res­tant à l’écoute de mes dé­si­rs et en sui­vant mes ins­tincts. Au­jourd’hui, je suis fol­le­ment amou­reuse des deux plus beaux hu­mains que je connaisse. Et je suis to­ta­le­ment com­blée.

Je suis en couple avec mon amou­reux, Ed­ward, de­puis huit ans. J’ai tou­jours su que je n’étais pas ex­clu­si­ve­ment hé­té­ro, mais j’ai com­men­cé à m’af­fi­cher comme étant bi­sexuelle il y a quelques an­nées seule­ment. Ed­ward, lui, est hé­té­ro­sexuel.

Il y a en­vi­ron cinq ans, Ed­ward et moi nous sommes sé­pa­rés du­rant quelques mois, pen­dant les­quels il a été en trouple avec deux femmes. Lorsque nous nous sommes re­mis en­semble, nous avons amor­cé une dis­cus­sion quant à l’idée d’in­vi­ter une autre femme dans notre his­toire. Au dé­but, c’était plus sexuel que sen­ti­men­tal, et nos ex­pé­riences m’ont per­mis d’ex­plo­rer ma bi­sexua­li­té à mon rythme, en com­pa­gnie de l’homme que j’aime. On s’est ins­crit sur Tin­der, ce qui a me­né à quelques aven­tures d’un soir et à quelques fré­quen­ta­tions plus ou moins sé­rieuses. Si elles nous ont per­mis d’ex­plo­rer en­semble ce type de re­la­tion, je dois avouer que les ap­plis du genre ne m’ont pas sem­blé être le moyen idéal de faire la ren­contre dont je rê­vais. Mal­heu­reu­se­ment, les couples gars- fille à la re­cherche d’une autre femme sur Tin­der ont mau­vaise ré­pu­ta­tion... et ce n’est pas pour rien. Trop sou­vent, on sent qu’ils ne veulent qu’une troi­sième per­sonne comme jouet sexuel, ce qui n’était pas du tout notre cas.

Juste avant notre pre­mière date avec celle qui de­vien­drait notre amou­reuse, fa­ti­gués des nou­velles ren­contres qui n’abou­tis­saient pas et de l’am­biance gé­né­rale sur Tin­der, on avait dé­ci­dé que si celle-là n’était pas la bonne, on aban­don­ne­rait le pro­jet pour un bout de temps.

J’ai ren­con­tré Soukayna il y a en­vi­ron un an et de­mi. On avait plu­sieurs amis com­muns, je la connais­sais vi­ru­tel­le­ment et l’ad­mi­rais de­puis long­temps. Chaque fois qu’on se voyait, on avait des conver­sa­tions in­croyables. Elle était co­ol, belle et brillante. Elle me plai­sait énor­mé­ment. Après avoir ap­pris qu’elle était queer, j’ai es­sayé à plu­sieurs re­prises de lui faire com­prendre qu’Ed­ward et moi fré­quen­tions d’autres femmes, mais mes mes­sages sub­tils sont pas­sés in­aper­çus. Puis, un jour, dans un mo­ment on ne peut plus mil­lé­nial, j’ai ré­pon­du à une de ses pu­bli­ca­tions Ins­ta­gram dans la­quelle elle de­man­dait si quel­qu’un avait en­vie de l’in­vi­ter pour une date; j’ai com­men­té que mon co­pain et moi étions par­tants.

Notre pre­mière sor­tie à trois était un peu stres­sante et mal­adroite – comme le sont sou­vent les pre­mières ren­contres –, mais je peux af­fir­mer sans hé­si­ta­tion que ça a été le plus beau pre­mier ren­dez-vous de ma vie. Je ne sa­vais pas trop à quoi m’at­tendre, mais Soukayna et Ed­ward se sont en­ten­dus à mer­veille. Ils se res­semblent beau­coup, si bien qu’on di­rait par­fois qu’ils sont une seule et même per­sonne. Tous les trois, on se com­plète à la per­fec­tion. Nos per­son­na­li­tés, nos goûts, notre hu­mour... C’est un match par­fait!

Très ra­pi­de­ment, les choses sont de­ve­nues sé­rieuses avec Soukayna. On est tous trois tom­bés amou­reux. De­puis quelques mois, on est ex­clu­sifs et on passe tout notre temps en­semble; ma­jo­ri­tai­re­ment tous les trois, mais par­fois deux par deux. Pour ma part, je dé­couvre ce que c’est d’être vé­ri­ta­ble­ment amou­reuse, et en re­la­tion, avec une autre femme. Soukayna avoue avoir en­fin trou­vé une struc­ture amou­reuse dans la­quelle elle se sent bien. En­semble, on fait des plans pour l’ave­nir. On parle d’em­mé­na­ger en­semble, de par­tir à l’étran­ger, d’avoir des en­fants. La vie, quoi!

Au dé­but, j’avais un peu peur de m’af­fi­cher pu­bli­que­ment, mais j’ai choi­si de vivre ma re­la­tion au grand jour sur les ré­seaux so­ciaux. Quand j’ai en­vie de par­ta­ger une pho­to de mon chum, je le fais sans me po­ser de ques­tions, alors pour­quoi ne pour­rais-je pas faire la même chose avec ma blonde? Je suis en amour avec ces deux ma­gni­fiques per­sonnes et j’ai en­vie de le crier sur tous les toits. Bien en­ten­du, cette fe­nêtre sur notre vie vient avec son lot de mes­sages pri­vés d’in­ter­nautes con­fus, cu­rieux ou car­ré­ment dé­pla­cés, aux­quels je tente de ré­pondre du mieux que je peux quand j’en ai le dé­sir et l’éner­gie.

Si je pou­vais dire une chose à tous ceux qui se posent des ques­tions sur notre si­tua­tion, ce se­rait très simple: on est des amou­reux or­di­naires, mais on est trois au lieu d’être deux. C’est tout. Cer­tains croient qu’Ed­ward et moi n’étions pas heu­reux en­semble, mais c’est faux. On a été seuls tous les deux du­rant des an­nées. On vou­lait tout sim­ple­ment faire en­trer Soukayna dans nos vies. Ça ne vient pas d’un manque, mais plu­tôt d’une en­vie. On est bien, et c’est tout ce qui compte.

Certes, notre re­la­tion sort de la norme et de­mande énor­mé­ment de com­mu­ni­ca­tion, de trans­pa­rence, de confiance et d’ac­cep­ta­tion, mais dans un monde idéal, toutes les unions de­vraient être fon­dées sur ces prin­cipes-là, quels que soient leur na­ture et le nombre de par­te­naires im­pli­qués. Comme dans tout couple, il y a eu une pé­riode d’ajus­te­ment, le temps que cha­cun prenne sa place, s’as­sure de se sen­tir confor­table et ap­prenne à com­mu­ni­quer avec les autres. Et, oui, il nous ar­rive de nous dis­pu­ter!

Mais être avec deux per­sonnes au lieu d’une, ça si­gni­fie d’abord et avant tout deux fois plus d’amour, d’en­traide, de sou­tien, de com­pli­ci­té. Et, en fin de compte, qui n’a pas en­vie d’être ai­mé da­van­tage?

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