ELLE REN­CONTRE

On l’at­ten­dait de­puis des an­nées et on l’a re­trou­vée comme on l’a quit­tée: gé­né­reuse et éner­gique, à la barre de Tout­le­monde aime, une émis­sion de va­rié­tés pen­sée pour le grand pu­blic. Tête-à-tête dé­bri­dé avec une icône qui n’a pas dit son der­nier mot.

ELLE (Québec) - - Sommaire - Texte MA­NON CHE­VA­LIER pho­tos MAX ABA­DIAN di­rec­tion ar­tis­tique ELSA RI­GAL­DIES di­rec­tion mode AN­THO­NY MI­TRO­POU­LOS sty­lisme VÉ­RO­NIQUE DELISLE

So­nia Be­nez­ra: flam­boyante.

On a ri. On a pleu­ré. On s’est ex­ta­siées et in­di­gnées aus­si, de tout et de rien. Pen­dant quatre heures, qui ont fi­lé à une vi­tesse folle dans un bis­tro du cen­tre­ville, tout y est pas­sé: ses amours à dis­tance, ses pre­miers es­car­pins Cha­nel, sa vi­sion cri­tique du show­biz, sa han­tise du pou­voir, ses ren­dez-vous man­qués, ses fan­tasmes d’hommes ma­chos, ses bles­sures se­crètes, et quoi en­core? Nor­mal. À 58 ans, celle qu’on a dé­cou­verte comme VJ à Mu­sique Plus en 1986, puis in­ter­vie­weuse de ve­dettes in­ter­na­tio­nales a tout vu, tout connu, tout en­ten­du. Et c’est une fête d’écou­ter So­nia Be­nez­ra ra­con­ter de sa voix haut per­chée comment elle a sug­gé­ré une règle de vie à Ti­na Tur­ner, coif­fé Gi­nette Re­no avant une en­tre­vue, bu les pa­roles conso­la­trices de Leo­nard Co­hen alors qu’elle vi­vait un cha­grin d’amour ou pleu­ré sa vie après un en­tre­tien cau­che­mar­desque avec Sting... De ses 32 ans de mé­tier, pen­dant les­quels elle a au­tant at­teint des som­mets de po­pu­la­ri­té que connu d’arides pas­sages à vide, elle a ac­quis une grande li­ber­té. De celles qui lui per­mettent de se dé­faire de son image de «fille-trop-gen­tille» et de cla­mer sa dif­fé­rence avec une ir­ré­sis­tible drô­le­rie. Et que dire de sa fa­çon de ponc­tuer ses pro­pos d’un «swee­tie», « ho­ney » ou «ma ché­rie» ou de lan­cer, en sa­vou­rant une frite avec ket­chup, qu’elle est «dans une pé­riode rrrr­ronde» et qu’elle s’en ba­lance? Que dire de plus si­non que So­nia Be­nez­ra est heu­reuse d’être là... pour de bon. So­nia, ques­tion toute simple: es- tu contente d’être re­ve­nue? Oui! C’est un re­tour tel­le­ment in­at­ten­du. Je ne di­rais pas qu’il était in­es­pé­ré, car je gar­dais la foi, mais c’est un ca­deau. Quand on m’a pro­po­sé d’ani­mer une émis­sion de va­rié­tés mu­si­cale, je n’en suis pas re­ve­nue. Je suis une fille de direct, babe. Je car­bure à l’adré­na­line, alors je suis trrrr­rès heu­reuse d’être de nou­veau à l’écran! Al­lons dans le vif du su­jet. Qu’as- tu ap­pris de tes six ans pas­sés loin des pro­jec­teurs? Que je n’étais pas at­ta­chée à la cé­lé­bri­té. Ce qui me man­quait, c’était les ren­contres et les échanges avec le pu­blic. Oui, j’ai ai­mé mes mo­ments de gloire, mais je n’en ai ja­mais été ad­dict! Pour­tant, ta po­pu­la­ri­té t’a ap­por­té un im­mense pou­voir, non? Du pou­voir? Ja­mais de la vie! Tu sais pour­quoi, ho­ney? Parce que je n’ai pas su le prendre, le pou­voir! Je pense que je n’en vou­lais pas. Oui, j’aurais pu pro­duire, et je n’ai pas osé. Je me di­sais que ça ne m’in­té­res­sait pas, que c’était trop gros pour moi. Ce qui n’était pas né­ces­sai­re­ment le cas. Je n’ai que moi à blâ­mer, you know.

C’est comme si tu n’avais pas sai­si ta chance, en somme... Je m’es­time chan­ceuse, mais je n’ai pas su me dire « yeah, you de­serve it! » à l’époque. J’ai tou­jours sen­ti que je de­vais tra­vailler plus fort que les autres pour prou­ver que je mé­ri­tais ma place. Di­rais- tu que ton ap­proche a été payante? [Elle ré­flé­chit, désar­mée.] C’est une ex­cel­lente ques­tion. Euh oui, elle l’a été, dans le sens où j’ai tou­jours été fi­dèle à moi-même. Est-ce qu’elle l’a été sur le plan financier? Nooo. J’aurais pu mieux m’en­tou­rer, avoir ac­cès à une «grosse ma­chine» et faire les choses au­tre­ment... Tu le re­grettes? Non, car je suis res­tée au­then­tique. Prends les États-Unis: j’aurais pu y tra­vailler, mais je ne l’ai pas fait, par at­ta­che­ment à ma fa­mille, entre autres. Avec le re­cul, je réa­lise qu’en ayant re­çu les plus grandes ve­dettes à Mon­tréal, j’ai eu une car­rière in­ter­na­tio­nale sans avoir à quit­ter le Qué­bec! À tes dé­buts en 1986, à Mu­sique Plus, qu’est- ce qui te fai­sait avan­cer mal­gré les com­men­taires sur ta dif­fé­rence cultu­relle et ton ex­tra­va­gance? Je vou­lais tel­le­ment qu’on m’aime. Plus jeune, c’était trrr­rès im­por­tant pour moi de mon­trer la gen­tille fille en moi, mal­gré la rage que j’éprou­vais par­fois. J’aurais dû dire « Fuck it! » plus sou­vent aux per­sonnes qui le mé­ri­taient (rire ju­bi­la­toire). Au­jourd’hui, je m’en fous si on ne m’aime pas! Ç’a été un long che­min... Avoue que c’est iro­nique, quand on sait que ton émis­sion s’in­ti­tule Tout le monde aime, tu ne trouves pas? Oui, et ça ar­rive au mo­ment dans ma vie où je peux dire sin-cè-re-ment que je n’aime pas tout le monde! (rires) Qu’est- ce qu’on n’a pas bien per­çu de toi? Je me suis tou­jours fait dire que j’étais dif­fé­rente. Or c’est jus­te­ment cette dif­fé­rence qui m’a pro­pul­sée au som­met. Le pu­blic a tou­jours com­pris qui j’étais. Il ne m’a ja­mais aban­don­née. Mais l’in­dus­trie ne prend pas tou­jours le pouls du pu­blic... Di­rais- tu la même chose de cer­tains cri­tiques qui se sont mon­trés mi­ti­gés après la dif­fu­sion de ta nou­velle émis­sion? Ils ont droit à leur opi­nion. Il y a de pe­tits ajus­te­ments à faire, mais je fais l’émis­sion que je rê­vais de faire, et j’en suis fière! Moi, j’adore faire chan­ter ensemble des ar­tistes de toutes les gé­né­ra­tions, comme Mi­chel Louvain et Lu­do­vick Bour­geois. Je n’ai pas honte d’ai­mer la mu­sique d’il y a 30 ans, tout comme celle de Car­di B! Ce­la dit, je suis contre l’idée que tout doit être ab­so­lu­ment gran­diose à l’écran. Non, il n’y au­ra pas d’at­ter­ris­sage d’hé­li­co­ptère sur le toit! Sor­ry, ça n’ar­ri­ve­ra pas. And you know what? Le pu­blic est avec nous, et c’est ce qui compte le plus pour moi. Tu as ra­con­té tes dé­boires amou­reux dans ta bio­gra­phie ( Je ne re­grette presque rien, écrite par Lise Ravary, en 2014), tu es cé­li­ba­taire et sans en­fants. Te sens- tu prête à re­tom­ber amou­reuse? J’ai connu l’amour. Et j’ai eu tort de dire que mes re­la­tions amou­reuses étaient ra­tées. Mais si je ren­con­trais un homme fan­tas­tique, je l’épou­se­rais sans hé­si­ter! J’écoute Say Yes to the Dress en ra­fale! Hel­loooo! J’adooore cette émis­sion! [s’amuse-t-elle en agi­tant une frite dans les airs] Plus sé­rieu­se­ment... Je t’avoue que j’ai­me­rais bien ren­con­trer un homme un peu ma­cho. Ça m’a tou­jours plu. Je l’as­sume parce que pour moi, ma­cho ne veut pas dire abu­seur ou dic­ta­teur! J’aime un homme qui ex­prime sa mas­cu­li­ni­té, qui sait prendre des dé­ci­sions, qui a du suc­cès et qui tra­vaille fort. Comme je prends soin des autres tout le temps, ça me fe­rait du bien d’être avec quel­qu’un qui pren­drait cer­taines choses en main sans me les im­po­ser. En somme, tu as be­soin d’al­lé­ger ton exis­tence – avec ou sans la pré­sence d’un homme dans ta vie... C’est ma faute si j’ac­cepte d’en faire au­tant. Il y a mon mé­tier, mais aus­si ma mère ma­lade, Per­la, une femme dé­li­cieuse, dont je m’oc­cupe: je la lave, je la dor­lote, j’écoute des films hol­ly­woo­diens en noir et blanc avec elle... Chaque soir [sa voix est bri­sée par l’émo­tion], elle met sa main sur ma tête en me di­sant: «Que Dieu te bé­nisse pour la fa­çon dont tu prends soin de moi » . Dans ma fa­mille, si l’un d’entre nous souffre, tout le monde souffre. [elle s’in­ter­rompt pour mieux com­man­der un se­cond ca­fé noir] Sur une note plus lé­gère, on connaît ta pas­sion pour la mode. En­vi­sages- tu de re­lan­cer ta col­lec­tion de vê­te­ments? J’ai fait face à des sou­cis d’ap­pro­vi­sion­ne­ment de­puis le lan­ce­ment en 2017, mais j’y pense sé­rieu­se­ment. Je songe aus­si à créer une gamme de pro­duits cos­mé­tiques et de soins pour la peau. Je sens que c’est le bon ti­ming! En ter­mi­nant, y’a- t- il un piège que tu as su évi­ter au cours de ta car­rière? J’ai su res­ter humble, même en pleine gloire. C’est fa­cile de croire que tu es vrai­ment très spé­ciale quand tu col­lec­tionnes les prix Gé­meaux et Mé­troS­tar [NDLR: au­jourd’hui, les prix Ar­tis]! J’ai t ou­jours été émer­veillée de ce qui m’ar­ri­vait. J’ai même trop dit mer­ci. D’ailleurs, j’ai une amie, avec la­quelle je voyage, qui me­nace de ne plus me par­ler si je pro­nonce en­core le mot «mer­ci»! Mais tu sais quoi? C’est peut-être elle qui de­vrait dire «mer­ci» plus sou­vent! (rires) Ain­si va la vie, swee­tie!

«Avec le re­cul, je réa­lise qu’en ayant re­çu les plus grandes ve­dettes à Mon­tréal, j ’ai eu une car­rière in­ter­na­tio­nale sans avoir à quit­ter le Qué­bec!»

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