Noël au­tre­ment: le temps des fêtes, sy­no­nyme de par­tage.

On est le 21 dé­cembre. À la sor­tie d’un ma­ga­sin, un bé­né­vole in­vite les pas­sants à par­ti­ci­per à la col­lecte des den­rées pour la gui­gno­lée. Vous pen­sez à la gé­né­ro­si­té de ces per­sonnes dé­vouées aux be­soins des plus dé­fa­vo­ri­sés. Qu’est-ce qui les pousse à o

ELLE (Québec) - - Sommaire - texte RO­SA­LIE ROY-BOU­CHER

Sa­viez-vous que 2,2 mil­lions de Qué­bé­cois et Qué­bé­coises de 15 ans et plus s’im­pliquent bé­né­vo­le­ment chaque an­née au­près de dif­fé­rents or­ga­nismes? Ju­lia Pierre, du Centre d’ac­tion bé­né­vole de Mon­tréal (CABM), dresse un bi­lan plu­tôt po­si­tif de l’im­pli­ca­tion so­ciale à l’échelle de la pro­vince. Le temps des fêtes ne fait pas ex­cep­tion! Les rai­sons qui les poussent à s’en­ga­ger sont va­riées: que ce soit pour se créer des contacts, sou­te­nir une cause qui leur tient à coeur, dé­ve­lop­per des com­pé­tences ou tout sim­ple­ment ai­der et re­don­ner à la so­cié­té, il y a au­tant de types d’ac­ti­vi­tés que de bé­né­voles. «Il existe plu­sieurs ma­nières de s’orien­ter, pré­cise Ju­lia Pierre. Plus de 700 offres pro­ve­nant de 450 or­ga­nismes dif­fé­rents sont dis­po­nibles sur notre site in­ter­net. Et nous in­vi­tons les bé­né­voles po­ten­tiels à ve­nir ren­con­trer sur place nos conseillères en orien­ta­tion afin de dé­cor­ti­quer leurs at­tentes et leurs be­soins pour les ai­der à trou­ver l’offre la plus adé­quate.» BRI­SER L’ISO­LE­MENT Ni­cole Cho­quette est bé­né­vole. Du plus loin qu’elle se sou­vienne, elle a tou­jours trou­vé le temps d’ai­der les autres. Au­jourd’hui, c’est en­tou­rée de son ma­ri, de ses en­fants et de ses pe­tits-en­fants qu’elle offre ses ser­vices à ses «vieux amis» au­près de l’or­ga­nisme des Pe­tits frères. Pour les Cho­quette, s’im­pli­quer bé­né­vo­le­ment, c’est une af­faire de fa­mille. Ils ont d’ailleurs rem­por­té, en avril 2018, le Prix du bé­né­vo­lat collectif au Ga­la de re­con­nais­sance de l’ac­tion bé­né­vole à Mon­tréal.

Alors que les fêtes de fin d’an­née sont sou­vent sy­no­nymes de par­tage et de temps en fa­mille, plu­sieurs per­sonnes âgées vivent dans la so­li­tude. C’est pour bri­ser leur iso­le­ment que les Pe­tits frères or­ga­nisent chaque an­née le grand dî­ner de Noël, qui réunit bé­né­voles et vieux amis afin de cé­lé­brer en grand. Pour la fa­mille Cho­quette, c’est un mo­ment sa­cré. À l’ex­cep­tion des an­nées où les études et le tra­vail ont re­te­nu les en­fants ailleurs au pays, tous étaient pré­sents pour ac­com­pa­gner en voi­ture les aî­nés dans le be­soin ou pour s’ac­ti­ver en cui­sine. «La préparation prend en­vi­ron un mois, ex­plique Ni­cole. La veille de Noël, on ap­porte aux per­sonnes âgées qui sont in­ca­pables de se dé­pla­cer un sac rem­pli de vic­tuailles. Elles ont par­fois une plante ou une bonne bou­teille de vin, ain­si qu’un re­pas pré­pa­ré pour elles. Le jour de Noël, nos vieux amis se mettent beaux. Nous les em­me­nons à l’hô­tel où les at­tendent du ca­fé et des pâ­tis­se­ries. En­suite, il y a la messe et, en­fin, un su­perbe dî­ner digne des plus grandes

tables. Le père Noël passe du­rant l’après-mi­di afin d’of­frir à tous des pe­tits ca­deaux. Il y a de la mu­sique et les bé­né­voles font dan­ser les aî­nés qui sont heu­reux comme des rois.» LA REN­CONTRE DES CULTURES Yves Re­naud est un homme d’af­faires qué­bé­cois qui mul­ti­plie les pro­jets. Née au Bré­sil, Cris­ti­na Ce­za­rio est une jeune en­sei­gnante de fran­çais ar­ri­vée à Mon­tréal à l’au­tomne 2017. Si leurs par­cours ne se res­semblent en rien, un lien par­ti­cu­lier les unit: le pro­gramme de par­rai­nage du temps des fêtes or­ga­ni­sé an­nuel­le­ment par l’UQAM. Chaque an­née, un amal­game de par­rains qué­bé­cois et d’étu­diants étran­gers s’unit dans le but de fa­vo­ri­ser des ren­contres hautes en cou­leur tout en bri­sant l’iso­le­ment de ceux qui vivent les fêtes loin de leur fa­mille.

Cris­ti­na ve­nait de quit­ter l’hi­ver bré­si­lien lors­qu’elle est ar­ri­vée dans l’au­tomne mon­tréa­lais pour plon­ger tête bais­sée dans ses études en di­dac­tique des langues. Sur les conseils d’amis, elle s’est mise à cher­cher des oc­ca­sions de faire connais­sance avec de nou­velles per­sonnes. «Comme le tra­vail de maî­trise est très so­li­taire, j’ai vou­lu échan­ger avec des gens, al­ler à la ren­contre de la culture qué­bé­coise. Grâce au pro­gramme de par­rai­nage, j’ai connu Da­nie­la et j’ai pas­sé Noël dans sa fa­mille. Je me suis sen­tie très bien ac­cueillie. Con­trai­re­ment à chez moi, il y a ici un ri­tuel des fêtes.»

Pour le grand voya­geur qu’est Yves, de­ve­nir par­rain d’étu­diants étran­gers a été l’oc­ca­sion de vivre un Noël dif­fé­rent. Il a ac­cueilli Yas­sine du Ma­roc et Anne-So­phie de l’Al­le­magne, ses «amis ex­pa­triés», pour un re­pas fa­mi­lial tra­di­tion­nel qui s’est trans­for­mé en un mo­ment in­ou­bliable. «J’ai tri­pé de voir mes ne­veux et nièces in­ter­agir avec ces étu­diants, ap­prendre à mieux les connaître et vice-ver­sa. Je suis dé­jà sur la liste pour re­nou­ve­ler l’ex­pé­rience cette an­née. Et je veux m’in­ves­tir en­core plus.»

Cris­ti­na et Yves s’en­tendent pour dire que ce type de ren- contre in­ter­cul­tu­relle fa­vo­rise un échange en­core plus grand que le simple par­tage. «Les gens d’ici res­sortent aus­si gran­dis de l’ex­pé­rience que les étu­diants étran­gers.»

Mieux en­core: les ami­tiés créées per­durent. Cris­ti­na et Da­nie­la s’en­voient des cour­riels, des pho­tos. Après le ré­veillon de Noël, les fes­ti­vi­tés in­ter­na­tio­nales se pour­suivent au Nou­vel An. De son cô­té, Yves pro­fite des ré­seaux so­ciaux pour main­te­nir le contact avec Anne-So­phie, qui est de re­tour en Al­le­magne, et parle ré­gu­liè­re­ment à Yas­sine. DE L’AIDE POUR REM­PLIR LE TRAέNEAU Grand-ma­man dé­vouée, Co­lette Gau­thier mène une double vie: elle est une bé­né­vole ac­tive pour Opé­ra­tion Père Noël. L’or­ga­nisme sans but lu­cra­tif a pour mis­sion d’of­frir à des en­fants dé­fa­vo­ri­sés le ca­deau de leur rêve. Ré­fé­rés par des in­ter­ve­nants, les en­fants dé­fa­vo­ri­sés sont en­cou­ra­gés à écrire une lettre au père Noël et à y dres­ser une liste de trois ca­deaux. L’or­ga­nisme trie les lettres des en­fants, masque noms et co­or­don­nées de ces der­niers, nu­mé­rise les mis­sives puis les four­nit à de gé­né­reux do­na­teurs par­tout à tra­vers le Qué­bec. Dès la ré­cep­tion du cour­rier de l’en­fant avec qui il est ju­me­lé, le père Noël do­na­teur lui choi­sit un ca­deau (ou plus!), l’em­balle soi­gneu­se­ment et le dé­pose au point de chute le plus proche. Opé­ra­tion Père Noël s’oc­cupe en­suite de la dis­tri­bu­tion. Cette an­née, ce sont plus de 14 000 en­fants qui bé­né­fi­cie­ront des dons de ces pères Noël de l’ombre et du tra­vail d’une cen­taine de bé­né­voles.

Co­lette Gau­thier s’implique dans toutes les étapes du pro­ces­sus car pour elle, le bé­né­vo­lat s’ap­pa­rente à une fête. «Être bé­né­vole pour un or­ga­nisme sem­blable est un pri­vi­lège. Ce n’est pas qu’of­frir un ca­deau à un en­fant, ça va bien plus loin que ça. Plu­sieurs d’entre eux vivent dans des condi­tions de pau­vre­té in­sou­te­nables ou sont ma­lades. Si ce n’était de cet or­ga­nisme, ils ne re­ce­vraient au­cun ca­deau.» De quoi pro­pa­ger la ma­gie de Noël!

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