C’est mon his­toire: «J’ai don­né nais­sance à un bé­bé mi­racle.»

MON HIS­TOIRE, C’EST EN FAIT CELLE DE MON FILS RA­PHAËL, ET DES OBS­TACLES QU’IL A SURMONTÉS POUR FAIRE SON CHE­MIN JUS­QU’À NOUS. SA NAIS­SANCE SEM­BLAIT ÉCRITE DANS LES ÉTOILES.

ELLE (Québec) - - Sommaire - texte GA­BRIELLE LI­SA COL­LARD | illus­tra­tion ELSA RI­GAL­DIES

Mon amou­reux, To­ny, a ap­pris qu’il souf­frait de la ma­la­die de Hodg­kin (un type de can­cer du sys­tème lym­pha­tique) alors qu’il n’avait même pas 25 ans. Le can­cer étant dé­jà as­sez avan­cé, il n’a pas eu le loi­sir de ré­flé­chir très lon­gue­ment avant de de­voir se faire opé­rer et en­ta­mer des trai­te­ments de chi­mio qui ris­quaient de le rendre sté­rile, et ce, même s’il vou­lait éven­tuel­le­ment des en­fants. Trop épui­sé par la ma­la­die pour se rendre à Mon­tréal et faire conge­ler son sperme, il a op­té pour dé­mar­rer les trai­te­ments le plus ra­pi­de­ment pos­sible. À cette époque, on n’était en­core que des col­lègues, lui et moi, mais je l’ai sou­te­nu de mon mieux à tra­vers la ma­la­die et notre amour est né au fil de son com­bat.

À peine six mois plus tard, alors que To­ny fi­nis­sait tout juste ses trai­te­ments, on m’a ap­pe­lée au tra­vail pour me som­mer de me rendre à l’hô­pi­tal sur-le-champ. Ce jour-là, on m’a diag­nos­ti­qué un car­ci­nome à cel­lules claires sur le col de l’uté­rus. J’avais 29 ans et je ne pré­sen­tais au­cun fac­teur de risque as­so­cié à ce can­cer, qui sur­vient gé­né­ra­le­ment chez les femmes beau­coup plus âgées. Mes mé­de­cins, qui crai­gnaient que le can­cer ne se soit ré­pan­du, re­com­man­daient l’abla­tion com­plète de mon sys­tème re­pro­duc­teur. J’avais beau sai­sir la gra­vi­té de la si­tua­tion, une telle opé­ra­tion m’em­pê­che­rait à ja­mais d’avoir des en­fants et ça, pour moi, c’était in­con­ce­vable. J’ai re­fu­sé. Après plu­sieurs dis­cus­sions et quelques

consul­ta­tions ex­ternes, mon mé­de­cin a ac­cep­té de ne pas pra­ti­quer l’hys­té­rec­to­mie. On a plu­tôt ôté la masse. Elle s’est avé­rée si vo­lu­mi­neuse qu’on a éven­tuel­le­ment re­ti­ré mon col tout en­tier, qu’on a en­suite re­cons­truit à l’aide d’un pe­tit an­neau pros­thé­tique pour te­nir mon uté­rus fer­mé. Tout s’est bien dé­rou­lé, mais mon doc­teur a été ca­té­go­rique: je de­vais tom­ber en­ceinte au plus vite et être sui­vie de très près du­rant la gros­sesse, puis­qu’il était im­pos­sible de sa­voir com­bien de temps le col re­cons­truit tien­drait le coup. Un ac­cou­che­ment va­gi­nal était hors de ques­tion, puis je de­vrais su­bir une hys­té­rec­to­mie pré­ven­tive dans la fou­lée.

À l’époque, j’étais en­core étu­diante en soins in­fir­miers. Je n’étais pas prête à avoir un en­fant et mon amou­reux non plus. Ré­so­lue à ne pas suc­com­ber à la pa­nique, j’ai ter­mi­né mes cours et nous avons conti­nué à vivre notre vie entre les nom­breux tests de sui­vi. Deux ans plus tard, nous étions prêts à ten­ter de conce­voir. Vu les cir­cons­tances par­ti­cu­lières, rien ne nous ga­ran­tis­sait que ça mar­che­rait, mais les tests ont ré­vé­lé que la chi­mio­thé­ra­pie n’avait pas af­fec­té la fer­ti­li­té de To­ny. Un peu moins d’un an plus tard, je suis tom­bée en­ceinte.

Le dé­but de ma gros­sesse s’est dé­rou­lé nor­ma­le­ment. On m’a sui­vie de près; j’avais des écho­gra­phies qua­si heb­do­ma­daires. Quand j’ai at­teint 24 se­maines, mes mé­de­cins m’ont an­non­cé qu’il était temps de m’ali­ter pour de bon. Mon col ris­quait à tout mo­ment de cé­der sous le poids du bé­bé; et si le tra­vail de­vait com­men­cer avant terme, il mour­rait avant même que je n’aie le temps de me rendre à l’hô­pi­tal. Même si le foe­tus était mé­di­ca­le­ment viable, les risques de com­pli­ca­tions lors d’une nais­sance aus­si pré­ma­tu­rée sont très nom­breux. De toute fa­çon, mon col re­cons­truit ne pou­vait pas se di­la­ter; je ris­quais une hé­mor­ra­gie et mon fils au­rait pu res­ter coin­cé. Je de­vais donc de­meu­rer sous sur­veillance ac­crue en es­pé­rant le por­ter le plus long­temps pos­sible.

À 27 se­maines, j’ai per­du mes eaux. On m’a ad­mi­nis­tré des an­ti­bio­tiques de ma­nière pré­ven­tive − sans li­quide am­nio­tique, l’uté­rus de­vient plus su­jet aux in­fec­tions − et je ne pou­vais même plus sor­tir du lit pour al­ler aux toi­lettes. Je de­vais res­ter aus­si im­mo­bile que pos­sible. Une se­maine plus tard, Ra­phaël est né par cé­sa­rienne, sous le re­gard at­ten­dri de son père, des spé­cia­listes et d’une bonne ving­taine de sta­giaires.

Il pe­sait 1100 grammes.

Après deux mois en néo­na­ta­lo­gie, il est ren­tré avec nous à la mai­son. Il au­ra bien­tôt trois ans et se porte à mer­veille. Il a mon sou­rire et le re­gard de son père. Il est par­fait.

J’aurais ai­mé avoir plu­sieurs en­fants, mais nous n’en au­rons pas d’autres. Plus conscients que ja­mais des risques d’une se­conde gros­sesse, sans par­ler de l’im­pact de mon sé­jour de plu­sieurs mois à l’hô­pi­tal sur notre fils, on pré­fère ne pas ten­ter la chance une se­conde fois. Pen­dant que j’étais ali­tée, j’ai eu énor­mé­ment de temps pour ré­flé­chir et pe­ser le pour et le contre de ma dé­ci­sion. Je ne ca­che­rai pas que j’ai vé­cu une cer­taine culpa­bi­li­té. Car si j’avais choi­si de prendre ce risque, mon fils, lui, n’avait rien choi­si du tout. Est-ce que j’étais égoïste d’avoir dé­ci­dé de faire un en­fant qui avait moins de chances qu’un autre de naître et de vivre en san­té? Mal­gré tout, à tra­vers le stress im­mense et les mo­ments où j’étais ron­gée par le doute, je sa­vais qu’il fal­lait res­ter calme et po­si­tive pour le bien du bé­bé. Avant même de voir le jour, il m’avait dé­jà ap­pris quelque chose.

Avec le re­cul, je constate que toute cette ex­pé­rience m’a en­sei­gné la pa­tience, la confiance et l’im­por­tance de lâ­cher prise. Dans mon tra­vail, les no­tions de contrôle et de res­pon­sa­bi­li­té sont très pré­sentes; on ne peut rien lais­ser au ha­sard quand la vie des pa­tients est entre nos mains. Mais on ne peut pas, et on ne pour­ra ja­mais, tout contrô­ler de son exis­tence. Il faut par­fois suivre son ins­tinct, croi­ser les doigts et ac­cep­ter qu’on ne puisse rien faire de plus que son mieux. Je me consi­dère chan­ceuse de pou­voir dire que pour nous, cette fois-ci, la vie a très bien fait les choses. VOUS VI­VEZ UNE HIS­TOIRE PAR­TI­CU­LIÈRE ET AI­ME­RIEZ LA PAR­TA­GER AVEC NOS LEC­TRICES? Une jour­na­liste re­cueille­ra votre té­moi­gnage. Écri­vez à Mé­lis­sa Pel­le­tier | me­lis­sa.pel­le­[email protected] ELLE QUÉ­BEC | 1600 De Mai­son­neuve Est, 8e étage Mon­tréal, QC, H2L 4P2

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