ELLE (Québec)

L’AVIS D’UN CRITIQUE GASTRONOMI­QUE

- JEAN-PHILIPPE TASTET

Jean-Philippe a commencé sa carrière au journal Le Devoir il y a plus de 25 ans. Il a dirigé l’édition du Guide Restos Voir, puis celle des guides Mixeur pendant quelques années. De retour au Devoir à titre de critique gastronomi­que, ce Toulousain d’origine prête également sa plume à d’autres publicatio­ns, signe tastet.ca et tient une chronique à ICI RadioCanad­a Première.

Être ( ou ne pas être) foodie. «Le foodie authentiqu­e reçoit à la maison, échange des manières de faire, des recettes et, surtout, ne se colle pas d’étiquette. Au resto, il demande pourquoi la côte de boeuf coûte 90 $ et il s’intéresse à la réponse.» Voilà, c’est dit!

L’influence des réseaux sociaux. «Quand Leslie Chesterman [ son homologue à The Gazette] prépare une critique vitrioliqu­e pour le journal du samedi, son papier est en ligne dès le vendredi. Quelle est la réaction du restaurate­ur qui y fait face? Il contacte une firme de relations publiques, qui invite, pour le soir même, 50 blogueurs, que le resto traitera comme des rois. Quel sera le poids de la critique de Leslie Chesterman, le lendemain, face à celui du contenu de 50 comptes Instagram, Facebook et autres? Dans l’absolu, ces blogueurs ont une très grande valeur!»

Les bons côtés du foodisme. «La vérité, c’est que, grâce à la vulgarisat­ion de la cuisine, beaucoup de gens ont pris confiance en eux, derrière leurs fourneaux. Peut-on vivre sans Thermomix? Absolument! Alors, comment se fait-il qu’il s’en vende autant? La vaisselle, les gadgets, la réno de la cuisine... les foodies font vivre toute une industrie et, côté restos, ils sont souvent essentiels à la survie de certaines adresses. Ceux qui disent aux autres où consommer quoi, plutôt que d’en jouir, sont devenus un mal nécessaire.»

Et dans 10 ans? «Dans l’ensemble, le foodisme est un beau mouvement. Ces gens qui vont au marché et demandent des tomates du Québec, c’est un phénomène qu’il faut saluer! Dans une décennie, il aura évolué vers autre chose... Depuis la nuit des temps, les deux plus grands plaisirs de l’homme sont manger et faire l’amour. L’avenir appartiend­ra-t-il aux amoureux sur Instagram?»

«Ça fait 30 ans que je fréquente les restos, et si on m’avait dit, à l’époque, que la cuisine occuperait autant l’espace médiatique un jour, j’aurais ri!» — JEAN-PHILIPPE TASTET

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