Ré­duire le coût du cré­dit.

Le conseiller a le de­voir de vé­ri­fier la ca­pa­ci­té de rem­bour­se­ment de son client.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR ANNE GAIGNAIRE

les clients étouf­fés par des coûts de cré­dit éle­vés pour­raient avoir in­té­rêt à conso­li­der leurs det tes dans un seul em­prunt.

La plu­part du temps, les conseillers pro­posent cette so­lu­tion aux clients sur­en­det­tés. En fait, les conseillers ne doivent pas hé­si­ter à sug­gé­rer une conso­li­da­tion de dettes « dès que le client est mal en­det­té » , c’est- à- dire lorsque le coût du cré­dit est éle­vé, sou­ligne Jean- Fran­çois Guay, pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier chez BMO, à Sherbrooke.

Le taux d’in­té­rêt payé sur l’em­prunt ser t de ba­ro­mèt re, ajoute-t-il. Exemple de si­tua­tion où le coût de l’ar­gent em­prun­té est cer­tai­ne­ment le plus éle­vé : les dettes sur une carte de cré­dit dont le taux d’in­té­rêt s’élève à près de 20 %.

Si on y ajoute des prêts per­son­nels, dont les in­té­rêts os­cil­lent entre 5 et 10 %, et un prêt hy­po­thé­caire, il est pré­fé­rable de re­grou­per les dettes en un seul prêt au taux le plus bas pos­sible. Cette stra­té­gie est per­ti­nente, que le client ait du mal à bou­cler ses fins de mois ou non.

« Il est de notre de­voir de vé­ri­fier la ca­pa­ci­té de rem­bour­se­ment du client et de lui pro­po­ser de ré­vi­ser sa si­tua­tion fi­nan­cière. S’il ne paie ré­gu­liè­re­ment que le mi­ni­mum sur sa carte de cré­dit, la somme peut vite mon­ter ; il met­tra de nom­breuses an­nées à rem­bour­ser et sa dette lui au­ra coû­té très cher », pré­vient An­ge­la Ier­mie­ri, pla­ni­fi­ca­trice fi­nan­cière au Mou­ve­ment Des­jar­dins.

PLU­SIEURS SO­LU­TIONS

La conso­li­da­tion de dettes a non seule­ment pour ob­jec­tif de faire réa­li­ser des éco­no­mies au client en re­grou­pant toutes ses dettes dans un même prêt moins coû­teux, mais aus­si « de lui fa­ci­li­ter la vie et de lui évi­ter des ou­blis, car il n’au­ra plus qu’un seul paie­ment à faire tous les mois », pré­cise An­ge­la Ier­mie­ri.

« Pre­nons l’exemple d’un client qui a un solde to­tal de 25 500 $ sur deux cartes de cré­dit au taux de 21,5 % et qui ne paie que le mi­ni­mum men­suel re­quis », illustre Gaé­tan Veillette, pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier et conseiller au Groupe In­ves­tors.

« Si ce client s’en­gage à payer ces dettes sur un terme de 48 mois – sans ef­fec­tuer de nou­veaux achats –, le coût de son cré­dit to­ta­li­se­ra 14 945 $. Mais il peut conso­li­der ces dettes en les rem­pla­çant par un prêt per­son­nel non ga­ran­ti au taux va­riable ac­tuel de 6,45 % sur un terme de 48 mois. Ain­si, le coût de cré­dit sur la pé­riode se­ra de 5 811 $ », ex­plique-t-il.

Gaé­tan Veillette pro­pose aus­si une autre so­lu­tion : une marge de cré­dit hy­po­thé­caire (pro­gramme tout-en-un) sur 48 mois à un taux d’in­té­rêt an­nuel de 3,2 %. « Le coût de cré­dit se­ra alors ré­duit à 4 019 $ », dit-il.

BIEN CONNAÎTRE SON CLIENT

Même si le su­jet peut pa­raître dé­li­cat, le conseiller ne doit pas hé­si­ter à pro­po­ser une conso­li­da­tion de dettes à ses clients. « C’est le rôle du conseiller de dire à son client si son cré­dit lui coûte trop cher et de l’ai­der à en ré­duire le coût », in­siste Gaé­tan Veillette.

Pour­tant, « les gens ont sou­vent peur de ve­nir nous voir et pré­fèrent prendre des cartes de cré­dit des ma­ga­sins ou d’autres ins­ti­tu­tions fi­nan­cières pour conti­nuer à ache­ter à cré­dit », ob­serve An­ge­la Ier­mie­ri.

« Par­fois, les clients ont du mal à ad­mettre leurs dif­fi­cul­tés, mais en­suite, ils sont sou­la­gés par la conso­li­da­tion de det tes » , sou­ligne-t- elle.

Avant de pro­po­ser cette so­lu­tion, le conseiller doit connaître la rai­son des dif fé­rents em­prunts du client : l’achat de pro­duits de consom­ma­tion ? Un in­ves­tis­se­ment dans des biens du­rables ?

« I l faut éga­le­ment bien connaître son client pour com­prendre les causes de l’en­det­te­ment : est-ce dû à une perte d’em­ploi, à un style de vie, à une dif­fi­cul­té à gé­rer un bud­get ? » in­dique An­ge­la Ier­mie­ri.

En ef­fet, il y a un risque à conso­li­der les dettes des per­sonnes qui ont de la dif­fi­cul­té à gé­rer leurs fi­nances per­son­nelles : « Si elles ob­tiennent un prêt à taux moindre, ça les pous­se­ra à consom­mer da­van­tage et à s’en­det­ter en­core plus », met en garde Jean-Fran­çois Guay.

Ce der­nier veille à ce que les nou­veaux em­prunts contrac­tés pour conso­li­der des dettes « ne laissent pas la pos­si­bi­li­té aux gens de ré­em­prun­ter avant d’avoir rem­bour­sé leurs dettes ».

Si­non, il y a peu de cas où la conso­li­da­tion de dettes ne soit pas per­ti­nente. Le seul cas rédhi­bi­toire, c’est l’in­sol­va­bi­li­té.

En ef­fet, pour pou­voir re­grou­per les dettes d’un client, « le pre­mier cri­tère à prendre en compte, c’est sa ca­pa­ci­té de rem­bour­se­ment », rap­pelle An­ge­la Ier­mie­ri.

Dans le cas du prêt hy­po­thé­caire et de la marge de cré­dit hy­po­thé­caire ce­pen­dant, la pro­prié­té sert de ga­ran­tie, ce qui offre une pro­tec­tion à l’ins­ti­tu­tion fi­nan­cière.

Par ailleurs, la conso­li­da­tion de dettes pour­rait ne pas être une bonne so­lu­tion « pour les prêts dont les in­té­rêts sont dé­duc­tibles d’im­pôts », sou­ligne la pla­ni­fi­ca­trice fi­nan­cière. Dans ce cas, il est pré­fé­rable de conser­ver des prêts qui al­lègent la note fis­cale plu­tôt que d’an­nu­ler cet ef­fet par une conso­li­da­tion de dettes.

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