Des mo­dèles pour pré­voir les re­vers de l’éco­no­mie.

Ana­to­mie d’un mo­dèle pré­dic­tif.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR ALI­ZÉE CAL­ZA

« pré­dire le fu­tur est fa­cile : ce qui est dif­fi­cile, c’est d’avoir rai­son. » C’est avec cet adage que le Groupe Ouel­let Bol­duc, af­fi­lié à Ges­tion de pa­tri­moine Des­jar­dins, a amor­cé son we­bi­naire, le 10 jan­vier der­nier, dans le­quel il pré­sen­tait son mo­dèle des­ti­né à pré­voir la pro­chaine ré­ces­sion.

Pré­voir une ré­ces­sion est un avan­tage pour un ges­tion­naire de por­te­feuille. Ce­la lui per­met de trou­ver les meilleurs moyens pour adap­ter sa ges­tion de por­te­feuille au mar­ché, ex­plique Jo­na­than Bol­duc, ges­tion­naire de por­te­feuille et conseiller en pla­ce­ment chez Groupe Ouel­let Bol­duc.

La firme a créé son propre mo­dèle de pré­vi­sion en se ba­sant sur deux mo­dèles exis­tants, à sa­voir ce­lui de l’« in­ver­sion de la courbe des taux d’in­té­rêt » et ce­lui dé­ve­lop­pé par Wells Far­go.

LES AN­CIENS MO­DÈLES ET LEURS DÉ­FAUTS

Le mo­dèle de l’in­ver­sion de la courbe des taux d’in­té­rêt com­pare le taux à court terme et le taux à long terme. Il a pré­dit sept ré­ces­sions sur les neuf der­nières.

Ce­pen­dant, le Groupe Ouel­let Bol­duc soup­çonne la ve­nue d’une pro­chaine ré­ces­sion sans in­ver­sion de la courbe, en rai­son de si­mi­li­tudes entre la si­tua­tion ac­tuelle et celle des deux ré­ces­sions non pré­vues des an­nées 1950. Par exemple, le taux de chô­mage ac­tuel ( 4,10 %) est très proche de ce­lui qui avait cours à l’époque (4 %).

Étant don­né que le pre­mier mo­dèle ne lui sem­blait pas adap­té aux condi­tions ac­tuelles, le Groupe Ouel­let Bol­duc s’est in­té­res­sé au mo­dèle de Wells Far­go, qui a an­ti­ci­pé les neuf der­nières ré­ces­sions, même celles qui se sont pro­duites sans in­ver­sion de la courbe de ren­de­ment.

Le mo­dèle dé­marre au dé­but de la phase de res­ser­re­ment monétaire, c’est-à- dire en dé­cembre 2015, date où la Ré­serve fédérale monte son taux pour la pre­mière fois. Wells Far­go prend en compte le taux le plus bas at­teint par les obli­ga­tions amé­ri­caines de­puis cette date. Le dé­clen­che­ment de son mo­dèle de ré­ces­sion se fait quand la Ré­serve fédérale a un taux di­rec­teur plus haut que le taux 10 ans le plus bas du cycle.

En dé­cembre der­nier, Wells Far­go a dé­clen­ché son mo­dèle de ré­ces­sion, car le taux di­rec­teur de la Ré­serve fédérale a at­teint 1,50 % et que le taux 10 ans le plus bas en­re­gis­tré de­puis dé­cembre 2015 était de 1,37 % ( soit en juin 2016).

Ce­pen­dant, étant don­né que le taux de 1,37 % est très ra­pi­de­ment re­mon­té, le Groupe Ouel­let Bol­duc ne pense pas qu’il s’agisse d’un in­di­ca­teur de ré­ces­sion plei­ne­ment ef­fi­cace. De plus, se­lon la firme, Wells Far­go dé­clenche son mo­dèle de ré­ces­sion bien avant elle ( en moyenne 19 mois avant) et a dé­jà en­re­gis­tré quatre faux si­gnaux de­puis les an­nées 1960. Le Groupe Ouel­let Bol­duc a donc pré­fé­ré créer son propre mo­dèle.

« Ce qui est im­por­tant, c’est de sa­voir que les trois mo­dèles s’intéressent au mou­ve­ment des taux d’in­té­rêt. Ils re­gardent le mes­sage qu’en­voie le mar­ché obli­ga­taire. Mais dans le nôtre, nous avons ajou­té des cri­tères que nous trou­vions plus fon­da­men­taux », ex­plique Da­niel Ouel­let, ges­tion­naire de por­te­feuille et conseiller en pla­ce­ment au Groupe Ouel­let Bol­duc.

LE MO­DÈLE PRÉ­VI­SION­NEL DU GROUPE OUEL­LET BOL­DUC

Comme le mo­dèle pré­vi­sion­nel de Wells Far­go, le cycle sur le­quel se base le mo­dèle du Groupe Ouel­let Bol­duc com­mence à la pre­mière hausse du taux di­rec­teur en dé­cembre 2015.

Ce­pen­dant , au l ieu de prendre comme va­leur le taux 10 ans le plus bas sur cette pé­riode, son mo­dèle se sert du taux moyen ( ac­tuel­le­ment de 2,08 %). Comme ce taux change tous les jours, ce­la per­met au mo­dèle d’évo­luer.

« Notre mo­dèle se­rait donc dé­clen­ché si la Ré­serve fédérale dé­ci­dait de mon­ter son taux à trois re­prises [ 2,25 %] et que le taux d’in­té­rêt ne bou­geait pas », ex­plique Da­niel Ouel­let.

Le mo­dèle du Groupe Ouel­let Bol­duc s’in­té­resse éga­le­ment à ce que la courbe de ren­de­ment ré­vèle. Si la courbe est ac­cen­tuée, c’est le signe que l’éco­no­mie est as­sez forte pour conti­nuer à aug­men­ter, alors que si elle tombe en des­sous de 0,75 %, il est temps de pen­ser à dé­clen­cher le mo­dèle de ré­ces­sion.

L’ou­ti l du Groupe Ouel­let Bol­duc per­met de re­pé­rer les neuf der­nières ré­ces­sions en­vi­ron 14 mois avant leur date ef­fec­tive ( soit 5 mois de moins que le mo­dèle de Wells Far­go). De plus, il n’a en­voyé qu’un seul faux si­gnal de­puis les an­nées 1960.

En 2018, le Groupe Ouel­let Bol­duc compte suivre ce mo­dèle et fait donc preuve d’un « op­ti­misme pru­dent ». La courbe de ren­de­ment, bien que po­si­tive, s’apla­tit lé­gè­re­ment, ce qui in­vite à la pru­dence. Ce­pen­dant, les ges­tion­naires ne pensent pas que ce soit le mo­ment de dé­clen­cher leur mo­dèle de ré­ces­sion.

« Nous vou­lons conti­nuer de pro­fi­ter le plus long­temps pos­sible d’un con­texte éco­no­mique fa­vo­rable, ex­plique Jo­na­than Bol­duc. Ce­pen­dant, nous n’at­ten­drons pas le der­nier mo­ment pour di­mi­nuer l’ex­po­si­tion du por­te­feuille de nos clients au mar­ché. »

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