Un nou­veau vi­sage

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR JEAN- FRAN­ÇOIS BARBE

« les mil­lé­niaux sont en train de chan­ger le monde de la consom­ma­tion. Ils chan­ge­ront aus­si ce­lui de l’in­ves­tis­se­ment, car ils cherchent des pro­duits fi­nan­ciers qui re­flètent leurs va­leurs », af­firme Fran­çois Le Bel, vice- pré­sident au dé­ve­lop­pe­ment d’a f fa i res d’Im­pak Fi­nance.

Plu­sieurs son­dages confirment que les in­di­vi­dus nés entre 1980 et 2000 sont par­ti­cu­liè­re­ment sen­sibles aux stra­té­gies

d’in­ves­tis­se­ment do­tées d’ob­ject i fs en­vi ron­ne­men­taux et so­ciaux.

Par exemple, un son­dage de Mor­gan Stan­ley in­dique que les mil­lé­niaux sont deux fois plus por­tés que la moyenne à in­ves­tir dans des en­tre­prises sou­cieuses de l’en­vi ron­ne­ment ain­si que du bien- être des em­ployés et de leurs col­lec­ti­vi­tés. Une autre en­quête, cette fois de Schro­ders In­vest­ment Ma­na­ge­ment, si­gnale qu’i ls consti­tuent la gé­né­ra­tion qui s’in­té­resse le plus à l’in­ves­tis­se­ment à fi­na­li­té so­ciale et en­vi­ron­ne­men­tale, alors que les plus de 65 ans ne s’en sou­cie­raient que très peu.

Pr ofes seur ad­joint au Dé­par­te­ment de fi­nance de l’Uni­ver­si­té Con­cor­dia et consul­tant chez Moore Wealth Ma­na­ge­ment ( Ala­ba­ma), Amr Ad­das pré­voit de gros chan­ge­ments à l’ho­ri­zon.

« Les pro­chains trans­ferts de ri­chesse in­ter­gé­né­ra­tion­nels fe­ront des mil­lé­niaux une gé­né­ra­tion fi­nan­ciè­re­ment choyée. Leurs fa­çons de voir les choses s’im­po­se­ront d’elles- mêmes » , dit-il.

DE LA CONSOM­MA­TION À L’IN­VES­TIS­SE­MENT

Jus­qu’à pré­sent, les mil­lé­niaux se sont illus­trés sur le ter­rain de la consom­ma­tion, comme l’in­dique la po­pu­la­ri­té gran­dis­sante des pro­duits éco­lo­giques et so­cia­le­ment res­pon­sables. Plus dis­crets sur le ter­rain de la ges­tion d’ac­tif, les mil­lé­niaux pour­raient peut- être se faire en­tendre avec l’émer­gence de l’in­ves­tis­se­ment d’im­pact.

Cette ap­proche vise à fa­vo­ri­ser la crois­sance d’en­tre­prises ayant une ac­tion po­si­tive et me­su­rable tout en gé­né­rant de bons ren­de­ments pour les in­ves­tis­seurs. Par exemple, l’in­ves­tis­se­ment d’im­pact pour­rait fi­nan­cer des en­tre­prises qui ac­cé­lèrent leur tran­si­tion éner­gé­tique ou qui mettent en place des stra­té­gies de gouvernance plus in­clu­sives que la moyenne.

Im­pak Fi­nance est l’un des fruits de cette nou­velle éco­no­mie. En juillet der­nier, cette jeune pousse mont­réa­laise a lan­cé une cryp­to­mon­naie des­ti­née à sti­mu­ler les achats au­près des com­merces et des en­tre­prises par­ti­ci­pant à l’éco­no­mie d’im­pact. Dis­po­sant d’une li­cence d’exer­cice comme cour­tier sur les mar­chés dis­pen­sés, Im­pak Fi­nance est éga­le­ment en train de mettre sur pied un fonds de dettes qui ac­cor­de­ra des prêts aux PME d’im­pact. « Et nous pré­pa­rons le lan­ce­ment d’une banque qui fi­nan­ce­ra des pro­jets de plus grande en­ver­gure » , ajoute Fran­çois Le Bel.

Autre re­je­ton de l’éco­no­mie d’im­pact, la firme d’in­ves­tis­se­ment mont­réa­lo- to­ron­toise CoPo­wer émet des obli­ga­tions vertes afin de fi­nan­cer des pro­jets d’éner­gie re­nou­ve­lable. Son pré­sident- di­rec­teur gé­né­ral, Da­vid Ber­li­ner, veut que ses obli­ga­tions « de­viennent une par­tie du por­te­feuille res­pon­sable type ».

À l’ins­tar des jeunes pousses de l’in­ves­tis­se­ment d’im­pact, CoPo­wer et Im­pak Fi­nance s’adressent à des in­ves­tis­seurs par­ti­cu­liè­re­ment mo­ti­vés.

Ain­si, CoPo­wer vend ses obli­ga­tions par l’in­ter­mé­diaire de sa pla­te­forme en ligne à titre de cour­tier sur le mar­ché dis­pen­sé. « Par notre pla­te­forme, nous avons ven­du des obli­ga­tions au­près d’en­vi­ron 300 in­ves­tis­seurs pour une somme moyenne de 20 000 $ », dit Da­vid Ber­li­ner. En re­vanche, étant don­né l’ab­sence d’un mar­ché se­con­daire, ces obli­gat ions ne peuvent pas être re­ven­dues et doivent être conser­vées pen­dant la to­ta­li­té des échéances choi­sies (trois ou cinq ans).

De­puis dé­cembre, les in­ves­tis­seurs qui s’in­té­ressent aux en­tre­prises d’im­pact non co­tées peuvent faire des achats par l’in­ter­mé­diaire de la pla­te­forme to­ron­toise en ligne, So­cial Ven­ture Connexion ( SVX). Agis­sant comme cour­tier sur les mar­chés dis­pen­sés, SVX com­prend les pro­duits d’une dou­zaine d’émet­teurs d’im­pact, dont CoPo­wer.

Ce­la dit, le po­ten­tiel de l’in­ves­tis­se­ment d’im­pact n’échappe pas aux ma­nu­fac­tu­riers de fonds.

DES MA­NU­FAC­TU­RIERS ENTRENT EN SCÈNE

V i v e comme l’é c l a i r, Ma­cken­zie a lan­cé en oc­tobre der­nier deux fonds com­muns de pla­ce­ment dits d’im­pact. Aux États-Unis, Bla­ckRock avait dé­jà ou­vert le bal, no­tam­ment avec les U. S. Im­pact Equi­ty Fund et iS­hares MSCI Glo­bal Im­pact ETF.

« C’est au ni­veau des ma­nu­fac­tu­riers de fonds que l’on peut consta­ter que l’éco­no­mie d’im­pact touche dé­jà Mon­sieur et Ma­dame Tout- le- monde » , dit Amr Ad­das.

En re­vanche, bien des ques­tions se posent. Peut-on créer des fonds d’in­ves­tis­se­ment d’im­pact ba­sés sur de grandes en­tre­prises ? Par exemple, les 10 pre­miers titres du U. S. Im­pact Equi­ty Fund sont Apple, Mi­cro­soft, A lpha­bet, Pfi­zer, Ama­zon, Fa­ce­book, Cis­co, John­son & John­son, Pep­si­co et Texas Ins­tru­ments. Il convient de se de­man­der s’il s’agit vrai­ment d’en­tre­prises d’im­pact. Les pro­duits of­ferts sur le mar­ché dif­fèrent et doivent être exa­mi­nés à la pièce afin de dé­ter­mi­ner s’ils conviennent vrai­ment aux ob­jec­tifs des clients.

Et fi­na­le­ment, la ques­tion pro­ba­ble­ment la plus im­por­tante de toutes : les mil­lé­niaux en sont-ils ren­dus à se pro­cu­rer de tels pro­duits ? Spé­cia­liste des jeunes couples, le conseiller Mi­chel- Oli­vier Mar­coux met l’ac­cent sur la né­ces­si­té d’al­lier ren­de­ments et convic­tion.

« Les jeunes dans la ving­taine et la tren­taine sont pré­oc­cu­pés par l’en­vi­ron­ne­ment. Ils sou­haitent avoir un im­pact po­si­tif, même avec leurs in­ves­tis­se­ments. Par contre, cer­tains quittent le na­vire dès qu’ils re­marquent que leurs pla­ce­ments verts ou éthiques ont sous- per­for­mé. Ils veulent des pla­ce­ments res­pon­sables, mais avec de bons ren­de­ments. C’est la prio­ri­té de la ma­jo­ri­té de mes clients » , dit le pré­sident de Ges­tion de Pa­tri­moine ASF.

Aux yeux de Fran­çois Le Bel, l’in­ves­tis­se­ment d’im­pact a un bel ave­nir, car la plu­part des épar­gnants ne savent pas que leur ar­gent peut avoir de l’im­pact.

« Le be­soin d’agir des mil­lé­niaux est im­pli­cite. S’ils voient des pro­duits fi­nan­ciers qui cor­res­pondent à leurs as­pi­ra­tions, ils les re­con­naî­tront. Notre tâche, c’est d’al­ler les cher­cher, de leur par­ler de nous et de les convaincre par les faits que leurs ren­de­ments se­ront sat is­fai­sants » , dit le vice- pré­sident d’Im­pak Fi­nance.

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