BAR­RAGE CA­PI­TAL Une ap­proche de type va­leur à la War­ren Buf­fett.

Leur re­cette ? La pa­tience.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR JEAN- FRAN­ÇOIS BARBE

cinq ans après le lan­ce­ment de leur fonds-ve­dette, les quatre fon­da­teurs de Bar­rage Ca­pi­tal ont fait la preuve qu’il est pos­sible de créer de nou­veaux ma­nu­fac­tu­riers de fonds ailleurs qu’à To­ron­to et qu’il existe une re­lève en­tre­pre­neu­riale en ges­tion d’ac­tif qui ose rê­ver grand.

Mis en mar­ché en mars 2013, le Fonds Bar­rage d’ac­tions amé­ri­caines af­fi­chait 63 M$ d’ac­tif à la fin dé­cembre.

Âgés de 42 ans en moyenne, les quatre as­so­ciés de Bar­rage Ca­pi­tal mettent en com­mun leurs idées afin de faire fruc­ti­fier leur seul et unique fonds. Le qua­tuor re­cherche la « va­leur ». Le por­te­feuille du fonds est ac­tuel­le­ment com­po­sé de 10 titres, pour la plu­part de grandes so­cié­tés amé­ri­caines.

À l’heure où le roi in­con­tes­té de la va­leur, le lé­gen­daire War­ren Buf­fett, avoue ses dif­fi­cul­tés à trou­ver des oc­ca­sions d’in­ves­tis­se­ment au point d’en­vi­sa­ger une pre­mière dis­tri­bu­tion de di­vi­dendes à ses ac­tion­naires im­pa­tients, est-il en­core pos­sible de trou­ver de grandes en­tre­prises sous- éva­luées pou­vant pro­cu­rer des ren­de­ments d’es­compte, aux États-Unis, pays le plus cou­vert au monde par les ana­lystes bour­siers de la pla­nète ?

« Le fait d’être un pe­tit ges­tion­naire d’ac­tif nous avan­tage. On trouve des idées qu’un Buf­fett ne trou­ve­rait pas at­trayantes en rai­son de la taille gi­gan­tesque de son conglo­mé­rat, Berk­shire Ha­tha­way. Par exemple, en juin der­nier, nous cher­chions des idées d’in­ves­tis­se­ment et notre ni­veau d’en­caisse at­tei­gnait près de 30 %. De­puis ce temps, nous avons dé­ployé la presque to­ta­li­té du ca­pi­tal en in­ves­tis­sant no­tam­ment dans deux nou­velles en­tre­prises en Grande-Bre­tagne », ex­plique Ré­my Mo­rel, l’un des quatre as­so­ciés.

Tout en adop­tant une phi­lo­so­phie d’in­ves­tis­se­ment sé­cu­ri­sante à la War­ren Buf­fett, la firme en­tend se pré­sen­ter comme une so­lu­tion de re­change à la ges­tion tra­di­tion­nelle. « Nous in­ves­tis­sons se­lon une op­tique va­leur, mais d’une fa­çon très concen­trée. C’est ce qui nous dis­tingue de la ges­tion tra­di­tion­nelle » , énonce Ré­my Mo­rel.

De­puis les dé­buts du fonds, le nombre de titres en por­te­feuille a va­rié de 7 à 15. Cer­tains titres peuvent re­pré­sen­ter jus­qu’à 15 % de la va­leur du por­te­feuille.

Par ailleurs, la dif­fu­sion ac­cé­lé­rée d’in­for­ma­tion ne fa­vo­rise pas que les grandes firmes d’in­vest is­se­ment de ce monde. « Lorsque War­ren Buf­fett a com­men­cé sa car­rière, il se ba­sait, en par­tie du moins, sur la lec­ture de rap­ports an­nuels qu’il re­ce­vait par la poste. Au­jourd’hui, les sources d’in­for­ma­tion se sont mul­ti­pliées et elles peuvent ser­vir aux pe­tites firmes comme la nôtre. Notre re­cette, c’est la pa­tience, la re­cherche ap­pro­fon­die et l’aver­sion pour le risque » , pour­suit Ré­my Mo­rel.

Les marges bé­né­fi­ciaires de Bar­rage Ca­pi­tal suf­fisent à cou­vrir les frais fixes – dont des bu­reaux dignes d’une agence de pu­bli­ci­té, sur le bou­le­vard Saint-Laurent, à Mon­tréal – ain­si que les sa­laires des quatre as­so­ciés et de deux em­ployées.

Et jus­qu’ici, les ren­de­ments sont au ren­dez-vous. Bar­rage Ca­pi­tal, dont le nom ren­voie « aux bar­rages hy­dro­élec­triques, qui re­pré­sentent la créa­tion de ri­chesse au Qué­bec », af­fiche des ren­de­ments an­nua­li­sés de 20,9 % ( après frais) de­puis ses ori­gines, en 2013.

La firme fac­ture des frais de base de 1 % par an­née, à quoi s’ajoutent des frais de per­for­mance qui équi­valent à 20 % des ren­de­ments ex­cé­dant un seuil de 5 % par an­née. Par exemple, en 2017, le fonds a gé­né­ré des gains de 11,66 % avant frais et de 9,28 % après frais.

QUI SONT LES IN­VES­TIS­SEURS ?

La page d’ac­cueil du site de Bar­rage Ca­pi­tal pro­clame que « 100 000 $ in­ves­tis à l’ou­ver­ture du fonds en mars 2013 valent au­jourd’hui 249 976 $ ». Voi­là qui ouvre des portes !

Se­lon les don­nées que nous a trans­mises Ca­the­rine Mein­rath, avo­cate et di­rec­trice ad­mi­nis­trat ive de Bar­rage Ca­pi­tal, le nombre d’in­ves­tis­seurs se si­tue­rait à en­vi­ron 350. L’in­ves­tis­se­ment moyen se­rait de 200 000 $. « La ma­jo­ri­té des in­ves­tis­seurs ha­bitent au Qué­bec. Les autres sont en On­ta­rio, en Al­ber­ta et en Co­lom­bie- Bri­tan­nique » , in­dique-t- elle.

Les clients qui veulent in­ves­tir di­rec­te­ment dans le fonds de­vront dé­bour­ser une somme mi­ni­male de 100 000 $ à comp­ter du mois de mars. C’est 25 000 $ de plus qu’au­pa­ra­vant.

Tou­te­fois, s’ils uti­lisent les ser­vices de conseillers ins­crits à titre de re­pré­sen­tants- conseils ( ou de ges­tion­naires de por­te­feuille), ils de­vront alors mi­ser une somme mi­ni­male de 50 000 $. Ces re­pré­sen­tants- conseils de­vront dé­ter­mi­ner si l’in­ves­tis­se­ment dans le fonds cor­res­pond aux be­soins et aux ca­pa­ci­tés fi­nan­cières du client.

À l’image du bar­rage qui gé­nère de l’éner­gie après avoir amas­sé de grandes ré­serves d’eau, les fon­da­teurs voient l’ave­nir en grand.

« Si notre fonds gros­sit suf­fi­sam­ment, nous pour­rions nous at­ta­quer au mar­ché de l’épargne col­lec­tive. Nous étu­dions cette si­tua­tion chaque an­née. Nous exa­mi­nons aus­si la pos­si­bi­li­té d’être un jour pré­sents aux États-Unis ! » confie Ré­my Mo­rel.

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