RBC L’hé­ri­tage de Mar­tin Thi­bo­deau.

Mar­tin Thi­bo­deau laisse à sa suc­ces­seure une so­cié­té dont les em­ployés sont mo­bi­li­sés et les clients sa­tis­faits.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR FRÉ­DÉ­RIC ROY

d’ici la fin mars, mar­tin Thi­bo­deau, pré­sident de la di­rect ion du Qué­bec pour la Banque Royale du Ca­na­da ( RBC), quit­te­ra Mon­tréal pour Van­cou­ver, où il oc­cu­pe­ra le poste de pré­sident de la di­rec­tion de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique pour la banque.

« C’est un mar­ché très dif­fé­rent, mais si­mi­laire [ à ce­lui du Qué­bec] dans ses dif­fé­rences », dit- il, sou­li­gnant le ca­rac­tère mul­ti­cul­tu­rel asia­tique unique de la pro­vince, où les mi­no­ri­tés cultu­relles et lin­guis­tiques sont un mar­ché très im­por­tant pour RBC.

Dans ses nou­velles fonc­tions, il de­vra chaus­ser les bottes de Gra­ham MacLa­chlan, qui oc­cu­pait la pré­si­dence ré­gio­nale de­puis plus de 15 ans, et trou­ver une ma­nière de tis­ser de bonnes re­la­tions avec les com­mu­nau­tés d’af­faires et les em­ployés sur place.

PRENDRE SA PLACE

En 2012, à son ar­ri­vée à la tête de la di­rec­tion ré­gio­nale du Qué­bec, Mart in Thi­bo­deau s’était don­né pour ob­jec­tif d’at­teindre 100 G$ en ac­tif sous ges­tion ( ASG) au Qué­bec en cinq ans. RBC avait 67 G$ en ASG à l’époque.

La banque a at­teint, et même dé­pas­sé, cet ob­jec­tif en oc­tobre 2017, avec 100,3 G$ en ASG.

Le pa­tron at­tri­bue cette réus­site à trois grands fac­teurs, soit le dé­ve­lop­pe­ment du ta­lent à l’in­terne, l’aug­men­ta­tion de la spé­cia­li­sa­tion de la force de vente et la mo­bi­li­sa­tion des em­ployés.

Mar­tin Thi­bo­deau pas­sait d’ailleurs une jour­née par mois à faire de la ges­tion de ta­lent. « Dé­ve­lop­per des ta­lents, c’est ce qui per­met de ga­gner. »

Il juge que le dé­ve­lop­pe­ment des fu­turs lea­ders d’une so­cié­té passe par plu­sieurs as­pects, dont ce­lui qui consiste à leur don­ner des buts à at­teindre à l’ex­té­rieur des ob­jec­tifs ha­bi­tuels de vente.

« Si on veut voir des lea­ders à l’oeuvre, il faut leur don­ner la chance de faire quelque chose qui se­ra bien en de­hors de leur champ d’act ion im­mé­diat, ex­plique- t- il. Je peux vous dire que ça fonc­tionne. »

Le dé­ve­lop­pe­ment des conseillers fai­sait éga­le­ment par­tie de la stra­té­gie de Mar­tin Thi­bo­deau du­rant son man­dat au Qué­bec. À preuve, le nombre de conseillers pos­sé­dant le titre de pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier est pas­sé de 200 à 325 au cours des cinq der­nières an­nées, et ce­lui de conseillers hy­po­thé­caires a aug­men­té de 70 du­rant la même pé­riode, at­tei­gnant dé­sor­mais 190.

« Je crois beau­coup dans nos pla­ni­fi­ca­teurs fi­nan­ciers et leur ac­cré­di­ta­tion », sou­ligne Mar­tin Thi­bo­deau en pré­ci­sant que c’est la banque qui dé­bourse les frais de leur édu­ca­tion.

Par ailleurs, les deux tiers des em­ployés du Qué­bec se disent « très mo­bi­li­sés », se­lon le son­dage in­dé­pen­dant de To­wers Wat­son. Ce taux de mo­bi­li­sa­tion a cer­tai­ne­ment été un élé­ment fa­vo­rable à l’at­teinte de l’ob­jec­tif de 100 G$, se­lon Mar t in Thi­bo­deau, qui sou­tient que « quand on a de forts taux de mo­bi­li­sa­tion, les gens donnent leur 110 % ».

Sur pa­pier, pra­ti­que­ment tous les em­ployés ve­nant du Qué­bec par­ti­cipent au son­dage an­nuel, qui compte 85 ques­tions. Fait à no­ter, toutes les di­vi­sions de la banque, ex­cep­té les per­sonnes tra­vaillant pour RBC Do­mi­nion, peuvent y par­ti­ci­per.

« Pour moi, des em­ployés mo­bi­li­sés et des clients con­tents et sa­tis­faits, ce sont de bons in­di­ca- teurs », ajoute le pré­sident de la ré­gion du Qué­bec, où le taux de fi­dé­li­sa­tion de la clien­tèle est de 62 %.

Pour l’en­semble du ré­seau ban­caire, en com­pre­nant les re­la­tions avec les par­te­naires et la ges­tion de pa­tri­moine, RBC chiffre pré­sen­te­ment sa part de mar­ché à 18 %.

Pour Mar­tin Thi­bo­deau, at­teindre une telle part de mar­ché au Qué­bec est une réus­site, par­ti­cu­liè­re­ment parce que la banque est confron­tée à des ac­teurs ré­gio­naux puis­sants, comme le Mou­ve­ment Des­jar­dins et la Banque Na­tio­nale du Ca­na­da.

« Si nous ne pre­nons pas la place, eux vont la prendre » , dit-il.

VERS LES 150 G$

Mar­tin Thi­bo­deau pro­pose à sa suc ces seu r e, Na­dine Re­naud-Tin­ker, le dé­fi d’ar­ri­ver à ajou­ter 50 % en ASG d’ici 2023, pour par­ve­nir à 150 G$ : « Ce chiffre-là n’est pas im­pos­sible à at­teindre, sou­tient-il, si le rythme d’in­ves­tis­se­ment, la mo­bi­li­sa­tion des em­ployés et la sa­tis­fac­tion de la clien­tèle se pour­suivent. »

Bien que l’ob­jec­tif soit am­bi­tieux, il croit que les oc­ca­sions au Qué­bec « sont im­menses » . D’après lui, la clé pour l’at­teindre ré­side dans la pour­suite des stra­té­gies dé­jà mises en place.

« [ Elle ne doit] pas es­sayer de tout chan­ger et y perdre deux ans, sur­tout si les af­faires vont bien, dit-il. Elle va ap­por­ter bien des choses avec le temps, des choses qu’elle va as­su­ré­ment mieux faire. »

Le Qué­bec au­ra tou­jours une place dans le coeur de Mar­tin Thi­bo­deau. Il est d’ailleurs prêt à of­frir des con­seils à Na­dine Re­naud-Tin­ker si elle le dé­sire.

« Je reste un col­lègue de tra­vail. Je suis là si elle a be­soin de quoi que ce soit », ajoute-t-il.

EN­JEU TECH­NO­LO­GIQUE

Le pré­sident pour le Qué­bec consi­dère la trans­for­ma­tion tech­no­lo­gique des ser­vices fi­nan­ciers comme l’un des plus gros obs­tacles aux­quels il a dû faire face du­rant son man­dat.

« Pen­dant que j’in­ves­tis et que j’em­bauche du monde, mes suc­cur­sales se vident tran­quille­ment », note Mar­tin Thi­bo­deau.

Du­rant son man­dat, l’acha­lan­dage en suc­cur­sale a di­mi­nué de 5 à 7 % par an­née. Pour ré­pondre à cette baisse et conti­nuer de ser­vir la clien­tèle, la stra­té­gie de la banque a été, tout comme celle de ses concur­rents, d’in­ves­tir dans des ap­pli­ca­tions en ligne et sur ap­pa­reils mo­biles.

À preuve, en un an, RBC Ca­na­da a consa­cré plus de 3 G$ à l’in­ves­tis­se­ment tech­no­lo­gique et a dé­ve­lop­pé plus de 20 ap­pli­ca­tions.

« Quand on se bat contre Ama­zon, Google, Uber, c’est ça qu’il faut faire », dit-il.

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