LA VIO­LENCE CHEZ LES COUPLES D’HOMMES EN SÉ­PA­RA­TION

Fugues - - Sommaire - ÉRIC WHITTOM

Des cher­cheurs de cinq uni­ver­si­tés qué­bé­coises (Uni­ver­si­té La­val, UQAM, UQTR, UQAR, UQO) et de l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa se sont unis pour étu­dier le phé­no­mène de la vio­lence conju­gale chez les couples d’hommes qui vivent une sé­pa­ra­tion.. «Au Qué­bec et ailleurs dans le monde, on sait très peu de choses sur la vio­lence vé­cue chez les couples d’hommes dans un contexte de sé­pa­ra­tion, sou­ligne la cher­cheure prin­ci­pale de l’étude Va­lé­rie Roy, pro­fes­seure-cher­cheure à l’École de tra­vail so­cial et de cri­mi­no­lo­gie de l’Uni­ver­si­té La­val. Chez les couples hé­té­ro­sexuels, les re­cherches nous disent que la vio­lence conju­gale ne s’ar­rête pas né­ces­sai­re­ment lors d’une sé­pa­ra­tion. Par­fois, elle peut même s’ag­gra­ver. Dans notre re­cherche sur les couples d’hommes, nous vou­lons voir l’évo­lu­tion de la vio­lence pen­dant la re­la­tion, du­rant la pé­riode de sé­pa­ra­tion et après la sé­pa­ra­tion.» Elle at­tri­bue cette mé­con­nais­sance chez les couples d’hommes no­tam­ment à une vi­sion «hé­té­ro­sexiste» de la vio­lence conju­gale où la femme est la vic­time et l’homme est l’au­teur de vio­lences. Les ser­vices d’aide ont été dé­ve­lop­pés se­lon cette «lo­gique hé­té­ro­sexuelle», fait-elle re­mar­quer. «Quand le phé­no­mène de la vio­lence conju­gale a été mis sur la place pu­blique dans les an­nées 1970, le mi­lieu gai était da­van­tage pré­oc­cu­pé par la re­con­nais­sance des droits», ajoute-t-elle. Cer­tains as­pects connus sont spé­ci­fiques à la vio­lence chez les couples d’hommes du­rant leur re­la­tion, no­tam­ment le dé­ni­gre­ment de son par­te­naire en em­ployant des pro­pos homophobes (ta­pette, mou­moune, fif) et la menace de dé­voi­ler son orien­ta­tion ho­mo­sexuelle ou sa sé­ro­po­si­ti­vi­té à son en­tou­rage ou à son em- ployeur. «Nous nous de­man­dons si dans un contexte de sé­pa­ra­tion, les risques de vio­lence conju­gale aug­mentent, em­pê­chant ain­si la vic­time de par­tir de peur que son conjoint mette ses me­naces à exé­cu­tion.» Elle pré­cise que cer­tains pré­ju­gés existent à l’égard de la vio­lence chez les couples d’hommes. «Les vic­times vont donc avoir de la mi­sère à iden­ti­fier la vio­lence conju­gale et elles mi­ni­misent ce qu’elles vivent sur la base de ces pré­ju­gés.» En se ba­sant sur des études amé­ri­caines, aus­tra­liennes que couples conju­gale. les et vic­times gais ca­na­diennes-an­glaises, «Lors­qu’elles ou trans de vio­lence dé­voilent font conju­gale ap­pel moins elle aux men­tionne la chez po­li­ciers, vio­lence les elles doivent à la fois dé­voi­ler qu’elles sont vic­times de vio­lence conju­gale et leur orien­ta­tion sexuelle [ou leur tran­si­den­ti­té]. […] Dans notre re­cherche, nous vou­lons vé­ri­fier si les hommes gais ont plus peur de dé­non­cer la vio-lence conju­gale ou de ne pas être crus, étant don­né les liens de proxi­mi­té qui existent dans la com­mu­nau­té gaie. » Elle sou­ligne que peu de ser­vices sont of­ferts spé­ci­fi­que­ment aux hommes gais qui vivent de la vio­lence conju­gale (MIELS-Qué­bec via son pro­gramme Prisme et RÉZO à Mon­tréal). «Ce­pen­dant, les or­ga­nismes de Qué­bec comme le Groupe d’aide aux per­sonnes im­pul­sives ayant des com­por­te­ments vio­lents (GAPI) et Au­tonHom­mie ac­cueillent les hommes gais.» Les ré­sul­tats de cette étude ser­vi­ront à sen­si­bi­li­ser la po­pu­la­tion au phé­no­mène de la vio­lence chez les couples d’hommes. «Plus on en parle, plus on lutte contre les pré­ju­gés et plus on af­firme que la vio­lence est in­ac­cep­table», dit la cher­cheure. Elle sou­haite aus­si que les or­ga­nismes communautaires uti­lisent les ou­tils qui se­ront dé­ve­lop­pés du­rant ce pro­jet de re­cherche pour mieux adap­ter leurs ser­vices aux hommes gais. D’ailleurs, ces der­niers col­la­borent à cette étude. Les cher­cheurs in­vitent les hommes de 18 ans ou plus qui s’iden­ti­fient comme des hommes et qui ont vé­cu de la vio­lence conju­gale lors d’une sé­pa­ra­tion avec un autre homme, à par­ti­ci­per à leur étude. Ils re­cherchent à la fois des vic­times et des au­teurs de vio­lences de toutes les ré­gions du Qué­bec pour vé­ri­fier s’il y a des dif­fé­rences ré­gio­nales. «Le cher­cheure, re­cru­te­ment parce est qu’on dif­fi­cile, en parle ad­met très la peu. C’est un peu comme dans les pre­mières études chez les femmes vic­times de vio­lence, c’était dif­fi­cile, parce que ce su­jet était ta­bou. Nous vou­lons adap­ter les ser­vices à par­tir de ce qu’ont vrai­ment vé­cu les hommes. Les per­sonnes qui ont vé­cu cette pro­blé­ma­tique sont les mieux pla­cées pour nous faire des sug­ges­tions.» Les des cher­cheurs par­ti­ci­pants iront pour gé­né­ra­le­ment réa­li­ser une en­tre­vue à la ren­contre d’en­vi­ron 90 mi­nutes où dif­fé­rents thèmes se­ront abor­dés. Des me­sures se­ront prises pour as­su­rer la confi­den­tia­li­té des pro­pos re­cueillis. Le Co­mi­té d’éthique de la re­cherche de l’Uni­ver­si­té La­val a ap­prou­vé ce pro­jet de re­cherche. Les per­sonnes qui sou­haitent par­ti­ci­per à cette étude doivent com­mu­ni­quer avec la co­or­don­na­trice de la re­cherche, Cé­ci­ly Tu­deau (1 800 567-1283 # 2271, ou ce­ci­ly.tu­deau.1@ula­val.ca).

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.