NO­MADE UR­BAIN

Fugues - - Festival_ Du 22 Novembre Au 2 Décembre - DE­NIS-DA­NIEL BOULLÉ

Plu­sieurs films ont été faits sur la pros­ti­tu­tion mas­cu­line, dont les plus re­mar­qués ont été HUSTLER WHITE de Bruce La­bruce en 1996, et L’AMOUR AU TEMPS DE LA GUERRE CI­VILE du Qué­bé­cois Ro­drigue Jean, en 2014, à mi-che­min entre la fic­tion et le do­cu­men­taire. SAU­VAGE de Ca­mille Vi­dal-Na­quet s’ins­crit dans la même li­gnée. Entre les tra­vailleurs du sexe qui vendent leur corps pour dif­fé­rentes rai­sons, la drogue, sim­ple­ment l’ar­gent, et les fan­tasmes les plus étranges des clients, nous ne sommes pas dé­pay­sés si­non que ce­la se passe dans la toute proche ban­lieue de Pa­ris. Là où le film nous sur­prend agréa­ble­ment, c’est que tout s’ar­ti­cule au­tour d’un jeune de la rue, Léo, in­ter­pré­té par Fé­lix Ma­ri­taud (120 BAT­TE­MENTS PAR MI­NUTE et UN COU­TEAU DANS LE COEUR) qui dé­joue tous les cli­chés et sté­réo­types liés au tra­vail du sexe. On ne sait rien de Léo. Si­non qu’il vit la plu­part du temps dans la rue. Quand il n’a plus d’ar­gent, il cherche un peu de bouffe dans les pou­belles, et dort sous des portes co­chères si un client ne lui pro­pose pas de pas­ser la nuit chez lui. Il en va de même avec le sexe où il n’a de plai­sir que dans le plai­sir qu’il donne à l’autre. Il ne semble exis­ter qui ne le que com­prennent dans le dé­sir pas, de il l’autre. ne semble Élec­tron ni heu­reux, libre au re­gard ni mal­heu­reux. des autres Bien pros­ti­tués sûr Léo ai­me­rait une re­la­tion plus stable avec un autre pros­ti­tué, Ahd ( Éric Ber­nard), un gars hé­té­ro qui ta­pine pour se consti­tuer une ca­gnotte et par­tir ou­vrir avec sa blonde un com­merce en Es­pagne. Léo ne com­prend pas qu’Ahd se re­fuse à lui mais s’il en éprouve une tris­tesse, n’en res­sent pour­tant au­cune ran­coeur. Et, entre les ren­contres avec les clients, les nuits pas­sés à la belle étoile, et son in­sis­tance à fré­quen­ter Ahd, Léo échappe à toute lec­ture psy­cho­lo­gique. Les seuls dia­logues qui pour­raient ap­por­ter quelques élé­ments de ré­ponse sont ceux que Léo a avec des doc­teur.es mais qui ne font que res­sor­tir la dis­tance qu’il existe entre le monde réel et ce­lui de Léo. Tout tient dans le jeu ta­len­tueux de Fé­lix Ma­ri­taud qui livre un Léo tou­chant, at­ten­dris­sant, d’une can­deur sai­sis­sante, que l’on au­rait en­vie de pro­té­ger contre un monde dans le­quel il ne trouve pas sa place, dans le­quel il n’a pas sa place. Un peu comme dans la fable de La­fon­taine, LeLou­pet­leC­hien, quand le loup pré­fère la dure li­ber­té au confort de por­ter un col­lier et d’être at­ta­ché. Le réa­li­sa­teur de SAU­VAGE, Ca­mille Vi­dal-Na­quet, a tra­vaillé comme bé­né­vole plu­sieurs an­nées avec une as­so­cia­tion qui vient en aide aux pros­ti­tués mas­cu­lins dans la ré­gion pa­ri­sienne. Il a, de ce fait, écou­té nombre d’his­toires dif­fé­rentes de la part de gars pour qui il a dé­ve­lop­pé une très grande em­pa­thie, voire de l’ami­tié. Il était im­por­tant pour lui de mon­trer une fa­cette dif­fé­rente, l’en­vers du dé­cor de la pros­ti­tu­tion. Bien sûr cer­taines scènes sont re­la­ti­ve­ment ex­pli­cites dans les actes sexuels. Et les ta­touages qu’ar­borent Fé­lix Ma­ri­taud sont vrai­ment les siens. 6

SAU­VAGE se­ra pré­sen­té dans le cadre de la 31e édi­tion du fes­ti­bal image+NA­TION qui se tien­dra du 22 no­vembre au 2 dé­cembre. Vi­si­tez Fugues.com pour vi­sion­ner un ex­trait du film.

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