L'AP­PREN­TIS­SAGE DE L'AMOUR

Fugues - - Festival_ Du 22 Novembre Au 2 Décembre -

Rares sont les films ro­man­tiques qui échappent au dé­gou­li­nage de bons sen­ti­ments. Le réa­li­sa­teur finlandais Mik­ko Mä­kelä évite cette or­nière et évoque avec pu­deur, jus­tesse et sim­pli­ci­té le coup de foudre des deux pro­ta­go­nistes de A MO­MENT IN REEDS. Nous sommes dans la campagne fin­lan­daise au bord d’un im­mense lac avec un cha­let qu’un homme doit ré­no­ver avant de le vendre. Il re­çoit pour les va­cances la vi­site de son fils, Lee­vi ( Janne Puus­ti­nen) qui étu­die en lit­té­ra­ture com­pa­rée à Pa­ris. Dès les pre­miers échanges entre le père et le fils, on sent la dis­tance qui les sé­pare. Le père ( Mika Me­len­der) est un homme conser­va­teur et ma­nuel, et Lee­vi, un in­tel­lec­tuel fé­ru de poé­sie, dont celle de Rim­baud. Pour avan­cer dans les ré­no­va­tions, le père a en­ga­gé un ré­fu­gié sy­rien ré­cem­ment ar­ri­vé en Fin­lande et qui ne parle pas la langue. Lee­vi de­vient donc l’in­ter­prète entre son père et le jeune Sy­rien, Ta­rek ( Boo­di Kab­ba­ni). L’ab­sence du père se­ra l’oc­ca­sion pour les deux jeunes hommes de se rap­pro­cher et de dé­cou­vrir, mal­gré le fait qu’ils par­tagent des cultures to­ta­le­ment dif­fé­rentes, que les points com­muns sont peut-être plus nom­breux qu’ils ne le pen­saient au dé­part. L’ho­mo­sexua­li­té, bien sûr, l’étouf­fe­ment de vivre dans des fa­milles conser­va­trices, et le dé­sir de voya­ger, de vivre ailleurs. Pour Ta­rek, fuir la Sy­rie, était une ques­tion de survie. Pour Lee­vi, la ville de Pa­ris ap­pa­rait comme une op­por­tu­ni­té de conju­guer son amour des lettres et la pos­si­bi­li­té de vivre sans le poids de la confor­mi­té nor­dique. Sans non plus ap­puyer sur le sur­li­gneur, le réa­li­sa­teur évoque aus­si les dif­fi­cul­tés d’un ré­fu­gié à s’in­té­grer dans la so­cié­té d’ac­cueil, la dé­cou­verte d’une langue dif­fi­cile, le fin­nois, la non-re­con­nais­sance de son di­plôme, et sur­tout l’adap­ta­tion à une culture aux an­ti­podes de la sienne. La force du film tient dans le traitement de cette re­la­tion amou­reuse im­pro­bable. Le réa­li­sa­teur a choi­si de jouer sur des dia­logues im­pro­vi­sés par les co­mé­diens. Des dia­logues pu­diques, res­pec­tueux de l’autre, où pe­tit à pe­tit Lee­vi et Ta­rek se dé­voilent, parlent de leur par­cours, de leur fa­mille, de leurs rêves et de leurs es­poirs. Et ce qui les unit est plus fort que ce qui les sé­pare. Et ce sont dans les gros plans sur les vi­sages des deux jeunes hommes que l’on suit la nais­sance du dé­sir, le be­soin de rap­pro­che­ment, et l’abou­tis­se­ment d’une com­pli­ci­té. Fil­mé avec peu de moyens, et un cas­ting ré­duit (quatre ac­teurs en tout), A MO­MENT IN REEDS donne à ce couple cette res­pi­ra­tion qu’ils ne trouvent pas dans leur quo­ti­dien dans une na­ture ma­gni­fiée mais aus­si pro­tec­trice face aux réa­li­tés du monde. 6 DE­NIS-DA­NIEL BOULLÉ

A MO­MENT IN REEDS se­ra pré­sen­té dans le cadre de la 31e édi­tion du fes­ti­bal image+NA­TION qui se tien­dra du 22 no­vembre au 2 dé­cembre. Vi­si­tez Fugues.com pour vi­sion­ner un ex­trait du film.

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