31e IMAGE + NA­TION

FES­TI­VAL DE CI­NÉ­MA LGBT

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Film d’ou­ver­ture du pro­chain 31e fes­ti­val Image+Na­tion, Plaire,ai­me­ret cou­rir­vite suit l’his­toire et la course de Jacques, un écri­vain at­teint du VIH, qui ren­contre Ar­thur et ne peut s’em­pê­cher de rê­ver alors à une autre vie. À la fois co­mé­die et belle tra­gé­die, le film est très émou­vant, sans ja­mais tom­ber dans le pa­thos. Une réus­site à tous les égards, si­gnée Ch­ris­tophe Ho­no­ré, qui ré­pond, ici, à quelques ques­tions. Plaire,ai­me­ret­cou­rir­vite de­vait à l’ori­gine s’in­ti­tu­ler Plaire,bai­se­ret­cou­rir­vite. Le chan­ge­ment de titre fait plus hon­neur à la to­na­li­té du film car au fond, même si on y baise, c’est l’amour qui en est le point cen­tral. De la baise, la ca­mé­ra s’at­tarde beau­coup plus souvent sur l’avant, l’après, et sur­tout le pour­quoi. Le sexe n’est ja­mais une fin en soi, y com­pris pour ceux qui se sont ju­rés une exis­tence à bai­ser dans les sta­tion­ne­ments sou­ter­rains, dans les week-ends au bord de la mer ou dans la cour de leur im­meuble. Ch­ris­tophe Ho­no­ré cite vo­lon­tiers Que­relle de Fass­bin­der, avec le­quel son film par­tage la pul­sion du sexe, mais ne peut s’em­pê­cher de lais­ser ses élans à plai­san­ter re­prendre le des­sus. Dans Plaire, ai­me­ret cou­rir­vite, on baise, et en­suite on es­père tom­ber amou­reux. À l’image de son titre hé­do­niste, le film est le cri d’amour d’êtres qui cherchent en­core à ai­mer, dif­fé­rem­ment, jus­qu’au bout. Com­ment conti­nuer à sen­tir le fris­son de la pas­sion, com­ment conti­nuer à ban­der entre deux hos­pi­ta­li­sa­tions, com­ment en­vi­sa­ger un en­ga­ge­ment dans une si­tua­tion qui vous pousse à tout lais­ser? Avec Plaire, ai­me­ret­cou­rir­vite, Ho­no­ré réa­lise son plus beau film, le plus vi­vant, et le plus in­car­né. Ch­ris­tophe Ho­no­ré, com­ment ré­su­me­riez-vous votre film? Un pre­mier amour et un der­nier amour. Un dé­but dans la vie et une fin dans la vie, à tra­vers une seule et même his­toire d’amour, celle du jeune pro­vin­cial Ar­thur et de l’écri­vain ago­ni­sant Jacques. Le film conjugue cette as­so­cia­tion de sen­ti­ments : l’élan et le re­non­ce­ment. L’his­toire d’amour ra­con­tée pré­ci­pite deux choses : d’une part les dé­buts dans la vie d’Ar­thur, d’autre part la fin de la vie de Jacques. Il est pos­sible que, sans cet amour, Jacques au­rait vé­cu plus long­temps, parce qu’il est pré­ci­pi­té dans l’idée que sa ma­la­die, le si­da, le rend in­apte à cet amour, qu’il n’est plus ca­pable de le vivre. Je crois que le vrai su­jet du film est là, dans les ef­fets contraires de l’amour. C’est un film qui as­sume sa part de mé­lo­drame, mais pas tant du cô­té de l’amour im­pos­sible que de la vie im­pos­sible. Cette his­toire-là a-t-elle une va­leur par­ti­cu­lière pour vous ? C’est tou­jours un peu dan­ge­reux de cher­cher des ex­pli­ca­tions in­times après coup, parce qu’il y a au fond tout un fais­ceau com­plexe de rai­sons ou de mo­ti­va­tions qui vous portent à écrire une his­toire. Di­sons que je sou­hai­tais re­ve­nir à une sorte de réa­lisme et à une his­toire à la pre­mière per­sonne : le réa­lisme du ré­cit per­son­nel... D’autre part je vou­lais faire re­vivre les an­nées 90. Je vou­lais me ser­vir de la fic­tion pour faire re­vivre l’étu­diant que j’étais à cette époque, et faire re­vivre cette fi­gure de l’écri­vain que j’au­rais rê­vé de ren­con­trer, ce qui ne s’est ja­mais pro­duit. Je me suis mis presque na­tu­rel­le­ment à re­lire Hervé Gui­bert, Ber­nardMa­rie Kol­tès, Pier Vit­to­rio Ton­del­li, Jean-Luc La­garce... Je me suis sen­ti ani­mé par une forte et belle en­vie d’écrire, qui au­rait aus­si pu don­ner nais­sance à un ro­man puisque je ne me po­sais à cet ins­tant au­cune ques­tion de mise en scène. L’écri­ture, du coup, a été vive et ra­pide : cinq ou six se­maines. Pro­gres­si­ve­ment, les per­son­nages de Jacques et Ar­thur ont aus­si conver­gé : c’est un peu le même per­son­nage à deux mo­ments de sa vie. Dans les yeux du plus jeune, l’autre est un mo­dèle, une as­pi­ra­tion. Dans les yeux de Jacques, Ar­thur est une évo­ca­tion de sa propre jeu­nesse, presque un sou­ve­nir. Le film donne le sen­ti­ment d’être aus­si ani­mé par une vo­lon­té de ré­pa­ra­tion. J’ap­par­tiens à une gé­né­ra­tion d’ar­tistes et d’ho­mo­sexuels pour les­quels abor­der

la fal­lait ques­tion sans doute du si­da en­tendre est par­ti­cu­liè­re­ment d’abord la pa­role dé­li­cat des et ma­lades com­pli­qué. avant Parce celle qu’il de ceux qui ont été té­moins sans être vic­times. C’était une prio-ri­té. Et puis il y a eu un dé­lai, un temps né­ces­saire avant d’oser prendre la pa­role... Au­jourd’hui en­core, je me sens in­con­so­lé de la mort de gens que j’ai connus et de ceux que je n’ai pas connus, mais que j’au­rais rê­vé de ren­con­trer, et qui conti­nuent tou­jours à m’ins­pi­rer. Ils ont pro­vo­qué chez moi le dé­sir de ci­né­ma et de lit­té­ra­ture, mais je n’ai ja­mais pu en­vi­sa­ger si­non une trans­mis­sion du moins une ren­contre avec eux et, au­jourd’hui, je le res­sens tou­jours pro­fon­dé­ment comme un manque. Ce film est pour moi une ma­nière de faire re­vivre ce manque de ma­nière ro­ma­nesque et de m’of­frir par la fic­tion la pos­si­bi­li­té d’une ren­contre qui n’a pas eu lieu. La re­cons­ti­tu­tion que vous faites des an­nées 90 est construite de ci­ta­tions et de ré­fé­rences cultu­relles, à la lit­té­ra­ture, au ci­né­ma et à la mu­sique… Re­cons­ti­tuer les an­nées 90, c’est tra­vailler sur un temps non ré­vo­lu, et c’est beau­coup plus com­pli­qué que de re­cons­ti­tuer un pas­sé plus loin­tain. L’idée gé­né­rale de la di­rec­tion ar­tis­tique était de re­créer un temps sans le re­cons­ti­tuer. Dans ce cadre, les ré­fé­rences cultu­relles sont très utiles. Les ci­ta­tions, les films évo­qués dans Plaire, ai­me­ret­cou­rir­vite, et même les piles de livres que l’on voit dans les chambres sont vrai­ment pui­sées de ma jeu­nesse. Je crois beau­coup que nous sommes for­més, in­fluen­cés, dans nos ma­nières de res­sen­tir et de pen­ser, par les livres lus, les mu­siques et chan­sons en­ten­dues, par les films qui ont comp­té dans nos vies. Plu­tôt que s’em­bê­ter à re­cons­ti­tuer mi­nu­tieu­se­ment les dé­cors en convo­quant toutes les voi­tures et me­nus dé­tails qu’il faut, j’ai pu vé­ri­fier qu’un livre, une af­fiche, une mu­sique fa­briquent des choses plus in­té­res­santes... Les an­nées 90 sont pour moi une époque non-ré­vo­lue bien que vingt ou vingt-cinq ans ont pas­sé... Le film est char­nel, sans être ex­ces­si­ve­ment sexuel. Com­ment avez-vous abor­dé les scènes d’amour au mo­ment du tour­nage? Au mo­ment de tour­ner Ma­mère, je m’étais dit naï­ve­ment que j’ap­pren­drais quel met­teur en scène j’étais se­lon la ma­nière dont je se­rai ca­pable de tour­ner des scènes sexuelles. Et pour Ma­mère, il y en avait tous les jours ! Ça avait été une telle ten­sion, une telle sa­tu­ra­tion, que je ne me suis pas re­mis dans cette si­tua­tion-là avant un bon mo­ment. Au fond ça m’em­bar­ras­sait beau­coup. Mes films sui­vants sont des films prudes. L’en­vie est re­ve­nue pro­gres­si­ve­ment. Pour Plaire,ai­me­ret­cou­rir­vite, Pierre De­la­don­champs, qui joue le per­son­nage de Jacques, a été un al­lié très sûr. Il a un rap­port à la nu­di­té par­ti­cu­liè­re­ment libre pour un ac­teur mas­cu­lin. Vincent était un peu an­xieux bien sûr, il n’avait pas été en­core vrai­ment mis dans ce genre de si­tu-ation, où il est for­te­ment iden­ti­fié comme un ob­jet de dé­sir. Je fais très peu de prises sur ces scènes-là, en ré­dui­sant l’équipe au maxi­mum, et je joue moi-même la scène au­pa­ra­vant pour l’ex­pli­quer aux ac­teurs. Dans l’en­semble, le film est as­sez doux sur la sexua­li­té, c’est char­nel et in­time. Com­ment les deux ac­teurs prin­ci­paux ont-ils in­ves­ti leurs per­son­nages? Vincent La­coste est vrai­ment jeune sans être un dé­bu­tant. Il a une grâce très par­ti­cu­lière dans la fa­çon de faire vivre Ar­thur et les dia­logues. Quand je l’ai ren­con­tré, j’ai dé­cou­vert quel­qu’un de dé­li­cat et très ci­né­phile, ayant une na­ture pro­fon­dé­ment lit­té­raire. Il échappe à tous les cli­chés. Pierre, dans le rôle de Jacques, m’a très sin­cè­re­ment im­pres­sion­né. Il a une sou­plesse in­ouïe, quelque chose qui tient de l’aban­don et que l’on re­trouve plu­tôt chez les ac­trices, ra­re­ment chez les hommes. Cette confiance ab­so­lue dans le film est très pré­cieuse pour un met­teur en scène, et très émou­vante. En­fin, j’ai eu la chance de tour­ner avec De­nis Po­da­ly­dès que je rê­vais de­puis long­temps de mettre en scène. Sa force, son in­tel­li­gence hissent les scènes vers une joie de la re­pré­sen­ta­tion. Il a ce ta­lent de se­cou­rir la fic­tion en lui of­frant un ton, une mu­sique im­pré­vi­sible. 6 YVES LA­FON­TAINE ET MAR­TIN ST-ONGE

PLAIRE, AI­MER ET COU­RIR VITE, de Ch­ris­tophe Ho­no­ré, pré­sen­té en ou­ver­ture du fes­ti­val Image+na­tion, le jeu­di 22 no­vembre 2018. La pro­gram­ma­tion com­plète du fes­ti­val se­ra dé­voi­lée à la mi-no­vembre. Vi­si­tez le site de Fugues.com pour vi­sion­ner des ex­traits des films et ce­lui du fes­ti­val pour les billets et plus d’in­fo.

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