KE­VIN LAM­BERT

ET SON QUE­RELLE

Fugues - - Sommaire -

Un an avoir dé­crit l’étouf­fe­ment des jeunes qui rêvent de quit­ter leur mi­lieu dans Tuai­me­ras­ce­que­tuas­tué, Ke­vin Lam­bert rap­plique avec un deuxième ro­man, Que­rel­le­deRo­ber­val. Évo­quant le nom du per­son­nage prin­ci­pal, un jeune ho­mo­sexuel qui baise en sé­rie, le titre fait aus­si ré­fé­rence au conflit op­po­sant les ou­vriers et les pa­trons d’une scie­rie du Lac-Saint-Jean. Le ver­ne­ments, com­ment de ro­man quelle fa­çon est ces une les pou­voirs le syn­di­cats charge sys­tème ver­ti­caux fron­tale ca­pi­ta­liste et les pa­trons contre s’im­miscent néo-li­bé­ral toute d’en­tre­prises. forme dans teinte la de vie les pou­voir «Je re­la­tions quo­ti­dienne cherche : la entre po­lice, à com­prendre des les les gens êtres», gou- et ex­plique l’au­teur. Étu­diant au doc­to­rat en créa­tion lit­té­raire et do­té d’une ana­lyse très poin­tue de son oeuvre, Ke­vin Lam­bert livre néan­moins un texte ac­ces­sible, ryth­mé et ex­ces­si­ve­ment jouis­sif, dans le­quel il tire à bouts por­tants sur toutes les franges de la so­cié­té jean­noise. « Je me sers de la pa­role fu­rieuse comme une to­ta­li­té lit­té­raire pour po­ser des ques­tions so­ciales. Je pense que les gens des ré­gions re­con­naissent le mi­lieu que je dé­cris, qui est très proche de moi. Ce sont souvent des gens de ma fa­mille que je dé­guise et trans­forme, mais que je connais très bien. J’es­saie de com­prendre leurs dis­cours. » Il tente aus­si de les por­ter jus­qu’à un cer­tain mi­lieu lit­té­raire, in­tel­lec­tuel et mé­dia­tique qui n’est pas suf­fi­sam­ment en con­tact avec le mi­lieu ré­gio­nal et po­pu­laire, croit-il. « Je fais un peu par­tie des deux mi­lieux, alors ça me per­met de créer des liens. » Mar­qué par la grève des étu­diants en 2012 et par une autre chez Re­naud-Bray, son ex-em­ployeur, il a cam­pé le conflit de tra­vail de son his­toire dans le mi­lieu fo­res­tier, ce qui l’a obli­gé à lire abon­dam­ment sur l’his­toire du syn­di­ca­lisme et à ren­con­trer des tra­vailleurs de l’in­dus­trie. Il a éga­le­ment fait le choix d’ex­po­ser une ho­mo­sexua­li­té fron­tale, dé­nuée de la moindre cen­sure. « C’est ce que j’avais en­vie d’écrire et il n’était pas ques­tion de faire de com­pro­mis. J’aime ques­tion­ner la fonc­tion de la sexua­li­té dans le texte. » Il ajoute son nom à la liste de jeunes au­teurs qué­bé­cois qui font de même, tels Ni­cho­las Gi­guère, Guillaume Lam­bert, An­toine Char­bon- neau-De­mers une est l’hé­té­ro­sexua­li­té Michel dans en sorte le Marc train temps, de Bou­chard, de mou­ve­ment et chan­ger outre dans Maxime la Michel on fic­tion. la a Col­lins. très do­mi­na­tion très Trem­blay Si ré­cent peu on « d’oeu- recule Il qui y de et a vres Son per­son­nage du genre aux­quelles prin­ci­pal se fe­ra rat­ta­cher. cer­taine- » ment tique sa de place plu­sieurs dans lec­teurs. l’ima­gi­naire « Que­relle ho­mo-éro- est une sorte de Sur­ve­nant dans ce pe­tit mi­lieu-là. Il est proche de ses col­lègues ou­vriers et il n’a pas l’air gai, mais le gouffre in­con­nu de sa sexua­li­té est vrai­ment dé­ran­geant, voire dan­ge­reux pour eux. C’est un per­son­nage de l’am­bi­guï­té. On ne sait ja­mais s’il est bon ou mé­chant. Il per­met aux jeunes de la ré­gion de vivre leur sexua­li­té, mais il ne les consi­dère pas du tout. Il couche avec eux avant de les dom­per. De part sa po­si­tion li­mi­trophe, il vient mettre en lu­mière la ma­nière dont on place les fron­tières entre les ca­té­go­ries. » Les cases de pré­fé­rences sexuelles sont en ef­fet mises à mal du­rant le ro­man, alors que tous les hommes du Lac, même les hé­té­ro­sexuels les plus rustres, os­cil­lent entre un dé­sir pour le phy­sique ma­gni­fique de Que­relle, une en­vie pour les corps mas­cu­lins qu’il en­chaîne ou des ten­dances ho­mo­sexuelles plus ou moins re­fou­lées. « Pour moi, l’ho­mo­sexua­li­té et l’hé­té­ro­sexua­li­té sont des construc­tions, des ca­té­go­ries qu’on pense étanches, mais qui ne le sont pas. Je vou­lais ex­po­ser l’idée qu’en se choi­sis­sant hé­té­ro, les gens doivent aus­si se dire non-gai, comme si ça im­pli­quait le re­fus ou le re­fou­le­ment de quelque chose d’autre, qui peut se ré­vé­ler être une sexua­li­té queer. » ✖ SA­MUEL LAROCHELLE QUE­RELLE DE RO­BER­VAL, de Ke­vin Lam­bert, Hé­lio­trope, 2018, 288 pages.

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