Fugues

Jean-Philippe Baril-Guérard

- SAMUEL LAROCHELLE samuel_larochelle@hotmail.com INFOS | LESLIBRAIR­ES.CA

Un humoriste en pleine ascension voit son histoire d’amour fusionnel lui éclater au visage, alors qu’il atteint les plus hauts sommets de l’humour québécois. Telle est la prémisse de Haute Démolition (Éditions de ta mère), le quatrième roman de l’écrivain, acteur et metteur en scène Jean-Philippe BarilGuéra­rd. Après avoir jouer aux fléchettes avec sa plume en prenant pour cibles les comédiens( Sports et Divertisse­ments ), les étudiants en droit (Royal) et les entreprene­urs de startups (Manuel de la vie sauvage ), il s’ attaque aux humoristes pour notre plus grand plaisir.

Que connaissai­s-tu de l’humour avant d’écrire le roman?

En 2018, j’ai découvert le milieu en faisant la mise en scène de trois galas Juste pour rire et j’ai perdu plusieurs de mes préjugés. Après mes études en théâtre, j’entretenai­s un petit mépris sur les humoristes. C’était de bon ton de chialer contre eux, d’affirmer qu’ils manquaient de raffinemen­t intellectu­el et qu’ils ne savaient pas jouer. J’étais snob. Mais, en travaillan­t avec eux, j’ai rencontré des artistes avec une réelle démarche artistique et des gens super intelligen­ts. L’année suivante, le magazine Nouveau Projet m’a commandé un long reportage immersif dans le milieu de mon choix. Spontanéme­nt, je suis allé en humour. Ma quête était de créer mon premier numéro de standup avec un scripteur et de le présenter dans les bars pour comprendre la scène de l’humour. J’ai aussi fait une recherche documentai­re en parlant avec plusieurs humoristes, des chercheurs et Louise Richer pour avoir un portrait d’ensemble du milieu.

Tu dis avoir perdu des préjugés, mais dans ton livre, on peut lire que les jeunes humoristes font rire pour camoufler leurs failles, que l’humour est plus facile qu’on pense, que la surconsomm­ation d’alcool et de drogues est généralisé­e dans le milieu et que les individus qui savent faire rire se permettent souvent d’être des tas de marde. Pourquoi avoir adopté un ton aussi dur?

Je voulais un personnage cynique et autocritiq­ue de son propre milieu. On peut avoir l’impression que c’est mon jugement sur l’humour, mais j’ai surtout repris des choses que les humoristes disent eux-mêmes. Moi, je n’ai aucun compte à régler avec l’industrie. Je n’ai pas baigné assez dedans pour la détester. Cela dit, c’est mon style d’être plus bitch que ce que je pense pour provoquer. Je ne prétends pas représente­r toutes les nuances du milieu de l’humour. Ce n’est pas un documentai­re.

Raph Massicotte, ton personnage principal, était un rejet à l’école. Il a une piètre estime de lui. Il se trouve laid. Quand le monde l’aime, il a l’impression que c’est une joke. Selon toi, à quel point l’humour est souvent perfection­né par des gens qui se haïssent eux-mêmes?

Je ne le sais pas. Je suis parti d’un runninggag des humoristes qui blaguent sur le fait que le party du Gala Les Olivier est rempli de collègues qui essaient d’avoir de l’attention, parce qu’ils n’en n’ont jamais eu au secondaire ou sur le fait que si tu montes sur scène tous les soirs pour faire rire des gens, c’est parce que tu as un hostie de gros manque d’amour. En général, je crois que tous les artistes ont une soif maladive d’attention et quelque chose qui diffère des individus qui veulent simplement travailler de 9 à 5 et faire du camping la fin de semaine, en étant souvent bien plus équilibrés.

Que voulais-tu illustrer en mettant en parallèle le succès profession­nel et l’échec relationne­l?

Le concept du clown triste m’intéresse beaucoup. C’est cliché, mais tellement commun. Moi-même, en 2014, j’ai vécu une peine d’amour VRAIMENT difficile. Quand je me suis fait crisser là, je répétais CyranodeBe­rgerac au TNM. Je trouvais ça fou de préparer un show qui parle d’amour, alors que j’avais le coeur en miettes. Je devais m’accrocher un sourire dans la face pour aller jouer. Imagine un humoriste qui vit un drame: ça doit être tellement taxant de monter sur scène pour divertir des gens, alors que tu as le goût de te pendre.

À quand ton roman sur le monde littéraire ou celui du théâtre?

Je ne suis pas encore prêt à être autobiogra­phique. Sports et divertisse­ment s était le plus proche de mon univers, mais j’avais volontaire­ment pris un personnage féminin pour éviter que les gens aient une lecture trop biographiq­ue du livre. Cela dit, certains auteurs que j’admire le plus ont fait de l’autobiogra­phique. Je pourrais tout à fait m’intéresser à mon milieu. Je pense que ça va finir par arriver un jour. Il y aurait tant de choses à dire! Je n’ai pas peur des réactions des gens du milieu. J’essaie peut-être juste de cultiver une fausse modestie et de ne pas avoir l’air de parler de moi, alors qu’au final je suis toujours en train de parler de moi.

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JEAN-PHILIPPE BARIL-GUÉRARD 18
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