Fugues

KILLING STALKING OU LE PIÈGE DE L’ABUS ROMANTISÉ

-

Fidèle à son habitude, le vidéaste James Somerton présente une fine analyse d’un phénomène culturel. Cette fois-ci, il porte son regard sur une bande dessinée dont, je dois l’avouer, je ne connaissai­s strictemen­t rien. Ce qui a piqué sa curiosité tient plus particuliè­rement à une controvers­e entourant l’oeuvre puisque certains y associent un caractère romantique alors que l’oeuvre décrit plutôt une relation bâtie sur l’abus. Killing stalking est une bande dessinée sud-coréenne de la dessinatri­ce et scénariste Koogi qui remporta le grand prix du Lezhin World Comics Contest et qui est disponible en traduction française, de même qu’en allemand et en espagnol. Une version anglaise existe également, en ligne, mais est très difficile d’accès. La BD entraine le lecteur dans le sillage de Yoon Bum, un jeune homme qui souffre d’une maladie mentale et d’une faible estime de soi, et qui s’entiche de Oh Sangwoo, un camarade de l'armée qui l'a sauvé d'une tentative de viol. Obnubilé par ce dernier, il pénètre par effraction dans sa résidence et y découvre une jeune femme ensanglant­ée qui y est maintenue prisonnièr­e: son héros est en fait un tueur en série. Sangwoo le prend sur le fait et lui brise les chevilles pour l’empêcher de quitter les lieux. C’est alors que, plutôt que de simplement éliminer un témoin gênant, Sangwoo met en place une relation de manipulati­on et d’abus physiques et psychologi­ques d’une violence extrême où Yoon Bum semble éventuelle­ment se complaire.

La bande dessinée décrit ainsi habilement les pièges inhérents au mythe de la force de l’amour qui permet de changer l’abuseur pour en faire une «bonne personne». Bref, le principe de l’ogre qui est changé en prince à force de sacrifice et d’abnégation. En l’occurrence, c’est plutôt un syndrome de Stockholm qui s’installe progressiv­ement où Bum recourt à des faveurs sexuelles pour assurer sa survie et pour gagner le coeur de l’autre. Du moins, c’est ce qu’il croit. La bédéiste alterne avec adresse les scènes d’abus avec les serments d’amitié et d’amour que Bum ne demande qu’à qu croire. Le lecteur n’est pas en reste puisque le personnage du tueur demeure au départ difficile à cerner. Est-il «honnête» ou bien manipulate­ur du début à la fin? fin Même les relations sexuelles entre les deux hommes prêtent à confusion: représenta­tion re d’un sentiment véritable ou étape ultime d’un jeu de pouvoir? Par ailleurs, ai Sangwoo est-il même gai ou est-ce le plaisir de la domination de l’autre qui prédomine? pr Le motif qui a amené James Somerton à se pencher sur cette BD est de constater qu’un certain nombre de lecteurs associait une valeur romantique à la relation re des deux hommes. Un phénomène qui l’a étonné et l’a donc amené à analyser an et à déconstrui­re, dans une captivante vidéo de plus de 60 minutes, la mythologie m qui s’est progressiv­ement mise en place autour de l’oeuvre. Une démonstrat­ion st qui, malgré la démesure de certaines images, pourra en inciter certains à lire la bande dessinée puisque, comme le souligne le vidéaste, elle demeure une chronique fascinante fa d’une descente aux enfers. Pour lecteurs avertis toutefois!

 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from Canada