Fugues

Où sont les lesbiennes / Julie Vaillancou­rt

-

Ces vedettes qu’on aime, qui nous fascinent… Ne soyons pas dupes. Bien qu’elles aient du talent, pour la plupart, leur image publique est travaillée avec soins, fabriquée par une équipe d’experts, leur permettant de s’élever au rang de stars. Pour le meilleur et pour le pire.

Du récent MissAmeric­ana (2020) sur Taylor Swift, en passant par Gaga : FiveFootTw­o (2017), Kathy Perry : PartofMe, sans oublier le troublant Amy (2015), l’incomparab­le Janis (2015), pour ne nommer que ceuxci, je me régale des documentai­res musicaux sur les chanteuses. Je les ai pratiqueme­nt tous vus. Sauf, peut-être le récent Billie Eilish : The World’ sa Little Blurry… Sorry, je trouve le succès de Eilish surfait… Tout ça pour introduire le sujet de ma chronique, inspiré parle visionneme­nt du documentai­re Fr amingB rit ne ySpe ars. Aujourd’hui, j’ai le goût d’exprimer mon amour pour Britney… Mais ça n’a pas toujours été le cas, loin de là…

1998. Une jeune chanteuse blonde américaine inonde littéralem­ent les palmarès radio avec une chanson que je trouve nulle! Il faut dire que je suis restée accrochée sur les hits de l’an dernier, avec Torn de Nathalie Imbruglia ou Bitch de Meredith Brooks, qui me paraissaie­nt beaucoup plus féministes et « habillés »… Et pour cause, je viens tout juste de graduer d’un collègue privé pour filles, où le port de la jupe est obligatoir­e. Jupe que je me suis d’ailleurs empressée de brûler lors de mon après-bal… Et voilà qu’une jeune blonde Américaine lance un vidéoclip où elle rend plus « sexy » que jamais cette maudite jupe, accompagné­e d’une moitié de chandail, dans les corridors de son école, en chantant :

Mylonel in es si s killing me I mu st con fess,I st il l be lie ve WhenI' mnotwithy ou Il osemymind Givemeasig­n Hitmeb ab yonem or eti me

Il faut dire qu’au contraire de ce qu’elle chante, elle n’a pas l’air du tout de s’ennuyer, même que, à la fin du clip, elle fait de la gymnastiqu­e avec toute sa classe, dans des joggings clairement interdits dans mon école de filles (ou même au Pro Gym, en 2021). Elle m’énervait Britney Spears, avec son air faussement innocent. Ça me paraissait wrong. En 2000, elle remet ça : Oupps!... I Did It Again… Je préférais tellement la skater canadienne révoltée, Avril Lavigne…

Plus tard, j’ai compris que toutes ces vedettes de la culture pop étaient construite­s, par une équipe d’experts, avec l’aide des médias. C’est d’ailleurs une pratique qui remonte bien avant le millénaire, alors que les grands studios hollywoodi­ens créaient les vedettes de toutes pièces. Mariages arrangés, séances photo fabriquées pour vendre du rêve, tout en vous préservant de la vérité… Dans les années 30, Clark Gable enchaine les relations extraconju­gales, mais le « responsabl­e des communicat­ions » de la MGM s’est toujours arrangé pour bien « camoufler/ préserver » l’image publique de la star…

Revenons à Britney Spears. Après des millions d’albums vendus à chanter les déboires d’une jeune vierge innocente qui, « oupps! », perd son innocence, pour devenir dirty, Britney sombre dans la déchéance. Elle se fait raser la tête, perd la garde de son enfant. Étiquetée de « mauvaise mère, de droguée, de malade mentale », elle devient une has been… Il y a quelques semaines, sur Crave, je tombe sur le documentai­re FramingBri­tney Spears qui « analyse l'ascension et la chute de la chanteuse Britney Spears, ses luttes personnell­es et l'influence de son père en tant que tuteur légal ». Intriguée par le synopsis, je syntonise. Bouleversé­e, j’apprends que depuis près de 13 ans, Britney vit sous les termes stricts d'un accord judiciaire décidé en 2008 par un tribunal de Californie, après sa « descente aux enfers ». Comparable à un régime de tutelle, les décisions concernant la chanteuse, aujourd’hui âgée de 39 ans, sont depuis prises par son père qui contrôle toute sa vie, sa fortune, comme son image publique.

Cette tutelle étant justifiée par des « troubles psychologi­ques », on ne peut que poser la question qui tue : quand des millions de dollars sont en jeu, n’y a-t-il pas trop d’argent à gagner sur la souffrance d’un individu pour réellement se soucier de sa santé mentale? Il est primordial d’interroger les motivation­s de toutes les personnes impliquées, surtout si on juge que la principale intéressée n’a pas accès à son argent… La légende dit que Britney aurait accepté la tutelle, donc accepté de dire qu’elle ne peut pas prendre soin d’ellemême, dans le but d’obtenir la garde de ses enfants. Ironiqueme­nt, la mère a grandi comme une « enfant » dans cette procédure, puisque sous tutelle légale depuis plus d’une décennie.

Malheureus­ement, Britney est l’exemple parfait d’un produit d’une culture patriarcal­e, où la femme y joue son rôle : celui d’objet (de produit, de victime). « Quand une femme sort du lot dans une culture misogyne, il y a tout un appareil prêt à la casser » (et à l’exploiter), explique à juste titre un intervenan­t dans le documentai­re. Par exemple, lors de sa séparation avec Justin Timberlake, elle passe rapidement de vierge à salope… Si dans une certaine mesure, Britney participe également à créer son image publique, certes, elle n’a certaineme­nt pas orchestré sa chute. La relation que Britney entretenai­t avec les paparazzis est exemplaire, dans la mesure où l’une ne survit pas sans l’autre. Les paparazzis participen­t à créer la star, renforcer ou détruire le regard qu’on porte sur elle. Aujourd’hui, ils se font d’ailleurs lentement remplacer par les médias sociaux, où ce sont les vedettes (lire des gens engagés par les vedettes) pour entretenir leur image publique. Ceci permet un meilleur contrôle dans cet accès « direct » aux vedettes. Ce sont les nouveaux tabloïds, où la vedette participe à la création de son image. Mais Britney gère-t-elle ses médias sociaux? Les vidéos laissent place à l’interpréta­tion et les fans de Britney, voient un appel à l’aide codé en lien avec la tutelle…

Ainsi, depuis quelques années, le mouvement «Free Britney» , initié par ses fans (dont plusieurs gais), sur les médias sociaux a pris de l’ampleur, questionna­nt sa mise sous tutelle. Au moment d’écrire ces lignes, j’apprends que le 23 juin prochain, Britney s’adressera directemen­t au tribunal de Los Angeles. Espérons qu’elle retrouvera sa liberté. Le contrôle de sa vie. Et qu’elle racontera, un jour, dans une autobiogra­phie (écrite ou approuvée par elle-même), comment furent tirées les ficelles de son vedettaria­t.

Fr amingB rit ne ySpearsd eS amant ha Stark (2021,États-Unis,1h14)

 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from Canada