L„éco­no­mie avant l„en­vi­ron­ne­ment

Géo Plein Air - - Sommaire -

Comment en­sei­gner le res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment dans la pra­tique d’ac­ti­vi­tés de plein air quand, en fin de compte, tout le monde s’en fout ? L’an der­nier, le maire d’une ag­glo­mé­ra­tion pas très loin de chez moi s’est of­fus­qué de­vant la ca­mé­ra d’une sta­tion de té­lé lo­cale du fait qu’un pro­jet im­mo­bi­lier ait été blo­qué par le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois parce qu’il al­lait éli­mi­ner un es­pace hu­mide abri­tant une gre­nouille me­na­cée d’ex­tinc­tion. « C’est pas une gre­nouille qui va frei­ner notre dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique ! » s’est-il écrié.

Lors des élec­tions du 1er oc­tobre der­nier, les deux par­tis pro­vin­ciaux qui ont ob­te­nu, à eux deux, 62 % des votes, soit 40% de l’élec­to­rat qué­bé­cois (compte te­nu du taux de par­ti­ci­pa­tion de 65%), ont clai­re­ment pris po­si­tion en fa­veur du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique au dé­tri­ment de la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Ces deux par­tis forment au­jourd’hui le gou­ver­ne­ment et l’op­po­si­tion of­fi­cielle à l’As­sem­blée na­tio­nale.

Il y a quelques se­maines, un voi­sin m’a fait part de l’exis­tence d’un groupe pri­vé sur Fa­ce­book dans le­quel des gens de toute la ré­gion par­tagent de l’in­for­ma­tion sur des lieux à ex­plo­rer en vue de faire du fat­bike hors des sen­tiers bat­tus. Au sens très lit­té­ral du terme : on privilégie des pistes qui n’ont ja­mais été em­prun­tées avant.

Un de ces lieux non of­fi­ciels par­mi les plus po­pu­laires, si­tué dans un boi­sé pas loin de la mai­son, est pour ain­si dire ou­vert à l’an­née. L’hi­ver, un autre de mes voi­sins en fait l’en­tre­tien et pu­blie en­suite l’équi­valent d’un

nd bul­le­tin mé­téo sur cette même page Fa­ce­book.

L’autre jour, des jeunes fai­saient un feu dans le paillis de cèdre qui ta­pisse le sol au­tour de mo­dules de jeux pour en­fants, tout juste à cô­té du sen­tier of­fi­ciel qui tra­verse ce même boi­sé. In­ter­ro­gé pour sa­voir s’il ju­geait cette pra­tique sé­cu­ri­taire, un des jeunes m’a ré­pon­du : « Bah ! C’est pas si grave, je viens même pas de la ré­gion ! »

Il s’en fou­tait bien. Il avait évi­dem­ment quit­té les lieux quand, deux heures plus tard, les flammes ont re­pris vie et ont lar­ge­ment dé­pas­sé leur taille ori­gi­nale…

Pour plu­sieurs d’entre nous, c’est un peu la même chose qui se pro­dui­ra, en 2040. Quand le cli­mat, dé­chaî­né, pro­vo­que­ra des ca­tas­trophes na­tu­relles constantes par­tout sur la pla­nète, ce ne se­ra pas si grave, car ça ar­ri­ve­ra pro­ba­ble­ment à d’autres, ailleurs. On ne se­ra pas là.

Hâte de voir si, dans 25 ans, il y en a qui se van­te­ront en­core de pla­cer l’éco­no­mie avant l’en­vi­ron­ne­ment. L’ex­plo­ra­tion dé­bri­dée avant le res­pect de la nature. La bê­tise avant le gros bon sens…

Alain McKen­na am­cken­nažve­lo.qc.ca žmcken

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