Le mas­sif du Fou­ta-Dja­lon, hors des sen­tiers bat­tus

Di­sons-le tout de go, si vous cher­chez une des­ti­na­tion «fa­cile», où les trans­ports sont confor­tables, les hô­tels bon mar­ché et les sites d’in­té­rêt bien amé­na­gés, vous évi­te­rez la Gui­née. Mais vous al­lez man­quer quelque chose…

Géo Plein Air - - Sommaire - par Ré­my Bour­dillon

Cette ran­don­née en Gui­née ne se dé­roule pas dans une con­trée fa­cile, mais elle vaut le dé­tour.

Il faut dire que, con­trai­re­ment au voi­sin sé­né­ga­lais, cette con­trée mi­nière, terre de dé­brouille où tout fonc­tionne ca­hin-ca­ha, a peu dé­ve­lop­pé son tou­risme. Pour­tant, le Fou­ta-Dja­lon, ce pla­teau de grès au creux du­quel l’éro­sion a sculp­té de pro­fondes gorges, est le châ­teau d’eau de l’Afrique de l’Ouest. L’im­por­tante plu­vio­si­té donne vie à un nombre im­pres­sion­nant de cas­cades, pré­textes d’au­tant de pro­me­nades à par­tir des villes de La­bé, Pi­ta ou Da­la­ba.

Et le plon­geon en vaut la peine, car le Fou­taD­ja­lon, une des plus belles ré­gions de la par­tie oc­ci­den­tale de l’Afrique, offre un éven­tail très large de ran­don­nées et de treks. Un guide est in­dis­pen­sable pour re­trou­ver son che­min dans la brousse. Seule agence à pro­po­ser des ran­don­nées de plu­sieurs jours, Fou­ta Trek­king Aven­ture, une as­so­cia­tion com­po­sée de neuf guides de La­bé, peut or­ga­ni­ser des cir­cuits à la carte pour 70$ par jour.

En quatre jours, on peut, par exemple, al­ler de Dou­cki à Tim­bi-Ma­di­na avec des ar­rêts à la chute de Kin­kon, aux sur­réa­listes mar­mites de Ban­king (suc­ces­sion de trois cu­vettes rem­plies d’eau dont la plus grande, par­faite pour la bai­gnade, fait 30 m de dia­mètre) et au beau vil­lage d’Ain­guel. En che­min, on passe par d’in­ti­mi­dants ponts de lianes et un pont na­tu­rel sous le­quel la ri­vière a creu­sé son lit. Dans les vil­lages iso­lés, on dé­couvre la vie des Peuls, un peuple par­ti­cu­liè­re­ment ac­cueillant. En Gui­née, il faut d’ailleurs prendre soin de sa­luer toutes les per­sonnes qu’on croise; le contraire est res­sen­ti comme un af­front. Et manger du fo­nio, cette dé­li­cieuse cé­réale san­té sans glu­ten qui consti­tue l’ali­ment de base de la po­pu­la­tion.

L’IN­ÉVI­TABLE HAS­SAN BAH

Au vil­lage de Dou­cki, à deux heures de Pi­ta en taxi-brousse (pour 40 km de piste!), une ren­contre avec Has­san Bah consti­tue un in­con­tour­nable. Na­tif de la Sier­ra Leone puis exi­lé aux îles Ca­na­ries, Has­san est re­ve­nu sur la terre de ses an­cêtres en 2000. Il y a bâ­ti quelques cases pour ac­cueillir les voya­geurs et, sur­tout, a dé­ve­lop­pé une belle offre de ran­don­nées : neuf ba­lades d’une du­rée de deux à neuf heures, pour les­quelles les membres de sa fa­mille servent de guides. Pas le temps de s’en­nuyer! La se­maine pré­cé­dant la pleine lune, Has­san vous em­mène même faire une marche noc­turne sur la fa­laise, où les ro­chers prennent des formes d’ani­maux et les mon­tagnes s’en­foncent dans la noir­ceur. Seuls les grillons et le souffle du vent ac­com­pagnent cette beau­té simple, qui ne se capte pas sur photo. Un in­croyable mo­ment d’Afrique.

Dans les vil­lages iso­lés, on dé­couvre la vie des Peuls, un peuple par­ti­cu­liè­re­ment ac­cueillant. En Gui­née, il faut d’ailleurs prendre soin de sa­luer toutes les per­sonnes qu’on croise ; le contraire est res­sen­ti comme un af­front.

Entre autres cir­cuits de ran­don­née, ci­tons l’« In­dia­na Jones », un im­pres­sion­nant la­by­rinthe de hauts ro­chers entre les­quels on doit par­fois ram­per, rap­pe­lant l’am­biance des films de la sé­rie épo­nyme. Ou ce long par­cours sur le ter­ri­toire des singes, qui per­met de se bai­gner dans trois cas­cades dif­fé­rentes. Has­san Bah pro­pose un tou­risme du­rable et res­pec­tueux de l’en­vi­ron­ne­ment dont on peut es­pé­rer qu’il serve d’ins­pi­ra­tion à d’autres, car ce sec­teur d’ac­ti­vi­té peut ap­por­ter beau­coup au Fou­ta-Dja­lon. Coût : 65 $ par jour en pen­sion com­plète.

De Dou­cki, on peut éga­le­ment en­vi­sa­ger des ex­cur­sions de deux jours vers le mont Ma­ci (1264 m), im­mense table po­sée sur l’ho­ri­zon et en­tou­rée de ro­chers aux faux airs de créa­tures pé­tri­fiées, ou vers l’un des sites les plus gran­dioses de la ré­gion, les chutes de Kam­ba­da­ga. Là-bas, un sen­tier à pic per­met de re­joindre le pla­teau entre les deux cas­cades, zone sau­vage où le temps s’ar­rête,

sus­pen­du entre deux mondes. On peut aus­si re­joindre Kam­ba­da­ga di­rec­te­ment de­puis Pi­ta en mo­to-taxi, en fai­sant un dé­tour par la chute de Kin­kon, au coeur d’un com­plexe hy­dro­élec­trique vieillot construit par la Chine en 1966.

À PIED, À MO­TO OU SUR DES LIANES

Moyen de trans­port nu­mé­ro un en Gui­née, la mo­to-taxi est une pré­cieuse al­liée pour se rendre dans des sites iso­lés à moindre coût : comp­tez de 20$ à 30$ pour une jour­née com­plète avec un chauf­feur, se­lon la des­ti­na­tion. Et, mine de rien, être as­sis à l’ar­rière d’une mo­to sur les pistes rouges dé­fon­cées re­pré­sente dé­jà une sa­crée ac­ti­vi­té spor­tive!

Les lo­caux, eux, sont ha­bi­tués et ont vu bien pire. Pour s’en as­su­rer, di­rec­tion les échelles de Le­lou­ma, à 70 km de La­bé. Ces deux gros fa­gots de lianes, to­ta­li­sant une tren­taine de mètres de hau­teur, per­mettent de fran­chir la fa­laise sé­pa­rant deux so­cié­tés dis­tinctes: sur le pla­teau, les maîtres; dans la val­lée, leurs an­ciens es­claves. Les femmes es­ca­ladent pieds nus ces gros fa­gots glis­sants, avec de lourds char­ge­ments sur la tête, dans le but d’al­ler vendre leurs pro­duits dans les mar­chés.

Les en­fants du vil­lage voi­sin amènent vo­lon­tiers les tou­ristes jus­qu’au som­met de ces échelles, pour mieux se mo­quer des «fo­tés» (blancs) qui des­cendent cris­pés et trem­blo­tants. Si des marches en lianes tres­sées sont amé­na­gées, il faut par mo­ments cher­cher une prise dans le vide avec son pied. Une ex­pé­rience aus­si ter­ri­fiante qu’en­ivrante.

Plus qu’un simple voyage, le Fou­ta-Dja­lon offre une le­çon d’hu­mi­li­té de­vant l’im­men­si­té de

nd la nature sau­vage, la puis­sance des cas­cades et les condi­tions de vie dif­fi­ciles de la po­pu­la­tion. Par­tout s’im­pose cette force de l’Afrique, à la fois at­ta­chante et ef­frayante. Une des­ti­na­tion à dé­cou­vrir, tant qu’elle est pré­ser­vée du tou­risme de masse.

Le jeune Bou­ba­car es­ca­lade l’échelle qui mène à son vil­lage de Djin­kan.

La­bé

À Dou­cki, l’« In­dia­na Jones » est un la­by­rinthe im­pres­sion­nant.

Mon­tagne du Fou­ta-Dja­lon

Tri­lo­gie du Fou­ta-Dja­lon : pla­teaux, fa­laises et pistes rouges

Has­san Bah

Cases tra­di­tion­nelles éri­gées par Has­san Bah

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