Ja­mais sans mes Ro­cheuses !

ON LES AIME DE LOIN. ON EST LOIN DE LES AI­MER AU­TANT QU’ON LE DE­VRAIT.

Géo Plein Air - - Sommaire - texte Alain McKen­na pho­tos Mark Going / Co­lum­bia

On les aime de loin, mais on est loin de les ai­mer au­tant qu’on le de­vrait. Glisse ex­tra­or­di­naire à Banff.

Banff est une des­ti­na­tion avant tout es­ti­vale. Les sen­tiers de ran­don­née, les tra­cés de vé­lo de mon­tagne, les sor­ties en kayak sur une eau tur­quoise unique au monde... ce ne sont pas les at­traits et les ac­ti­vi­tés qui manquent.

Banff est aus­si une des­ti­na­tion hi­ver­nale, mais dans l’ombre des Ro­ckies amé­ri­caines du Co­lo­ra­do et de l’Utah, elle rayonne un peu moins au-de­là des en­vi­rons. Et ces en­vi­rons, on les étire jus­qu’en Co­lom­bie-Bri­tan­nique, d’un cô­té, et pas tel­le­ment plus loin qu’Ed­mon­ton, de l’autre. Vu de chez nous, on a donc l’im­pres­sion que c’est l’en­droit idéal où en­voyer nos grands ados de­ve­nus adultes, du­rant la pause sco­laire es­ti­vale, pour s’im­mer­ger dans la langue de Sha­nia Twain tout en se fai­sant de l’ar­gent de poche en bos­sant dans les hô­tels.

Mais c’est plus que ça. L’hi­ver, les sta­tions de ski que nous croi­sons entre Cal­ga­ry et Banff, sur cette route qui rap­pelle da­van­tage les Alpes que la Trans­ca­na­dienne, pro­posent une des plus belles sur­faces skiables que, nous, à l’est de la ri­vière des Ou­taouais, puis­sions ima­gi­ner. La rai­son est simple : tan­dis que le nord-est du conti­nent amé­ri­cain doit com­po­ser avec un cock­tail mé­téo

mê­lant neige, ver­glas, pluie, et quoi en­core, en Al­ber­ta, il ne tombe ex­clu­si­ve­ment que de la neige. Et quelle neige !

Dé­bu­tants, in­ter­mé­diaires et ex­perts peuvent s’en don­ner à coeur joie sans craindre de tom­ber sur une plaque de glace à mi-piste. Comme di­rait l’autre, ça change la game. Et bien sûr, ça pave la voie à du ski de haute mon­tagne com­plè­te­ment im­pos­sible à re­pro­duire ailleurs que sur des som­mets qui at­teignent, dans ce cas-ci, pas loin de 2750 m.

NORQUAY, LE MONT TREM­BLANT DES PRAI­RIES

Comme par­tout dans le monde, le de­gré de dif­fi­cul­té du ski al­pin qué­bé­cois se dé­cline en trois cou­leurs : vert, bleu, noir. Plus c’est fon­cé, plus la sur­face est dure. In­égale, in­hos­pi­ta­lière.

Au mont Norquay, le plus ac­ces­sible des trois monts com­po­sant un trio de sta­tions par­te­naires (les deux autres étant Lake Louise et Sun­shine Vil­lage), on a l’im­pres­sion que le code est in­ver­sé. Plus on pro­gresse dans les pistes dif­fi­ciles, plus la neige abonde. C’est plu­tôt l’in­cli­nai­son qui s’ac­cen­tue, les tra­cés pour la plu­part as­sez droits de­ve­nant de plus en plus à pic. Dans sa confi­gu­ra­tion et avec la lon­gueur de ses pistes, ce mont a des airs de mont Trem­blant, mais qui of­fri­rait une vue à cou­per le souffle sur un mur de roc et de glace com­po­sé des monts Cas­cade, Gi­rouard et The Three Sis­ters.

Avec toute la neige qui tombe, par­fois à par­tir de sep­tembre (ça a été le cas en­core cet au­tomne), même les skis de lo­ca­tion bon mar­ché ont as­sez de mor­dant pour évi­ter de dé­va­ler jus­qu’à la re­mon­tée mé­ca­nique. Si on est en contrôle, on re­tombe en en­fance tel­le­ment la sur­face est fa­ci­le­ment pra­ti­cable. En fait, si la mar­maille est dé­jà rom­pue au ski al­pin, une bonne par­tie de cette sta­tion fe­ra am­ple­ment son bon­heur. On ne compte pas les sauts et les pi­rouettes qu’il a été pos­sible d’y réa­li­ser sans craindre une se­conde de fi­nir dans le fos­sé d’un cô­té ou l’autre de la piste.

LE TROIS POUR UN DE SUN­SHINE VIL­LAGE

Pour les fé­rus d’aven­ture, le Sun­shine Vil­lage se trouve à 30 mi­nutes en té­lé­phé­rique du sta­tion­ne­ment où on gare la voi­ture (si on en a une à notre dis­po­si­tion), lui-même à une ving­taine de mi­nutes de Banff. Une na­vette re­liant cer­tains hô­tels des en­vi­rons à di­verses sta­tions dé­pose éga­le­ment ses pas­sa­gers au pied de cette pre­mière re­mon­tée, qui mène les skieurs au coeur d’un bol de neige si­tué à 2200 m, entre trois som­mets par­fai­te­ment skiables. C’est en bor­dure de ce bol que la sta­tion de ski pro­pose son propre hé­ber­ge­ment, une poi­gnée de chambres étri­quées au pos­sible qui se louent à vi­tesse grand V et qui n’ont rien de bien char­mant, si­non qu’elles sont lit­té­ra­le­ment si­tuées à la base des pistes.

Di­sons que, pour dé­cro­cher de tout ce qui n’est pas ski et pou­dreuse, il est dif­fi­cile de faire mieux. Pour les plus chau­vins, no­tez que la pré­sence amé­ri­caine par­fois un peu trop to­ni­truante et im­po­sante est beau­coup moins pro­non­cée dans ce coin pré­fé­rant le ho­ckey au foot­ball que ce qu’on peut trou­ver à quelques cen­taines de ki­lo­mètres plus au sud.

Ce n’est pas un havre de paix pour au­tant : ce vil­lage, même re­cu­lé, est fort pri­sé des skieurs, sur­tout des plus ha­biles. Car, au-de­là des quelques longues des­centes plus ou moins fa­mi­liales qui tra­versent les 13 km2 de ter­rain skiable de cette sta­tion, ce sont les pistes en­nei­gées qui partent des plus hauts pics de la ré­gion qui at­tirent les connais­seurs.

Ceux-là exigent de se pré­pa­rer adé­qua­te­ment. Pas né­ces­sai­re­ment phy­si­que­ment (quoique les cuisses vont vous chauf­fer à la fin de la jour­née, c’est nd pas mal cer­tain), mais, di­sons, chau­de­ment. Pour les mé­dias in­vi­tés à éva­luer la chose, c’était jus­te­ment l’oc­ca­sion de tes­ter les nou­velles ca­rac­té­ris­tiques iso­lantes de la mem­brane Om­ni-Heat 3D de Co­lum­bia, com­pa­gnie qui s’est as­so­ciée avec les agences de tou­risme de Cal­ga­ry et de Banff afin de nous faire dé­cou­vrir ce coin de pays. Ob­jec­tif at­teint : au­cune en­ge­lure à dé­cla­rer (on a par­lé de cette nou­veau­té ves­ti­men­taire plus en dé­tail sur le site web de Géo Plein Air).

Peu im­porte, lors de notre pas­sage, le so­leil s’est poin­té en fin d’après-mi­di pour nous re­don­ner un peu de cha­leur. Au­tre­ment, c’était gris, ven­teux et froid. Froid comme dans les -30oC qui ont été la norme du­rant toute la pé­riode des Fêtes, à la fin de 2017 (c’était mieux en 2018).

Be­soin de sen­sa­tions fortes ? La té­lé­ca­bine chauf­fée qui donne ac­cès à la por­tion sud de la sta­tion s’avère (évi­dem­ment) fort po­pu­laire… et per­met d’at­teindre une autre re­mon­tée mé­ca­nique qui, elle, mène à un des plus hauts dé­parts de la ré­gion. La tête dans les nuages, on ne dis­tingue pas l’ho­ri­zon ni même les dis­tances, et en­core moins l’état de la piste. Tout ce qu’on dis­tingue, c’est un mince ru­ban jaune der­rière le­quel se trouve une je­tée ro­cheuse où il ne fau­drait sur­tout pas s’aven­tu­rer. Le dé­fi: se lan­cer, presque à l’aveu­glette, dans cette pu­rée blan­châtre tout en es­pé­rant émer­ger du bon cô­té de ce ru­ban…

L’hi­ver, les sta­tions de ski que nous croi­sons entre Cal­ga­ry et Banff, sur cette route qui rap­pelle da­van­tage les Alpes que la Trans­ca­na­dienne, pro­posent une des plus belles sur­faces skiables que, nous, à l’est de la ri­vière des Ou­taouais, puis­sions ima­gi­ner.

SKI DE MON­TAGNE À LA CA­NA­DIENNE

Pour plus d’aven­ture en­core, des agences pro­posent des jour­nées en­tières de ski de mon­tagne et de ran­don­née nor­dique dans des por­tions des Ro­cheuses qui ne font pas par­tie des pistes « of­fi­cielles » de ces sta­tions. Ar­més d’une pelle et d’un Spot X (on n’est ja­mais trop pru­dents), on quitte le cha­let de la sta­tion une fois qu’il a été confir­mé que les risques d’ava­lanche sont mi­nimes. Voi­là qui est ras­su­rant. L’idée est de trou­ver un flanc de mon­tagne à la fois bien dé­ga­gé et bien en­nei­gé, mais con­trai­re­ment au cats­ki ou même à l’hé­lis­ki, per­sonne ne vient vous re­con­duire au som­met de ces pistes im­pro­vi­sées. C’est à la force du psoas qu’on se rend à des­ti­na­tion, ce qui de­mande une bonne dose d’éner­gie.

Puis on en­lève les peaux, et on dé­vale. Con­trai­re­ment aux pistes de la sta­tion, la neige ici n’a pas en­core été tou­chée par d’autres skieurs. Et les tra­cés sont très aléa- toires: on se fau­file entre ar­bustes, sa­pins, ro­chers et autres obs­tacles au gré de notre au­dace du mo­ment. Les plus té­mé­raires exé­cu­te­ront des sauts et des acro­ba­ties, les plus sages se conten­te­ront de faire le­ver la pou­dreuse lé­gè­re­ment au-des­sus des ge­noux.

Na­tu­rel­le­ment, Banff n’est pas Val d’Isère, ce qui fait le­ver le nez à plus d’un ama­teur de ski et d’exo­tisme, mais force est d’ad­mettre que l’aven­ture n’est pas dé­nuée de dé­pay­se­ment pour au­tant. Jus­qu’à ce que les guides sortent leur brû­leur et se mettent à faire de la tire d’érable… qu’ils ra­te­ront.

Quant à la pou­tine, elle, elle était très ac­cep­table. On en trouve d’ailleurs une ver­sion lo­cale sur le me­nu du pub de la sta­tion. Et pour ajou­ter à l’af­faire, un Tim Hor­tons bien ca­ché, pas loin de l’épi­ce­rie du vil­lage, vous ser­vi­ra un cho­co­lat chaud bien ré­con­for­tant.

D’ac­cord, peut-être que les Alpes ont un ca­chet que les Ro­cheuses ca­na­diennes ne pos­sèdent pas. Mais pour tout le reste, ces der­nières valent bien les cinq heures d’avion…

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