Entre clair et obs­cur

Guide de Montréal-Nord - - LA UNE - NAFI ALIBERT nafi.alibert@tc.tc

À la veille des travaux de consul­ta­tion sur la dis­cri­mi­na­tion et le ra­cisme sys­té­mique, il y a en­core des zones d’ombre au ta­bleau pour les or­ga­nismes comme Pa­roles d’ex­cluEs qui mè­ne­ront les consul­ta­tions lo­cales.

«La consul­ta­tion est en train de dé­mar­rer, mais on a peu d’in­for­ma­tion en­core à ce stade-ci», re­con­nait Amé­lie Daigle, la co­or­di­na­trice gé­né­rale de Pa­roles d’ex­cluEs.

L’or­ga­nisme est le seul qui s’oc­cu­pe­ra de re­cueillir les té­moi­gnages pen­dant les consul­ta­tions lo­cales à Mon­tréal-Nord. Consciente des ap­ports et des li­mites de la dé­marche, Mme Daigle s’ap­prête à en­ta­mer la consul­ta­tion la tête sur les épaules mal­gré tout.

«On est conscient que le pro­ces­sus a été pré­ci­pi­té et qu’il s’ins­crit dans une dynamique où on se doit d’être vi­gi­lant au ni­veau du po­ten­tiel de ré­cu­pé­ra­tion po­li­tique, ap­puie-t-elle. En même temps, on a choi­si d’y par­ti­ci­per parce que c’est fon­da­men­tal de par­ler de ces choses-là pour qu’elles soient dans l’agen­da pu­blic».

UN CADRE EN­CORE FLOU

Pour l’or­ga­nisme qui tra­vaille à la prise de pa­role des ci­toyens pour faire tom­ber les obs­tacles struc­tu­rels de l’ex­clu­sion, il était na­tu­rel de dé­po­ser une can­di­da­ture au­près de la Com­mis­sion des droits de la per­sonne et des droits de la jeu­nesse pour or­ga­ni­ser les consul­ta­tions.

«Ce­la re­joint notre dé­marche, on a dé­jà une équipe dé­diée à ce type de re­cherche et on est en me­sure d’al­ler cher­cher des té­moi­gnages de fa­çon éthique et res­pec­tueuse», par­tage Mme Daigle qui n’au­rait pas po­sé de can­di­da­ture sans cette ex­per­tise préa­lable.

Jouis­sant de «beau­coup de flexi­bi­li­té» et d’une «belle la­ti­tude», Pa­roles d’ex­cluEs a dé­ve­lop­pé sa propre mé­tho­do­lo­gie de col­lecte de té­moi­gnages.

L’or­ga­nisme col­la­bo­re­ra avec d’autres as­so­cia­tions du mi­lieu pour te­nir des ren­contres in­di­vi­duelles et des groupes de ré­flexion avec les per­sonnes qui se se­ront iden­ti­fiées vo­lon­tai­re­ment.

Sans être né­ces­sai­re­ment en­re­gis­trés, les en­tre­tiens se fe­ront dans un mi­lieu où les par­ti­ci­pants se­ront «to­ta­le­ment libres de pa­roles», et pour­ront ne pas être iden­ti­fiés par la suite.

Ils au­ront lieu dans les bu­reaux de Pa­roles d’ex­cluEs et des or­ga­nismes par­te­naires, et «pour­quoi pas dans le sa­lon des par­ti­ci­pants», sug­gère Mme Daigle. «Notre ap­proche est d’être là où les gens sont», af­firme-t-elle. Mais seule l’équipe de re­cherche de Pa­roles d’ex­cluEs se­ra ha­bi­li­tée à re­cueillir les té­moi­gnages.

Une proxi­mi­té avec les per­sonnes ap­pe­lées à té­moi­gner qui est dé­criée, no­tam­ment par la Coa­li­tion Ave­nir Qué­bec (CAQ) et le Par­ti Qué­bé­cois (PQ).

DES OBNL CRITIQUÉS

Après avoir de­man­dé, tout comme la CAQ, l’an­nu­la­tion pure et simple de la consul­ta­tion, le chef du PQ, Jean-Fran­çois Li­sée a ré­cem­ment ac­cu­sé les or­ga­ni­sa­tions re­te­nues d’être à la fois «juges et par­ties», dans ce dossier, se de­man­dant si ce n’était pas «le contraire d’une consul­ta­tion ou­verte et neutre».

Mais cette ques­tion, Mme Daigle ne l’ap­pré­hende pas sous le même angle. Pour elle, le fait que la consul­ta­tion soit dé­cen­tra­li­sée et por­tée par des groupes qui sont di­rec­te­ment sur le ter­rain est «jus­te­ment l’élé­ment in­té­res­sant» de la for­mule ac­tuelle.

Se­lon elle, cette no­tion d’im­par­tia­li­té des OBNL est un faux dé­bat puis­qu’elle es­time que la consul­ta­tion prend dé­jà un po­si­tion­ne­ment dans son orien­ta­tion de dé­part. «On n’est pas dans une en­quête large qui cherche à ex­plo­rer la per­cep­tion de l’en­semble des Qué­bé­cois sur le ra­cisme. Cette consul­ta­tion cherche spé­ci­fi­que­ment à re­joindre des gens qui ont vé­cu des ex­pé­riences liées au ra­cisme sys­té­mique; donc le choix des or­ga­ni­sa­tions per­met jus­te­ment d’al­ler re­joindre les pre­miers concer­nés qui sont mal­heu­reu­se­ment sous re­pré­sen­tés dans ce dé­bat.»

In­ter­ro­gée à su­jet, Ca­role Poi­rier, la porte-pa­role pé­quiste en ma­tière d’im­mi­gra­tion et de com­mu­nau­té cultu­relle, a ré­ité­ré la po­si­tion de son par­ti en cla­mant que la consul­ta­tion se ré­su­mait à «un pro­cès des Qué­bé­cois».

«L’idée même de dire ce­la est en soi une phrase obs­cène, a ré­agi Ha­roun Bouaz­zi, en pe­sant ses mots. D’abord elle nous passe pour des traitres à la na­tion mais en plus elle nous ex­clut de notre iden­ti­té qué­bé­coise, donc en soit cette phrase fait par­tie du ra­cisme sys­té­mique», as­sure le co­pré­sident de l’As­so­cia­tion des Mu­sul­mans et des Arabes pour la Laï­ci­té au Qué­bec.

Comme les 30 autres or­ga­nismes sé­lec­tion­nés à l’échelle pro­vin­ciale, Pa­roles d’ex­cluEs col­lec­te­ra les té­moi­gnages dès le mois d’oc­tobre pour re­mettre son rap­port à la Com­mis­sion en no­vembre.

DIVERSITÉ. Pour nous, c’était im­por­tant que les as­so­cia­tions de la so­cié­té ci­vile par­ti­cipent aux consul­ta­tions, car les ques­tions de dis­cri­mi­na­tion sont très dou­lou­reuses pour les per­sonnes qui té­moignent.» La dis­cri­mi­na­tion en chiffres

(Pho­to gra­cieu­se­té)

La consul­ta­tion s’éta­le­ra sur 4 à 6 se­maines.

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