UNE REINE DES MOTS

Guide de Montréal-Nord - - LA UNE - NI­CO­LAS LEDAIN ni­co­las.ledain@tc.tc

Née de pa­rents ve­nus de Tu­ni­sie, El­kah­na Tal­bi – alias Queen Ka – a gran­di à Mon­tréal-Nord. La tête et le coeur entre deux cultures, cette reine du slam a su trou­ver les mots pour se créer un monde qui lui est propre. Por­trait d’une ar­tiste unique.

CULTURE. Connue dans le monde de la poé­sie orale sous le nom de Queen Ka, El­kah­na Tal­bi est une touche à tout ar­tis­tique. Co­mé­dienne, écri­vaine et ani­ma­trice d’ate­liers d’écri­ture, cette Nord-Mont­réa­laise aime jouer avec les mots et trans­mettre cette pas­sion.

El­kah­na Tal­bi est bien sou­vent entre deux choses. Entre deux pro­jets, entre deux arts, entre deux per­son­nages, entre deux cultures… C’est jus­te­ment entre un ate­lier et une au­di­tion qu’elle a ac­cep­té de par­ler d’elle et de son par­cours.

«J’aime ça faire plein d’af­faires et j’ai beau­coup de dif­fi­cul­tés à juste faire une seule chose», avoue la jeune femme.

Un agen­da char­gé pour­rait en ef­frayer plus d’un, mais El­kah­na se com­plaît dans la mul­ti­pli­ci­té. À l’aise avec ce qu’elle est et ce qu’elle fait, cette ar­tiste s’in­té­resse sur­tout à où elle va, même si elle ac­cepte fiè­re­ment de par­ler d’où elle vient. Née dans le quar­tier du mar­ché JeanTa­lon de pa­rents tu­ni­siens ar­ri­vés au Qué­bec dans les an­nées 70, El­kah­na Tal­bi a vé­cu à Mon­tréal-Nord de ses huit à ses vingt-deux ans. Pas­sion­née de théâtre et de co­mé­die, c’est dans ce quar­tier qu’elle a dé­cou­vert la poé­sie par un «bel ac­ci­dent de par­cours» lors d’une ac­ti­vi­té pa­rois­siale.

«J’ai par­ti­ci­pé à cette ac­ti­vi­té et après ce­la j’ai com­men­cé à écrire, mais j’écri­vais vrai­ment pour moi. C’est plu­sieurs an­nées plus tard qu’un ami a dé­cou­vert mes textes et m’a in­ci­tée à les pré­sen­ter sur scène, se sou­vient la sla­meuse. Les pre­mières fois étaient hy­per an­gois­santes, mais ça l’est en­core au­jourd’hui. Quand les gens ne me connaissent pas, j’ai tou­jours la même boule dans le ventre, je me de­mande s’ils vont me lan­cer des to­mates, mais en même temps quand ça fonc­tionne, on est com­plè­te­ment exal­té»

En ra­con­tant sa vie, ses in­té­rêts, ses ori­gines et sa vi­sion du monde, El­kah­naTal­bi a créé le per­son­nage de Queen Ka, son pen­chant scé­nique, et a réus­si à se faire un nom dans le monde de la poé­sie orale.

Quand le slam est ar­ri­vé dans ma vie, j’étais co­mé­dienne, mais je ne tra­vaillais pas beau­coup. Je ne sa­vais pas trop où je m’en al­lais, mais c’est cette épingle qui est sor­tie du jeu.»

IN­FLUENCES

Dé­sor­mais re­con­nue, Queen Ka n’a plus à cher­cher des scènes pour s’ex­pri­mer. Elle a plu­tôt du mal à re­fu­ser des pro­jets et mul­ti­plie les pres­ta­tions. Loin de la pe­tite ac­ti­vi­té pa­rois­siale qui l’a lan­cée dans ce mi­lieu, l’ar­tiste n’en ou­blie pour au­tant pas le quar­tier où elle a gran­di.

«J’ai un cô­té un peu don’t f*** with me que j’ai dé­ve­lop­pé à Mon­tréal-Nord, j’ai aus­si un rap­port avec la di­ver­si­té et un amour de ma ville qui viennent de là. Je suis un pro­duit de tout ce que ce ter­ri­toire offre à une fa­mille, même si je n’ai ja­mais été du genre à m’as­so­cier à un seul lieu», ex­plique-t-elle.

El­kah­na Tal­bi ai­me­rait néan­moins voir tom­ber les sté­réo­types que l’on prête à son quar­tier. Elle a no­tam­ment par­ti­ci­pé au spec­tacle an­nuel la Foi­rée mont­réa­laise consa­cré à Mon­tréalNord l’an der­nier pour ai­der à mettre en lu­mière tout le po­si­tif de l’ar­ron­dis­se­ment.

«On dia­bo­lise beau­coup ces en­droits, mais quand j’al­lais pas bien, j’avais la chance de prendre mon vé­lo, de tra­ver­ser Hen­ri-Bou­ras­sa, de des­cendre Gouin, d’être en face de la ri­vière et de ré­flé­chir en re­gar­dant l’eau. C’est pas tout le monde qui peut faire ça, j’étais à Mon­tréal et c’était ma­gni­fique. On n’est pas condam­nés à des cir­cons­tances qu’on a pas choi­sies», es­time l’ar­tiste.

TRANS­MIS­SION

El­kah­na Tal­bi pour­suit la poé­sie orale en tant que Queen Ka, mais joue aus­si la co­mé­die, sou­vent au théâtre, et vient de se lan­cer dans l’écri­ture avec son pre­mier re­cueil Moi, fi­guier sous la

neige qui ra­conte en prose ses ori­gines et son par­cours de fille d’im­mi­grants tu­ni­siens éle­vée au Ca­na­da.

Ce­la ne suf­fit tou­te­fois pas à com­bler cette hy­per­ac­tive ar­tis­tique qui anime chaque an­née une cen­taine d’ate­liers dans des écoles ou des centres com­mu­nau­taires pour com­mu­ni­quer sa pas­sion de la poé­sie.

«J’ai beau­coup de dif­fi­cul­tés à être juste apai­sée par mon rôle d’ar­tiste. C’est pas as­sez concret pour moi, je ne le vois pas, je ne le res­sens pas, alors que quand je vais dans des ate­liers, que je donne des ou­tils pour écrire, je vois que j’aide les jeunes et ça m’apaise. Je donne un peu ce que j’ai re­çu», in­dique la Nord-Mont­réa­laise.

(Pho­to TC Me­dia — Ni­co­las Ledain)

El­kah­na Tal­bi, alias Queen Ka.

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